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 L’exil dans les yeux c’est le titre d’une expo de Stephane Redon au Centre culturel Henri Desbals, métro Bagatelle, jusqu’au 14 mars. Une série de portraits de personnes de différentes nationalités, toutes exilées et demandeuses d’asile.

Ça ne sert à rien de mentir, Stéphane Redon n’est pas juste un photographe qui expose à Toulouse en ce moment, c’est aussi mon prof principal. Du coup, déjà que je suis pas fan de exercice de l’interview, là, j’ai carrément la pression. Sans parler du moment où il faut faire la photo qui illustre cet article… Mais bon, faut bien se lancer, j’ai promis l’article au Rédac’ Chef, alors on branche le dictaphone, on respire un grand coup et on y va…

Tu présentes « L’éxil dans les yeux », parles nous un peu de la genèse du projet.

Au départ c’est une pièce de théâtre qui s’appelle Exil, mise en scène par Bruno Habadi. Il y avait déjà une photographe, Julie Moutard, qui elle avait travaillé sur le projet mais plus sous forme de reportage. Donc ils m’ont passé une sorte de commande pour mettre en image ce thème de l’exil mais de manière différente. En gros, les images sont là pour accompagner la pièce, mettre le public dans l’ambiance avant le spectacle.

Du coup, l’expo suit la pièce de théâtre ?

Oui, on propose une sorte de pack « pièce+expo », ou que la pièce, ou que l’expo ; même si les deux ont plutôt vocation à tourner ensemble.

Ce thème de l’exil a forcément une dimension politique, tu le vois comment ?

Ce n’est pas anodin de travailler sur ce thème-là. A Toulouse on a quand même eu pendant longtemps une mairie de droite, avec également l’ouverture d’un centre de rétention à Cornebarieu. Donc c’était forcément militant d’avoir une démarche par rapport à cette question à notre époque.

Certains de tes modèles ont été expulsés depuis ?

Oui, depuis il y en a qui ont été expulsés, notamment une femme et son enfant qui vivaient en hôtel. Après, dans l’expo il y en a qui étaient en attente de papiers et qui le sont toujours, d’autres qui ont eu les papiers et qui se sont installés. Il y a vraiment eu une multitude de cas différents parmis les gens qui ont posé.

Du coup la posture d’artiste engagé c’est quelque chose à laquelle tu crois ou pas plus que ça ?

Disons que je ne sais pas si je suis si engagé que cela, après il y a des choses qui me révoltent, dont celle-ci. Là c’était l’occasion de travailler sur ce thème-là, sur ces gens-là. Est-ce que je l’aurais fait de moi-même ? Je n’en suis pas sûr. C’était pour moi, au travers de cette commande, l’occasion d’entrer de plain-pied dans ces thématiques auxquelles j’étais sensible.

Pour cette série tu utilises une chambre (appareil à soufflet), et la technique du calotype (qui consiste, en gros, à utiliser directement du papier photo à la place du négatif). Pourquoi ce choix à l’heure du numérique ?

L’utilisation de la chambre photographique grand format c’est un rapport à l’appareil différent de ce qu’on peut avoir avec un appareil traditionnel. L’image est beaucoup plus grande, on peut générer des zones de flous vraiment particulières, qui diffèrent de ce qu’on voit d’habitude. Ensuite le calotype c’est une technique qui en portrait a tendance à durcir les traits, à dramatiser l’image. Ça me semblait le meilleur moyen de photographier ces gens pour mettre en avant la dureté de ce qu’avaient vécu ces différentes personnes à travers leurs visages et leurs regards.

Tu es un photographe toulousain, c’est une ville ou il existe une vraie « scène photographique » comme ça a pu être le cas pour la musique ?

Oui carrément, ça commence avec Dieuzaide et la création du Château d’Eau, première galerie municipale dédiée à la photographie en France. C’est un peu ça qui a lancé la machine à Toulouse. D’ailleurs cette scène photographique est en train de bouger. Je faisais partie de « ManifestO », qui s’est monté pour contrer un petit peu le Printemps de Septembre, qui quand il est arrivé à Toulouse a bouffé les budgets culturels sans forcément en laisser pour les autres alors qu’ils sont soutenus par la fondation Cartier qui n’est pas vraiment à plaindre au niveau financier. Le tout sans présenter de photo, et surtout sans personne au niveau local. Le projet de « Manifesto » était donc de montrer qu’il se passe des choses au niveau de la photo dans la région, qu’avec peu de moyens on pouvait monter un festival qui tienne la route. Il y a toujours des invités prestigieux mais aussi des inconnus, amateurs avertis on va dire, qui peuvent tout à fait présenter de magnifiques projets.

Aujourd’hui la politique de la mairie semble aller dans le bon sens, on se rend compte qu’il y a un vrai potentiel en terme d’image et particulièrement de photo à Toulouse. On le voit avec notamment la création de la « Maison de l’image » à la Reynerie.

Pour finir, ça donne quoi Stephane Redon In The Morning ?

Bah j’essaye de me réveiller, pas simple déjà. Puis d’enchainer sur ma journée de boulot, à l’école ou à l’espace St Cyprien. Mais bon, pas trop du matin quand même…

Par Pierre.

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