Vendredi dernier on était au Connexion avec Gérard Baste, XanaX, Dr Vince et Wax. On a parlé musique autour d’une (voire plusieurs) bière. Voilà à peu de choses près ce qu’on s’est raconté. Entre blagues, vin, flash backs et projets:

C’est l’interview de gens normals !

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In The Morning Mag : Comment vous vous définiriez dans le paysage du rap ?

 

Gérard Baste : Comment on se définirait… Comme des passionnés avant tout déjà. De musique et de hip hop et qui en avons fait par la force des choses. Parce que c’est pas réellement une volonté de se dire « on va faire une carrière dans la musique, on va monter un groupe », ça nous est venu comme ça. XanaX le premier, lui qui était musicien depuis longtemps. Enfin musicien… Qui chantait et qui rappait depuis un bout de temps. Nous on a commencé a commencé avec Nikus (Pokus ndlr) on avait une vingtaine d’années et puis comme ça roulait bien on a monté les Svinkels et c’est comme ça que ça a pris. Bon, on fait du rap à notre façon: un peu décalé, un peu rock’n’roll en même temps. En gros fans de rap californien, de rap new-yorkais aussi. Je sais pas trop comment te dire comment on se définit en fait … C’est pas évident.

 

XanaX : Déjà faudrait commencer par définir le paysage rap, c’est assez vaste et assez opaque en fait, il y a pleins de styles différents et plein de gens. Maintenant c’est vachement segmenté entre guillemets, t’as des gens qui vont être plus sur un délire de rap bobo, tu vois ce que je veux dire : très old School etc. Avec des flows modernes. Après t’auras toujours les fans de Booba et caetera …. C’est vaste tout ça et se placer là-dedans ça a toujours été un peu compliqué dans le sens ou on est un peu les seuls à faire ce qu’on fait, mais en même temps quelque part dans la forme ça reste un truc … Enfin tu te pose pas la question de savoir ce que c’est comme musique quand t’entends les instrus. Quand ça rappe ça rappe donc a priori c’est du rap ! Maintenant effectivement c’est du rap peut-être comme on dit « alternatif ». C’est surtout la musique qu’on avait envie de faire au moment où on s’est rencontrés, eux ils étaient partis sur un délire: faire du rap à deux. Moi j’suis venu foutre ma merde là-dedans. Mais c’était surtout par rapport à une espèce de délire générationnel aussi : c’est de la musique de notre génération.

Gérard Baste : Disons qu’on a longtemps refusé les étiquettes et à un moment faut les accepter surtout qu’on parle de rap alternatif ou de rap spé tu vois aujourd’hui ça veut plus rien dire parce que c’est vrai que quand t’écoutes des trucs comme Kendrick Lamar ça vient de Compton  c’est censé être un peu du rap gangster pourtant c’est ultra pointu, ultra spé aussi dans la construction. Voilà : cette bannière de rap alternatif elle englobe tellement de courant depuis les années 90 où on l’a un peu créé, on fait partie des pionniers de ce genre là. Rien que nous en France pour te donner un exemple. La Caution et TTC c’est pas du tout la même chose que Klub des Loosers ou Svinkels. C’est englobé et pourtant ce sont des choses qui n’ont rien à voir. C’est du rap. On essaye d’être « personnels » dans ce qu’on fait dans l’approche tout en respectant les codes de cette musique.

 

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In The Morning Mag: La moustache par exemple?

 

Dr Vince: C’est ça, cuir moustache !

 

In The Morning Mag : Vous citeriez quoi comme influences ? (Celles qui vont ont amené au rap alternatif)

 

Dr Vince : Je pense que pour chacun il y a un fil conducteur c’est sûr: moi pour ma part je sais que c’est les Beastie Boys, je pense que pour Gérard c’est aussi le cas. La musique on y est venu par d’autres musiciens.

 

XanaX : Déjà on vient du rock à la base. Du rock, du funk: c’est toutes les musiques qui sont arrivées avant le rap, qui ont fait bouger Paris avant le peura en fait.

