C’est au déclin d’une des premières journées aux apparences estivales de l’année 2012 à Paris que j’ai pénétré dans la légendaire Grande Halle de la Villette, autrefois foire aux bovins, aujourd’hui salle de concert,même si l’on peut encore apercevoir quelques anneaux dans le nez.

Le programme était chargé et particulièrement alléchant, et c’est le duo Shabazz Palaces qui a ouvert la danse. Deux pupitres donc , un dédié aux percus , l’autre aux instruments électroniques ( MPC , mixette , Macbook) , chacun étant surplombé d’un micro relié a un module d’effets dont on les sait friands .

Ouverture avec Youlogy , tout y est , même la chorégraphie , on a de la bande qui tourne mais une bonne part d’instruments est jouée sinon soulignée en live . Après deux ou trois minutes, force m’est pourtant de constater qu’il y a un gros souci de sonorisation, et là je dis shame, shame à l’équipe technique de la Villette : manque de basses évident (alors que les subs sont bien présents), percussions à peine sonorisées quand  le charley tape à balle dès qu’on l’effleure, larsens, craquements (on observe le pauvre artiste se débattre avec le XLR de son micro qui s’échappe), la table qui branle à chaque coup sur la MPC …. Pas très pro pour une salle de cet acabit, surtout à 28 euros la place .

Après cette gueulante, concentrons nous sur la prestation de Shabazz Palaces qu’on a quand même pu apprécier vu que le cœur y était. Le duo nous la fait à l’envers et brouille les pistes au sens propre en enchainant les transitions et en mélangeant les morceaux de l’album entre eux, un remix total, et cela traduit bien la maitrise de leur matériau. En parlant de maitrise, il est vrai que le percussionniste manque un peu de pratique et ne joue pas son charley en place. Pas très carré me direz vous, mais on trouve chez Shabazz une passion juvénile qui rend presque ces maladresses naturelles.

Le public apprécie mais reste relativement immobile, et après échange post-concert avec certains spectateurs au coin fumeur, on en arrive a un constat commun : on a passé un bon moment mais Shabazz,ça passe mieux à la maison.

Et énorme regret, l’absence de la choriste/rappeuse qu’on retrouve sur deux titres de l’album et qui apporte un groove bonnard à l’ensemble .

Mais voilà qu’il est temps d’écraser sa clope et de passer au bar prendre des munitions, car un mec bizarre avec un masque en métal noir tout droit sorti d’un Marvel vient d’entrer sur scène. C’est MF Doom, rapidement rejoint par un deuxième MC dont je n’ai pas réussi à capter le nom, qui entame un set énergique, sans DJ, et balance un à un ses grands succès tel que Rhymes Like Dimes. Des volutes de fumée musquées s’élevent un peu partout , ça slame et ça arrose le public. Pas de doute, la température est montée de plusieurs crans…

Le binôme nous offre un pur moment de Hip Hop et l’ingé’ son a laissé sa place à un collègue qui visiblement connaît mieux son boulot. L’ambiance est excellente, tout le public des gradins s’est levé et s’est agglutiné dans les escaliers pour faire comme les grands dans la fosse .

Après une bonne heure de  set, place est faite au prodige Flying Lotus (Fly Lo pour les intimes) qui apparaît devant un écran géant diffusant des vidéos glitchées hypnotiques, et nous accueille avec un titre de son dernier EP Pattern+GridWorld, riches d’inspirations chiptune 8 bits. Suffisant pour garder au chaud un public déjà gonflé à bloc.

On s’attendait à des nouveaux titres en exclu, étant donné la sortie imminente du nouvel album … et bien on nous a menti. Pendant environ 45 minutes, Fly Lo nous propose une rétrospective de ses différents albums, ce qui, ne nous méprenons pas, est loin d’être déplaisant. On se déhanche sur les tambours tribaux de Melt, et on sautille joyeusement sur des titres plus récents issus de l’excellent album Cosmogramma .

Ce qui est d’autant plus appréciable, c’est la bonne humeur, l’interactivité et la proximité de l’artiste avec son public qui semble tout à fait honnête. Ainsi, c’est a l’aise qu’il balance au micro : « Merde, j’suis déjà saoul, que quelqu’un m’apporte plus de Whisky!». Là, on peut dire que les techniciens ont été réactifs : ni une ni deux, un roadie débarque sur scène, un verre et une bouteille de Jameson à la main.

Et c’est parti pour 45 minutes supplémentaires, en mode DJ set, débuté par un intriguant Jackson Five, mais plutôt bien reçu coté public. Flying Lotus enchaine les transitions impossibles entre les genres et les tempos, passe de Mr Oizo aux Beastie Boys avec une subtilité musicale dont on se délecte. Une bouteille de scotch irlandais plus tard (dont un bon quart a été versé directement dans le public), il fait son rappel et nous met … de la dubstep? Vulgaire et un peu facile pour le monsieur, mais bon force m’est de constater que ce sous-genre musical s’est infiltré partout, et que même dans un concert de variété turkmène il est de rigueur … il me tarde vraiment que ça devienne ringard, même si ça l’est depuis le début…

Débriefing mon colonel : à 23h45, les troupes se sont retirées après un combat sous la bannière des bonnes vibrations, les troupes d’élite ont largué des bombes musicales et nous sommes restés en mouvement durant toute la durée des opérations.  Pas de pertes à déplore, car même si la première ligne manquait un peu de puissance de feu, son approche tactique et sa connaissance du terrain a prévalu.

Rompez, et à demain pour une mission en extérieur, en compagnie de la division Mouse on Mars, des suédois de The Field et bien d’autres . Sonic Boom.

Rien n’est vrai. Tout est permis.

Monseigneur.

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