Après une longue semaine de mauvais temps à Toulouse et alors que la moitié de la France est sous l’eau l’été semble enfin commencer du coté du Bikini pour le « Weekend des Curiosités ». Deux longues soirées de concert qu’IntheMorning Mag ne risquait pas de manquer. Live Report, juste pour votre plaisir.

Une constatation tout d’abord, pour cette édition 2016 le Weekend des Curiosités revient à ses premières amours, un retour vers le Bikini avec deux scènes en extérieur, une sur le parvis et l’autre au bord de la piscine, en plus bien sûr de la grande salle. Des changements interviennent également au niveau de la programmation, pas d’énormes têtes d’affiches comme sur le port il y’a quelques années. On retrouve cette années une flopée d’artistes « en devenir » même si certains d’entre eux commencent a jouir d’une certaine notoriété, et tous ont en commun d’avoir un gros potentiel, faisant penser qu’on ne devrait pas tarder à entendre parler d’eux.

A une époque où la plupart des festivals d’été empilent les noms pour avoir des programmations toujours plus folles c’est plutôt réjouissant d’avoir un festival comme celui-là début juin à Toulouse. Un tarif plus qu’abordable et la certitude de faire de belles découvertes avec des artistes qu’on ne voit pas tous les jours.

Vendredi 3 Juin

C’est dans cet état d’esprit que l’on se présente au Bikini vendredi soir pour la première soirée placée sous le signe du Hip Hop. Il fait beau et chaud, la bière est fraîche et le site se remplit petit a petit pour ce qui s’annonce comme une belle soirée.

On commence tranquillement sur la scène du parvis, devant le bar tenu par les copains de Progrès Son. Specy Men fait le show pour lancer la soirée, et on est obligé d’être admiratif de ce tout jeune homme seul sur scène qui nous livre un rap de très bonne facture. Le jeune toulousain ne doit pas encore avoir atteint la vingtaine mais il fait le boulot très proprement, qui plus est sans aucun back up. C’est le premier coup de chapeau de la soirée.

Au bord de la piscine c’est Heavenly Sweetness qui ambiance l’assistance, un peu de fraîcheur et une bière ça fait toujours du bien pendant que les gens arrivent de plus en plus nombreux pour les concerts qui vont suivre. A l’intérieur de la salle Cadet commence à chauffer tout ça tranquillement et on commence à se dire que ça sent définitivement bon.

Les choses sérieuses commencent avec la performance de Nusky & Vaati, duo guitare/MC qui déboule sur scène dans une salle qui se remplit de plus en plus. Un son original, que l’on a pas l’habitude d’entendre et une belle énergie. C’est clairement pas le son qu’on écoute d’habitude, mais comme on le disait plus haut c’est aussi ça Les Curiosités, se retrouver face a un artiste que l’on a pas forcément choisi de venir voir, à lui de faire ses preuves. A ce jeu là les deux compères s’en sortent plutôt bien et récoltent de belles ovations de la part du public.

Pourtant que l’on ne s’y trompe pas les vraies hostilités n’ont pas encore commencé. C’est maintenant que cela va se jouer et il n’y a qu’a voir la vitesse a laquelle les gens arrivent pour s’en convaincre. Le prochain artiste est sans conteste le plus connu de la programmation de ce premier soir, Alpha Wann d’1995 est à Toulouse et le public a répondu présent.

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C’est tout de blanc vêtu que le MC déboule sur scène sous les rugissements de plaisir de la salle. Le son est lourd et le public semble connaitre par coeur la plupart des lyrics du rappeur. Alpha Wann déborde d’énergie, bouge d’un bout à l’autre de la scène sur ses premiers morceaux et envoie un gros flow ultra efficace, ce jeune homme a un putain de niveau et prouve sur scène que son succès n’est pas usurpé.

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Un set ultra musclé, qui dégage une impression de violence que l’on retrouve rarement dans le rap français. On a l’impression de prendre une grosse droite, cueillis comme par un mur de guitare mais avec seulement 2 MC et une platine. La performance d’Alpha Wann électrise un public clairement venu pour lui. Le concert se termine, trop tôt au gout de certains semble-t-il. On sort se rafraîchir un peu et digérer cette claque.

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On a bien ramassé mais ce n’est pas fini puisque la soirée continue avec un jeune prodige venu tout droit de Dublin, Rejjie Snow. L’irlandais arrive sur scène accompagné d’un DJ et commence son concert avec la virtuosité qu’on avait découvert sur ses albums. Si Alpha Wann nous avait frappé par son énergie, Rejjie Snow s’impose avec un niveau technique bluffant, s’autorisant un rythme plus lent mais qui emporte le public avec lui dans son flow. Les têtes hochent en rythme et le public est réactif quand le rappeur lui demande de participer. C’est une deuxième claque pour ce soir là avec cette prestation de Rejjie Snow de haute volée, un seul petit bémol la durée un peu courte d’un show qui se termine avec une bonne partie du public invitée à monter sur scène.

Il commence à se faire un peu tard et on compte bien remettre ça le lendemain, ce qui nous pousse a rentrer malgré le reste de la prog’ pourtant très alléchant. Un très bonne première soirée pour ce Weekend des Curiosités, en attendant la suite.

Samedi 4 Juin

Après une première soirée sous le signe du hip-hop et de ses diverses formes il est temps de passer au samedi soir et à sa programmation résolument éclectique. De la pop sucrée pour débuter avec le groupe Ruby Cube (vainqueurs d’un concours lancé par une banque, celle des agriculteurs) dont les mélodies rappellent bien l’âge des interprètes qui le compose. Un son agréable bien que déjà entendu mais l’avenir leur appartient et on ne serait pas surpris de voir ces cinq jeunes gens plus haut ( c’est à dire pas programmés à 19h ), assez vite.