 

Gérard Baste : Moi en fait j’ai découvert après. Je suis passé d’abord par le rap. Bon quand j’étais gamin j’écoutais que Renaud. Après c’est vrai que chacun a ses influences un peu différentes, on a pas tous le même background: Xavier (XanaX ndlr) c’est justement celui qui est le plus dans la musique black pourtant c’est lui qui a le background le plus alternatif, au sens large du terme. Moi c’est vrai que j’ai été influencé par le rap blanc en général: les Beastie Boys, Cypress Hill, House of pain m’ont beaucoup marqué. Eminem m’a marqué aussi. D’ailleurs il faisait pas des paroles aussi dingues que nous à l’époque où on les faisait, il était plus sage… En fait il nous a pompé quoi ! (rires)

 

Dr Vince : Moi j’ai été bercé par le rock. J’ai d’ailleurs même fait une grosse infidélité pendant ma période rap: à un moment je l’ai totalement lâché, arrêté d’en écouter, d’en faire, d’être Dj, de m’investir dans le hip-hop, et je me suis mis à faire du rockab’. Et puis j’suis revenu au rap… Un peu à cause de vous en fait !

 

Gérard Baste : Je donne souvent cet exemple: Wu-tang c’est un groupe de rap avec un concept un peu shaolin, kung-fu. Nous on est un groupe de rap avec une attitude rock, un concept de rockeurs quoi.

 

Wax : Je sais pas si vous êtes d’accord, moi je suis le dernier à être arrivé et j’ai l’impression, à force de vous côtoyer, qu’en fait le rock est bien plus vieux dans la carte de la musique que le rap. Qu’à force du temps, et à force des décennies il s’est découpé et segmenté: on a dit untel fait du hard, un autre du heavy. L’industrie musicale a compris qu’il fallait mettre des cases mais des cases larges. Le rap j’ai l’impression que c’est une culture tellement jeune en comparaison et que tout est arrivé tellement vite, donc que tout ce qui ne passait pas en F.M était considéré comme alternatif. Alors que finalement, tu le disais entre le club des loosers et vous il y a un fossé énorme et si vous deviez être sur la carte du rap, vous seriez les rockeurs ou même les punks-rockeurs du rap.

 

XanaX : Et Black M ce serait la variété du rap. J’ai écouté son dernier titre à l’hôtel, c’est dur …

 

Dr Vince : Mais c’est bien, il y en a pour tout le monde, après c’est le public qui fait son choix. Mais c’est vrai que le plus important c’est d’avoir de la visibilité. La question c’est : « est-ce que t’investis dans les médias internet vu que c’est par là que tout va passer ? » .La visibilité il faut l’avoir, c’est ce qui change la donne.

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Xanax : Je pense que la vérité d’internet c’est que c’est efficace selon qui s’en sert: si t’es un crevard sans aucun talent tu pourras avoir toutes les ouvertures possibles et imaginables sur le net, tu continueras à faire de la merde.

 

In The Morning Mag : Justement, comme le rap s’est un peu plus installé dans le paysage musical, quel regard vous portez dessus en tant que genre musical à part entière ?

 

Xanax : Ben dans ton Itunes t’as rap, r’n’b, hip-hop… tu vas sur youtube c’est pareil, à la télévision il y a des chaines hip-hop. Le hip-hop ça y est, c’est devenu une culture à part entière. C’est digéré, c’est plus juste les jeunes comme nous à l’époque qui étions considérés comme « les jeunes à casquettes » ou autre parce qu’on était les premiers à le faire. C’a été accepté par l’industrie donc maintenant chacun a sa place.

 

Gérard Baste : Ce qui est intéressant c’est que maintenant que c’est une culture complètement admise, que Kanye West et Jay-z sont dans Voici, les jeunes générations et même les plus vieux se sont complètement affranchis des modèles, des codes et des barrières. Mais c’est relativement récent, regarde Wiz Khalifa il fait des trucs mi-chantés, mi-rappés, il est tout tatoué, il est habillé avec un cycliste le mec. C’est vrai que le fait d’avoir cassé ces codes et de s’en être affranchi ça fait qu’aujourd’hui cette musique elle n’a plus tellement de barrières et elle va du gros mainstream – peut-être de meilleure qualité chez nos amis américains même si Maitre Gims n’a pas fait que de la merde – au plus recherché. Il y a un spectre qui est super large où tout le monde a sa place et où personne n’a à se justifier.

