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Un peu plus de vingt ans après la sortie de Baise-moi, cinq longues années après son dernier roman Apocalypse Bébé et un détour plus ou moins heureux par le cinéma pour y adapter un autre de ses bouquins, Bye bye Blondie, Virginie Despentes fait son retour avec le premier tome de Vernon Subutex.

J’ai découvert Virginie Despentes quand j’avais quinze piges avec Teen Spirit que j’avais taxé à ma grande sœur un soir où je dormais chez elle. La claque, la vraie, la grosse, de celles que l’on ne peut prendre qu’ado. C’est déjà une vieille histoire avec Despentes, j’ai tout lu, tout vu aussi. Même si je la préfère clairement écrivaine que réalisatrice. J’ai traqué sur le net la moindre de ses interviews  et j’ai même assisté à une conférence il y’a quelques années : « Le Punk rock est il soluble dans la littérature ? ». Je guette frénétiquement la sortie de chacun de ses bouquins, alors comme d’hab’ je me suis jeté sur celui là le matin de son arrivée dans les librairies et comme d’hab’ il m’a pas fallu plus de trois jours pour le torcher.

Comme souvent chez Despentes le héros est ce que la société désigne comme « marginal ». Vernon, néo clochard radié du RSA et expulsé de son appart, ex disquaire rock fracassé par l’arrivé du numérique. Dernier témoin d’un monde en passe de disparaitre. Ancien personnage clé du petit milieu rock parisien Vernon Subutex à vu, comme beaucoup de gens affleurant la cinquantaine (comme probablement Virginie Despentes) beaucoup de ses potes mourir, en bagnole, de la dope, d’un sale cancer. Beaucoup d’autres devenir super cons, trahir leur idéal dans les petites compromissions du quotidien ou les grandes de l’age adulte, qui va si mal aux rockeurs.

 L’occasion pour Despentes de se livrer à une galerie de portraits sans aucune concession. Du trader pété de thunes au troll professionnel chargé de détruire les réputations sur internet (le perso de La Hyène qu’on retrouve avec plaisir après Apocalypse Bébé). Au gré des potes de Vernon et des gens qui le recherchent on explore les personnalités des personnages comme le héros se perd dans les tréfonds de Paname. Tout le monde est passé au crible, dans ses pensées les plus profondes, l’étudiante voilée comme la bourgeoise un peu nympho, le scénariste raté qui court après un sucés éphémère vieux d’une dizaine d’années…

La disparition du monde de Vernon se confond avec celle de son pote Alex Bleach, vieux copain devenu icône pop’, retrouvé mort dans une baignoire d’hôtel même pas assez miteux pour être légendaire. C’était Alex qui payait le loyer de Vernon, lui permettant de rester hors du monde, de ne pas assister à cette lente déchéance que nous décrit l’auteur avec le sens de la formule tranchant qu’on lui connait. A la mort d’Alex, Vernon récupère des bandes vidéos, dernière confession, testament d’Alex Bleach. Entre les gens que ces bandes intéressent et les potes qui accueillent Vernon au grès de son inéxorable chute jusqu’a un coin de trottoir se joue l’intrigue « policière » de l’histoire. Que dit le vieux crooner dans ces vidéos que Vernon ne prend même pas la peine de regarder ?

Le récit suinte l’angoisse et le malaise. Comme ceux du héros dont la vie se délite lentement jusqu’à dormir dehors. Un mal être précis et douloureux, pointe en acier dans la poitrine. Comme ceux des connards qui se demandent ce que ce taré d’Alex Bleach à bien pu raconter pour les salir dans ses vidéos. Comme ceux des anciens potes de Vernon, traitres à eux-mêmes dans ce monde cradingue. Et enfin le mal être généralisé, social, d’une société partie méchamment en vrille.

Une fois de plus l’auteure se met au chevet de notre société, sans aucune illusion, sans aucune retenue elle dissèque les milieux sociaux les plus divers. Ses portraits sont féroces, violents, sans la moindre trace de compassion pour les puissants (producteurs, traders…) et avec une connaissance des révoltes des précaires (pigistes, clodos…) et finissent pas créer la grande fresque d’un monde malade. Un monde défiguré à nos enfants.

La force de Despentes réside dans son humour, dans sa capacité à faire sourire au milieu de cette montagne d’immondices que sont les depressions, les lâchetés, la connerie crasse de certains de ses personnages. Vernon Subutex n’est pas un livre triste malgré son sujet, malgré l’horreur banale qu’il décrit, malgré la description détaillée, analytique d’une situation merdique tristement précaire. Quand rien n’est bien joyeux mais que la force des phrases nous fait sourire, que la lucidité des personnages frappe juste sur les points faibles du monde contemporain. Encore quelques semaine à patienter avant le tome 2, peut être plus pour un tome 3 sur lequel l’auteur laisse planer le mystère. Mais d’ores et déjà mettez vous sur Vernon Subutex, une putain d’histoire, un putain de bouquin.

 

Pierre

 

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