burnham wrong cops

 (Article sans spoils, on est pas des bâtards)

C’était l’un des films les plus attendus de cette semaine grolandaise à Toulouse. Celui que, personnellement, j’attendais depuis Wrong. Une éternité relative pour un fan de Quentin Dupieux tel que moi.

Car oui, le Festival International du film grolandais de Toulouse c’est avant tout une compétition « féroce » mettant aux prises des oeuvres cinématographiques et décernant au final plusieurs prix.

Pas d’Amphore d’Or (le titre ultime) pour Wrong Cops mais un prix spécial du président du jury, Albert Dupontel, rien que ça.

La sélection de films concourant lors du festival était bien évidemment originale, décalée, différente, offrant principalement la possibilité à des longs-métrages de se montrer, eux qui n’ont malheureusement que trop peu de promotion, de distributeurs et, par voie de conséquences, de public. Au milieu de cette sélection, Wrong Cops fait presque office de tête d’affiche, ne serait-ce que par l’aura et la popularité dont jouit Quentin Dupieux.

Quentin Dupieux c’est une carrière complète, éclectique, voire complètement barrée.

flat eric wrong cops

Malgré une formation initiale dans la mise en scène, c’est dans le monde de la musique et sous le pseudo de Mr. Oizo qu’il se fait connaitre, en 1999 en balancant le tubesque morceau house Flat Beat à la face du monde (3 millions d’exemplaires écoulés quand même). Sa carrière musicale est pour le moins intéressante, de par ses choix, sa façon de créer les morceaux et surtout la manière dont il appréhende son propre son. Mais nous y reviendrons (sans doûte) une prochaine fois.

Car aujourd’hui et depuis quelques temps c’est Quentin Dupieux, le metteur en scène qui nous intéresse. Pour bien comprendre sa cinématographie un retour en arrière s’impose.

Sa première oeuvre est un moyen-métrage, Nonfilm. L’histoire d’une bande d’acteurs qui décident de continuer à tourner un film alors que toute l’équipe technique ou presque vient de se faire « mitrailletter » la gueule. On retrouve au casting (entre autres) Sebastien Tellier et Kavinsky. Les premières pierres électro sont posées dans le jardin cinématographique de Dupieux.

S’en suivra Steak, comédie mettant en scène Eric et Ramzy (ces derniers avaient insisté pour travailler avec Dupieux après avoir vu Nonfilm) dans un futur étrange où la chirurgie esthétique est devenue la norme et où être une sorte de « straight-edge » intégriste (les Chivers) est devenu cool. La B.O. est signée Mr. Oizo, Kavinsky, Sebastien Tellier et Sebastian (ces trois derniers jouant également dans le film).

Viennent ensuite Rubber (l’histoire d’un pneu tueur) et Wrong (un mec cherche son chien et fait des rencontres bizarres) pour lequel il retrouve Eric Judor. Ces deux films seront ses premières productions américaines et c’est avec ces derniers que Quentin Dupieux impose vraiment son univers. Un monde absurde et loufoque dans lequel se succèdent des scènes n’ayant pas nécessairement de liens entre elles. Dupieux dira lui-même que l’ordre de ses scènes n’est jamais vraiment prédéfini et qu’il travaille beaucoup au feeling. Même si les scènes elles-mêmes sont travaillées avec précision et logique, c’est leur enchainement qui crée le réel décalage (en plus, bien évidemment de dialogues surréalistes, le plus souvent).

dupieux judor wrong cops

Ce que l’on peut noter dans chacun de ses films c’est la présence toujours assez forte de la musique électronique (tendance techno/house parfois « inécoutable » selon ses propres mots). L’un de ses deux amours donc.

Et c’est sur ce point précis que Wrong Cops semble (encore) plus abouti que ses prédécesseurs.

Ce long-métrage (au départ Quentin Dupieux n’avait réalisé qu’un court mais devant le succés viral de la chose il réalisera des scenettes supplémentaires afin d’en faire un film pour le cinéma) met en scène plusieurs policiers américains, tous pourris, ou tarés, ou les deux. Les histoires se croisent, les situations sont assez cocasses et même très souvent drôles.

On retrouve Marylin Manson en teenager séquestré par un flic dealer de weed (Mark Burnham, exceptionnel) qui veut absolument lui faire écouter de la « vraie techno ».

Eric Judor est aussi de la partie (troisième collaboration avec Dupieux) et campe un policier borgne, difforme et surtout fan de musique électronique recherchant le tube ultime.

Une oeuvre pas vraiment racontable, pas vraiment « spoilable » non plus. Mais une oeuvre magistrale.

Comme si Quentin Dupieux assumait tout ce qu’il est en un seul film. Un entertainer, un mec qui gagne sa vie en divertissant mais surtout un personnage décalé, avec une vraie volonté artistique.

Que ce soit comme musicien ou metteur en scène et malgré le fait qu’il en revendique le grand n’importe quoi, Quentin Dupieux/Mr. Oizo reste un vrai artiste, un personnage original qui ne cherche pas à copier ou à plaire.

Dans Wrong Cops, un producteur musical dit au personnage interprété par Eric Judor que la musique c’est 95% d’image, d’attitude et 5% de talent. Que si il a mis deux mois à vouloir rendre son morceau parfait c’est qu’il n’a pas de talent. Une vraie réflexion de Dupieux sur son propre travail, sur l’industrie qui l’emploie et dont il se sert. Cependant il n’y a pas de réelle prise de position, de morale. Du moins si l’on n’a pas une vision méta de son oeuvre (vision cependant pour le moins essentielle si l’on veut comprendre toutes les refléxions qui lui sont propres).

Wrong Cops c’est donc l’occasion pour Dupieux d’appuyer encore plus son univers, son propos. Des acteurs reviennent, notamment Steve Little (le Stevie Janowski de Eastbound and Down, série dont Quentin Dupieux a avoué être fan) ou encore Jack Plotnick (aussi vu dans Rubber) qui a retrouvé son chien depuis Wrong et le promène dans la rue dans Wrong Cops, comme si de rien n’était.

Dans ce film nous avons donc droit à un côté « musical » toujours plus assumé (les morceaux présents sur la bande originale sont principalement des compositions assez « anciennes » de Mr. Oizo), à des références à d’autres films du même metteur en scène et surtout, presque étrangement, à une chronologie des actions (presque) logique.

De là à en faire un film grand public, il s’agirait de ne pas trop pousser mais cela pourrait être suffisant pour que de plus en plus de personnes daignent se pencher sur celui que Télérama avait qualifié de « David Lynch de l’humour ».

Et moi je me dis que j’ai visiblement les mêmes goûts que Dupontel, ça aurait pu être pire.

Arnaud

Wrong Cops. Comédie de Quentin Dupieux. Avec Mark Burnham, Steve Little, Eric Judor, Marylin Manson…

Durée: 1h25. Sortie prévue: début Janvier 2014.

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