Petit état des lieux de l’art contemporain dans la ville rose.

 

À chaque soirée, c’est la même rengaine lorsque j’ouvre un dialogue sur l’art contemporain, entre deux gorgées de Pelforth. Mon interlocuteur se gausse, plus ou moins fort selon son niveau d’alcoolémie, et me sort alors les deux blagues les plus éculées concernant le sujet : « Mais en fait, tu me parles de l’art content pour rien ?! » ainsi que « Hé, hé, l’art contemporain, c’est du l’art ou du cochon ? ». J’essaye alors de défendre mon sujet mais il faut avouer que, depuis quelques années déjà, je commence à manquer d’exemples concrets pour défendre cette discipline qui semble vouloir à tout prix conserver son image élitiste et masturbatoire.

 

Le Printemps de Septembre, mais c’est quand exactement ?

 

Ce festival dédié à la création actuelle est connu de chaque toulousain, du moins en théorie. Après avoir connu un certain succès à Cahors jusqu’en 2001, il migre dans différents lieux d’exposition à Toulouse jusqu’en 2012. À l’époque, le Printemps de Septembre, qui nous perd dans son titre avec un certain sadisme, se déroule en Automne. Il célèbre le renouveau des arts plastiques, picturaux, photographiques et vidéographiques. Si les dernières éditions ont clairement été décevantes, je me rappelle avec nostalgie les expositions mises en scène par Franz West ou Christian Bernard. À ce moment là, les œuvres s’affranchissent des cartels explicatifs pour se concentrer sur l’ici et maintenant, le ressenti. En 2008, une des expositions du festival qui se tient aux Abattoirs fait le pari osé de confronter des œuvres contemporaines à des pièces rapportées du Muséum d’histoire naturelle ainsi que des toiles des XVIIIe et XIXe siècles du musée des Augustins. Et ça fonctionne ! Le musée se révèle alors comme étant un lieu loin d’être aseptisé. Au contraire, il devient un véritable cabinet de curiosités, orné des étranges papiers peints de John M.Armeleder.

 

Exposition de l'édition 2008 du Printemps de Septembre, « Là où je vais, je suis déjà » aux Abattoirs.

Exposition de l’édition 2008 du Printemps de Septembre, « Là où je vais, je suis déjà » aux Abattoirs.

 

Au revoir Printemps, bonjour FIAT !

 

Depuis 2013, le Printemps de Septembre a laissé place au FIAT (Festival International d’Art de Toulouse) se déroulant à cheval sur les mois de mai et juin. Le choix d’une nouvelle appellation, mais aussi de nouvelles dates, aurait pu être une réussite si la communication en amont avait été efficace. Mais c’était sans compter sur les supports visuels complètement conceptuels signés par Philippe Millot. Les affiches de l’édition 2013 du FIAT, « Artist comes first » incarnent pleinement le mépris exprimé pour la populace au profit d’un public averti, plus habilité à comprendre le message qu’elles véhiculent. Pour une première édition, faire le choix d’affiches déstructurées, épurées, plus esthétiques qu’informatives relève de l’inconscience pure. Coup dur supplémentaire, on apprend au mois de Septembre dernier que le budget alloué au festival subit un sacré revers, ne laissant alors que le choix de le présenter sous forme de biennale.

 

L'une des affiches du FIAT 2013 par Philippe Millot.

L’une des affiches du FIAT 2013 par Philippe Millot.

 

  Le musée des Abattoirs

 

Les expositions thématiques et autres rétrospectives au musée des Abattoirs, c’est un peu le même schéma. Avant, c’était beau, c’était fort, comme un café serré un lendemain de cuite. Et puis en 2012, est arrivé à la tête du musée le tout jeune et fringuant Olivier Michelon. Je remercie personnellement ce dernier de contribuer chaque exposition un peu plus aux railleries que la notion d’art contemporain suscite dans mon entourage. J’ai l’impression que son équipe s’évertue à rendre les œuvres inaccessibles au tout public. En témoignent les cartels aux vastes envolées lyriques mais au contenu pédagogique et didactique aussi compréhensible qu’une partie de « Pyramide » sous acides. On est désormais loin de l’adage « La culture pour tous ». Les Abattoirs cherchent visiblement à draguer l’élite intellectuelle toulousaine, mettant ainsi sur le carreau le tout public qui, chaque premier dimanche du mois, écarquille un peu plus les yeux de perplexité. Il est pourtant bien dommage de constater que certaines œuvres de qualité sommeillent dans les sous-sols du musée. Des trésors dissimulés aux yeux de tous, en somme.

 

  Art contemporain is not dead !

 

Cela dit, ne restons pas sur cet amer constat. Les institutions artistiques peuvent nous révéler de bonnes surprises. Ainsi, le musée des arts antiques Saint-Raymond vient de clôturer une exposition en partenariat avec le festival « Jardins Synthétiques ». Des œuvres d’art contemporain ont été disséminées un peu partout dans le musée, créant ainsi un dialogue avec des sculptures antiques et des objets archéologiques. Sur un même ton, le musée des Augustins, qui expose essentiellement des œuvres allant de la période Renaissance au début du XXe siècle, a mis en place un programme intitulé « Croisement des arts ». C’est grâce à ce programme, qui ouvre les expositions sur l’art actuel, que les visiteurs ont découvert la mise en valeur sublime des sculptures romanes du musée. L’installation de l’artiste contemporain Jorge Pardo, faite de jeux de lumière et d’effets d’optique, a été réalisée en partenariat avec la FIAT. Elle est visible jusqu’en 2016.

 

 Thomas Grünfeld, Misfit Âne/coq, Musée Saint-Raymond. Une chimère contemporaine confrontée aux représentations mythologiques antiques.


Thomas Grünfeld, Misfit Âne/coq, Musée Saint-Raymond. Une chimère contemporaine confrontée aux représentations mythologiques antiques.

Par Noémie.

 

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