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A l’occasion du Festiblog (la rencontre des geeks de la BD) on a eu le plaisir de croiser Marion Montaigne, celle qui a l’art de mettre en BD des réponses très scientifiques aux questions du genre :

Quand est-ce qu’on pourra se battre avec des sabres-lasers ?

Pourra-t-on un jour ressusciter des dinosaures, comme dans Jurassic Park ?

Si je me jette du Golden Gate, vais-je souffrir ?

On la retrouve sur le net, avec un blog qui foisonne, dans sa série de bouquins désormais célèbre des Tu mourras moins bête, mais aussi au sein de La Revue dessinée et de Professeur cyclope. En bref, un travail protéiforme (si, si !) drôle et superbement instructif.

Bonjour Marion Montaigne, on est ravi de partager un petit moment avec vous, pourriez-vous nous présenter votre travail ainsi que votre désormais célèbre « Professeur Moustache » ?

Au départ, je suis plutôt dessinatrice d’animation, mais j’ai vite arrêté pour me consacrer à la BD. En 2008 j’ai commencé mon blog avec ce personnage du professeur moustache, c’étaient de petites histoires qui expliquent ce que j’ai lu. Ça peut paraître bizarre, mais dans mon temps libre j’aime bien lire des bouquins de biologie et de science en général. Alors dès que je fais une lecture intéressante je peux pas m’en empêcher, il faut que je le raconte à tout le monde.

Donc votre intérêt pour la science n’est pas lié à une formation, c’est vraiment quelque chose de très personnel.

Tout à fait, j’aime ça. J’aime bien les animaux, la bio, la médecine, les questions qu’on se pose aujourd’hui sur tout ça. Et surtout, j’aime le raconter.

Pourquoi avoir créé ce personnage du Professeur moustache ? On est très déçus, vous n’avez pas de moustache…

(Elle se marre)

Et bien contente de ne pas en avoir…

Plus sérieusement, c’est à l’époque où j’avais décidé de faire le blog, mais je n’avais pas envie de me mettre en situation, de faire de ma personne le héros. Donc j’ai créé ce personnage qui est un alter-ego, certes, mais je lui ai mis un postiche pour montrer que ce n’était pas moi, que c’était un personnage un peu plus virulent, plus brutal… C’est un petit peu moi, mais à travers lui je peux utiliser un ton plus léger, plus « n’importequoitesque » ; on sait jamais trop si c’est du lard ou du cochon.

Vous avez un blog, des ouvrages papiers, vous collaborez avec d’autres auteurs dans Professeur cyclope, la Revue Dessinée… comment on fait pour gérer tout ça à la fois ?

Beaucoup de ces projets sont faits avec des amis et pour des amis. J’avais envie de les soutenir dans leurs démarches de proposer des choses nouvelles dans le paysage de la Bande-Dessinée. Ce qui tombait bien c’est que j’avais moi-même des travaux en cours qui allaient dans cette direction. En numérique j’ai pas mal donné mais je crois que ce sont de beaux projets.

Dans un festival comme celui-ci, où on parle surtout de blogs et de BD sur internet, on pourrait presque penser que le net c’est une forme d’avenir pour la Bande-Dessinée, qu’en pensez-vous, vous qui publiez à la fois sur papier et sur des supports numériques ?

Je pense qu’il faut se saisir du net pour arrêter de parler dans le vide. Avant des initiatives comme « La revue dessinée » ou « Professeur cyclope » on ne savait pas vraiment de quoi on parlait. Certains disaient qu’on ne pourrait rien faire avec le net, d’autres disaient que ça pourrait porter de beaux projets … Mais on n’avait pas d’exemples concrets sauf peut-être aux États-Unis où la consommation de tablettes numériques n’est pas la même qu’en France.

Maintenant on a des exemples sur lesquels rebondir, on peut essayer de comprendre ce nouveau modèle économique. Mais au-delà ce ça, numérique, papier ce n’est qu’une question de support, et je pense qu’il faut avant tout faire des choses de bonne qualité. Si un projet de bonne qualité voit le jour, qu’il soit numérique ou papier je ferai en sorte de l’obtenir. Si vous entendez qu’une série est géniale, vous vous en foutez qu’elle soit sur papier, dans un magazine ou sur le net… Vous voulez du génial ! Peut-être que ces nouveaux supports changeront nos façons de travailler, je n’en sais rien, c’est compliqué, mais c’est un sujet très intéressant.

Et parmi vos projets, des albums qui sortiront bientôt ?

Prochainement je vais sortir une BD sur les riches en collaboration avec les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. J’ai lu tous leurs livres et j’ai essayé de synthétiser leur travail sur les riches, un sujet qui est très à la mode en ce moment. On est en pleine crise et leur situation pose de multiples questions : d’où vient le patrimoine, comment il s’entretient, comment il se transmet, leurs impôts, est-ce qu’ils ont le droit de ne pas les payer. On ne se focalise pas sur les grosses voitures et les grosses maisons, on essaie de décortiquer tout ça.

Ce sera un travail de vulgarisation un peu comme Tu mourras moins bête ?

Pas tout à fait, il n’y aura pas de Professeur Moustache cette fois-ci, je n’avais pas envie de me mettre en scène. Par contre j’interpelle le lecteur en lui disant :Vous avez déjà imaginé que vous seriez un gagnant du loto… »

J’en ai rencontré des gagnants du loto et à travers eux on se rend bien compte des mécanismes de transmission de cette culture de l’argent, cette culture de la richesse. Les gagnants du loto ils sont riches monétairement, d’un seul coup, mais ils ne sont pas riches des autres formes de richesse. Ils n’ont ni les réflexes, ni le réseau social des riches. A travers eux, on voit en creux qu’on est formé à être riche par ses parents. Finalement, être riche ça s’apprend jusqu’à ce que cela paraisse naturel qu’on ait presque oublié d’où ça vient.

C’est pour ça qu’après vous avez des gens qui vous disent « Vous avez qu’à vous secouer un peu » « mes parents, mes grands parents ils se sont secoués pour devenir riches » Mais ces gens-là ils ont presque oublié d’où elle venait leur propre richesse.

Un grand merci à Marion Montaigne et bonne continuation.


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