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C’est un fait, j’écoute beaucoup moins de reggae que pendant ma folle adolescence. Pourtant, j’aurais eu du mal à refuser un concert de The Abyssinians. C’est un peu de notre histoire à tous, puis faut les voir avant qu’ils arrêtent, ils sont plus tout jeunes nos joyeux rastas. Avec un premier single enregistré dans les mythiques Studio One de Kingston en 1969, ces mecs là ont vu débarquer Bob comme un petit jeunot…

Rendez vous est donc pris au Connexion. j’y retrouve des potes et une jeune fille qui a eu la délicatesse de répondre à mon invitation… Quelques verres, histoire de se chauffer et on rentre attendre le début du concert. Les musiciens déboulent seuls pour une première partie instrumentale et on sent déjà que ce concert risque d’être bien. Première surprise, c’est un p’tit blanc sapé comme un boys band qui arrive au micro. Le mec assure plutôt bien, pas de problème là-dessus, mais on se demande quand même un peu ce qu’il fout là. Ca dure quelques morceaux puis un nouvel inconnu débarque sur scène pour prendre le micro: « Please, welcome The Abyssinians from Kingston Jamaica! ».

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Le public hurle d’approbation et voilà les légendes du reggae qui déboulent. L’ambiance monte d’un cran et le set démarre. Je fais quelques photos durant les premiers morceaux mais honnêtement j’ai pas vraiment envie de passer le concert derrière mon appareil… Sur scène le groupe envoie un reggae profond, presque mystique, loin très loin de ce que propose aujourd’hui la plupart des médias en terme de musique jamaïcaine. Les lyrics sont dénués de l’influence dancehall pénible qui fait sûrement partie des raisons pour lesquelles j’écoute moins de reggae aujourd’hui que dans mon adolescence. C’est le message rasta que propage The Abyssinians, et j’ai beau ne pas vraiment être porté sur la religion, ce son remue des choses profondes. C’est difficile de vous raconter ce concert, parce que même si je m’y attendais pas forcément c’est surtout de l’émotion. Le son est redoutablement efficace, y’a qu’à se laisser porter. Et malgré leurs barbes désormais blanches The Abyssinians déploient une énergie folle dont feraient bien de s’inspirer nombre de groupes plus jeunes.

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Toute la foule danse, et je me surprend à bouger la tête sur les riddims des sages de Kingston, ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps sur du reggae. Deux bonnes heures de concert incroyables qui finissent en beauté avec le classique « Satta Massa Gana » et son refrain en amharique, la langue éthiopienne. Un morceaux qui dure vingt bonnes minutes, le temps pour The Abyssinians de délivrer encore et encore leur message « Jah Rastafari is alive ». Les meilleures choses ont une fin, et ce concert aussi. Faut bien reconnaitre que je suis bluffé, je n’aurais pas cru partir aussi loin. C’était super fort en émotion, j’en suis tout remué. La salle se vide mais je reste encore quelques minutes à regarder la scène déserte en me disant qu’effectivement je n’aurais raté ça pour rien au monde. Je rejoins la fille avec qui je suis venu, elle se tourne lentement vers moi, elle me souris et je crois bien que je fais pareil. On est heureux et c’est déjà pas mal.

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Texte et photo: Pierre-Noël Cuq

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