C’est avec la même organisation que la veille que le Bikini nous accueille ce soir. Trois scènes, bien isolées, bien foutues et qui vont accueillir pas mal d’artistes avec un départ plutôt pop donc pour basculer tranquillement vers une belle nuit électronique. Après Ruby Cube c’est Norma, sa voix et ses balades aux doux airs de PJ Harvey qui nous attendent. Norma nous l’avions déjà vue au Connexion et interviewée il y a peu ( retrouvez l’article juste là ). On profite des rayons de soleil et on passe notre tour concernant Grand Blanc, déjà vus et dont nous ne sommes pas forcément fans devant l’éternel.

La partie du Weekend des Curiosités que j’attends, elle, ne va pas tarder à débuter et après avoir entendu l’un des nombreux intermèdes musicaux signé Bon Entendeur c’est vers Postaal que l’on se dirige. Pour tout avouer, on ne connaissait pas ce duo franco-anglais et c’est donc totalement sans le moindre a priori que l’on s’apprête à découvrir leur travail. Alors que ( ne me demandez pas pourquoi ) je m’attendais à une tech/house relative parcourue de textes en français c’est finalement sur une sorte de pop un peu bizarre que l’on tombe et puis en fait non. Les variations entre les morceaux et au sein même de mêmes chansons sont déconcertantes mais le résultat très agréable. Une véritable étrangeté, un duo éclectique à lui tout seul et une furieuse envie de se plonger dans leurs titres une fois de retour à la maison, histoire de comprendre, vraiment, ce qu’ils font.

C’est de ça qu’est fait le weekend des Curiosités. Aux têtes d’affiche du passé ont succédé, à nouveaux, de véritables découvertes et de belles découvertes pour le moment.

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Un verre, une clope, un retour dans la grande salle pour assister au live de François 1er ( décidément, il s’agit là du deuxième artiste à avoir été interviewé par nos soins il y a peu ) et une évidence saute aux yeux : aussi timide puisse avoir l’air le garçon il est très bon en live et produit un son planant en parfaite adéquation avec l’ensemble de cette soirée. Un véritable talent pour créer des atmosphères, des ambiances mais sans jamais tomber dans une sorte de musique d’ascenseur comme cela peut vite être le cas. Une nappe synthétique se doit de rester rythmée et ça, François 1er y arrive très bien. C’est une salle quasi-comble qu’il embarque avec lui. On ne voit pas le temps passer et on en oublierait presque que notre verre est vide. Avant de débuter le concert de Jacques dont j’attends impatiemment de voir le travail sur scène, on en arrive au moment où c’est vers le bar que l’on se dirige.

Petite parenthèse : ce soir c’est très rapidement que l’on aura été servis à chaque fois. Une performance à souligner tant le Bikini était rempli, partout, tout le temps.

Retour à la musique donc, avec ce bon vieux Jacques que l’on connait par ses sons fort bien bidouillés de manière générale, oscillant entre une techno étrange et des sonorités naturelles, presque minérales. On le connait de par ses sons mais également ses clips, toujours dans le bidouillage arty, toujours à la limite du ridicule mais teintés d’une honnêteté artistique tout à son honneur.

Sur scène et à ma plus grande satisfaction il n’y aura pas de fausse note. Un set maîtrisé, un son mis en valeur par la qualité de l’acoustique du Bikini et un grand sourire sur le visage de chaque personne du public pendant plus d’une heure. La mission est accomplie, le travail d’une précision remarquable et la sincérité semble de mise chez cet artiste dont j’ai pu douter, à un moment, des intentions réelles. Vrai hipster, faux artiste, j’ai eu tendance à le prendre pour Salut C’est Cool en terme de démarche mais tout ceci appartient maintenant au passé. Merci Jacques.

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Après François 1er et Jacques, continuons notre périple électronique en bonne compagnie, celle de François X. Là, concernant ce dernier on est clairement sur de la techno bien classique, bien indus à tendance warehouse berlinoise et c’est ce dont on commençait à manquer à cette heure de la soirée/nuit.

3h c’est clairement l’horaire parfait pour laisser ma « petite » tête partir en arrière et se laisser porter par du gros son. Pas du gros son dans le sens violent de la chose, moshpit etc non, du gros son bien maîtrisé et crade. Le genre que l’on entend dans des clubs réservés au « non grand public » et que l’on écoute dans un vieux truc désaffecté avec pas mal de potes mais aussi pas mal d’inconnus qui ne le restent jamais longtemps. On est sur de la vraie techno, tout simplement.

Après cette escapade en « Industrie » c’est Bambounou qui clôture la soirée. Le public est toujours au rendez-vous et c’est en toute logique que le baroud d’honneur aura lieu sur la grande scène, cette dernière arborant ses habits de lumière pour une dernière heure lors de ce Weekend des Curiosités. Un baroud d’honneur en tous points parfaits, un mix d’une belle vivacité allant piocher tant dans la house que dans la techno avec, en ce qui me concerne, une préférence évidente pour le deuxième style et les effets produits par Bambounou. On souhaiterait que la soirée n’ait débutée il n’y a qu’une heure mais on ne peut se leurrer très longtemps, il est déjà 5h30 et le métro nous appelle autant que les lumières se rallument.

On jette un dernier oeil à l’installation magnifique qui a été mise en place pour ce weekend, on se dit qu’on débriefera tout ça une fois chez nous, ou le lendemain. On se dit surtout qu’on sera à nouveau présents l’année prochaine, de toute évidence.

par Pierre & Arnaud

Photos: PNC Photographies

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