Aujourd’hui, je prends l’avion. Et comme je suis une grosse flippette, j’ai un peu besoin d’exorciser le truc.

Parce que comme à chaque fois que je dois voyager en avion, j’ai l’impression que la fin est proche.

Et puis, c’est pas mes potes qui vont trop m’aider sur ce coup-là.

Ah t’as peur en avion ? Hahaha, génial, on va trop se marrer ! Je me mets à côté de toi !

Sympas, les gars.

Je ne comprends pas pourquoi la peur déclenche cette hilarité. À chaque fois que j’explique à quelqu’un ma peur panique de l’avion, ça part en sucette.

Moi, une fois, y’avait tellement de perturbations qu’un mec qui n’avait pas attaché sa ceinture de sécurité est resté collé au plafond.

– Tu prends Ryanair en plus ? Bolalala, t’as pas peur toi !

– Non mais en même temps, tu traverses pas les Andes pour aller à Lisbonne. Si tu t’écrases, tu meurs direct. Pas besoin de vous bouffer pour survivre.

– Hé, on est pas à l’abri d’un pilote dépressif qui veut en finir avec la vie.

Voilà quelques exemples de ce que je peux entendre. Des pervers narcissiques à tous les coups. À chaque fois, je me dis que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule.

Les gens ne s’imaginent pas le stress que ça me fout. Je passe tout le voyage les fesses serrées, guettant le moindre bruit anormal. Et comme je ne suis pas ingénieure en aéronautique, je ne sais absolument pas à quoi ressemble un bruit normal d’avion. Du coup, TOUT me parait suspect. Au moindre bruit, je mate les hôtesse de l’air pour voir si je peux déceler un peu de panique sur leur visage.

Putain, rien que de l’écrire, faut que j’aille aux chiottes.

Alors si le vol dure six heures, je vous raconte pas l’énergie que je dépense en angoisse.

J’ai quand même instauré de petits rituels pour me permettre de me détendre. Qui consistent essentiellement à picoler dès que l’avion décolle. Parce que les cachets pour dormir, on oublie de suite. J’ai besoin d’être en alerte maximum. Si à tout moment, il faut descendre un toboggan par une issue de secours, faut que je sois réactive. Voyez le niveau de stress.

J’ai eu l’occasion de voyager sur la compagnie Saoudia Airlines. Évidemment, pas d’alcool servi à bord. Mais surtout, l’équipage effectue une prière spéciale avant le décollage, pour demander à Allah de les laisser voler tranquillou. Je peux vous dire que mon niveau d’angoisse était à son paroxysme. Parce que si même l’équipage n’est pas serein et se sent obligé de faire des prières, alors qu’on ne vienne pas me dire que c’est moins dangereux que de prendre le train. Ça m’étonnerait qu’ils fassent une prière avant que le train démarre. Qu’on arrête de nous prendre pour des cons.

J’étais tellement à cran, ça a failli provoquer ma rupture de couple. Comme tout le monde, mon mec se marrait à me voir flipper. Aucune solidarité. Le gars se fendait la poire, en me faisant des petits « BOUH », de temps en temps. Histoire de me faire sursauter. Je me suis vu l’étrangler. Mais je me suis rappelée in extremis qu’on était avec une compagnie saoudienne. Et comme je ne suis pas une grande fan de la lapidation non plus, je me suis ravisée.

La seule fois où je n’ai pas eu trop peur, c’est parce qu’il y avait un mec encore plus flippé à côté de moi. Je dois avoir un côté pervers narcissique aussi. Je me suis sentie obligée de le rassurer, et du coup, ça m’a aidée à relativiser. Bon, je dis ça, mais le troisième gars sur notre rang l’avait vraiment mauvaise d’avoir deux lopettes en train de couiner au moindre mouvement.

Les mauvaises langues vous diront que je flippe pour pas mal de choses. Je ne suis pas une casse-cou quoi. J’aime pas la hauteur, ni la vitesse. J’ai l’angoisse du CDI. La vieillesse me file le vertige, surtout quand je vois que toutes les vieilles kiffent les coupes de cheveux en arrière avec des bouclettes. Mode immuable apparemment. Ou alors c’est parce qu’il n’y a pas vraiment le choix avec le peu de cheveux qu’il reste. Je n’ai pas encore résolu ce mystère.

Bon après, ce sont des peurs raisonnables, compréhensibles. Parce qu’y a des gens qui se tapent des phobies de l’espace. Ma copine Francine, par exemple, elle est complètement flippée des litchis. Oui, le fruit. Je vous le jure, j’ai déjà assisté à une scène de panique dans un restaurant chinois. Dernièrement, j’ai aussi rencontré une phobique des escargots. La nana s’est retrouvée face à face avec l’escargot et s’est figée comme si elle avait vu un fantôme.

Ce qui m’énerve, c’est que ces gens-là n’ont sûrement pas peur de l’avion. Alors que ce serait tellement plus logique. D’ailleurs, si je les entends m’expliquer que j’ai plus de chances de mourir en voiture qu’en avion, je leur sors les statistiques sur les attaques d’escargots.

J’ai lu quelque part que les courageux sont ceux qui affrontent leurs peurs. Et non ceux qui n’ont pas peur. Je tiens donc une sacrée dose de courage.

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