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In The Morning Mag : Vous dites que la culture rap est admise dans les médias, pourtant avant on avait des émissions spécifiques où on voyait tout ce qui se faisait dans le rap, aujourd’hui tout ce qui est exposé du rap dans les médias de masse c’est généralement une seule sorte de rap: le rap gangster représenté par Booba, Kaaris etc

 

Wax : Ce que tu dis là par rapport au rap, tu peux dire exactement la même chose par rapport au rock. Ce que tu voyais en 2005 à la télé c’était Kyo et c’est tout ; alors qu’il y en avait plein d’autres : des groupes de punk, de heavy…

 

Gérard Baste : Oui mais aucun groupe n’était meilleur que Kyo ! Malgré tout il faut avouer qu’aujourd’hui le rap est très apprécié mais reste sous-représenté. Et surtout il continue d’être un peu exotique. Il y a eu Gradur au Grand Journal il y a quelques jours et tu les sentais en train de s’enjailler, de s’encanailler, la meuf essayait de sortir des punchlines:  » T’as pris ta feuille d’amné ? « .

 

Xanax : C’est très caricatural quand tu passes sur les gros médias de toute façon. Mais je suis pas vraiment d’accord avec toi: il y a une espèce d’image de guignol qui colle au rap, qui n’est pas forcément fausse d’ailleurs, mais tu sens qu’il y a une vraie envie de laisser le rap là-dedans.

 

Gérard Baste : Le problème, c’est celui de la télévision: en radio ou sur internet et même en presse, le rap est bien mieux représenté et accepté qu’à la télévision qui continue à faire du spectacle. La télé elle a vingt ans de retard.

 

XanaX : Faut quand même se rappeler que quand Booba est passé à la Star Academy, Nikos Aliagas a regardé les gens en leur disant :  » Vous aimez ça ?!! ». Il ne comprenait pas que les gens applaudissent. Il y a une espèce de mythologie du rappeur mongol, dur, vénere, qui te tarte la gueule si tu lui parles mal et c’est ça qui doit exciter les médias un peu. Ils se disent « on touche à quelque chose » alors que s’ils savaient la vérité ils se rendraient compte que la plupart sont des guignols sans aucune street credibility, qui n’ont jamais rien fait, mais eux les traitent comme si. Quand tu vois Gradur qui passe à la télévision, là ça change au moins: le gars a une vrai street credibility … Mais c’est sûr que ça rappelle ce mythe du grand guignol. Comme à l’époque quand JoeyStarr passait dans On ne peut pas plaire à tout le monde, les gens attendaient qu’il s’énerve, qu’il tape sa crise.

 

Gérard Baste : Qu’il tape son singe… On lui fournissait même des singes sur les plateaux.

 

Xanax : La vérité c’est que dans les médias de masse ça reste une musique de grand guignol en casquette. C’est ce que les médias ont dans la tête et ça ne les pousse pas à aller voir autre chose, ils restent sur cette image.

 

Gérard Baste : Il faut avouer que ça ne vole pas toujours super haut non plus même s’il y a des super artistes.

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XanaX : Avant il y avait des gens qui faisaient comme nous: un délire à part. Maintenant ils rappent tous trap, ils ont le même flow, ils rappent tous les mêmes trucs au point que même des gamins de huit ans à Sarcelles peuvent le faire. Le pire c’est qu’ils ne rappent pas nécessairement plus mal que ceux de 25 ans qui font la même chose. Il y a une espèce d’uniformisation qui vient du fait que les mecs de banlieue ont bien compris que s’ils voulaient attirer les médias il fallait qu’ils fassent peur, donc ils le font et les médias eux ça les excite. C’est un cercle vicieux en fait, et finalement tant mieux.

 

Gérard Baste : Et puis si les enfants vendent de la drogue, au moins comme ça ils peuvent s’acheter leurs chaussures hors de prix.

 

In The Morning Mag : Un petit tour des projets perso pour finir ?

 

XanaX : Moi je suis sur mon projet qui est presque fini, c’est un album sur lequel j’ai essayé d’être le plus personnel possible donc ça risque de surprendre pas mal de gens mais j’ai fait la musique dont j’avais envie. C’est la différence entre ceux qui voient la musique comme une façon de vivre et d’autre comme un moyen de gratter de l’argent, nous on se raccroche à la musique car c’est vital pour nous, moi j’en ai rien à foutre de gratter de l’argent grâce à la musique parce que j’en ferais que j’en gagne ou non.

 

Gérard Baste : Moi c’est un peu l’inverse: je suis plus un artisan, je ne le fais pas que par passion mais aussi parce que j’ai des choses à faire là-dedans et que je voudrais finaliser, mais je ne fais pas quarante chansons pour en sortir 10, je fais dix chansons que je trouve mortelles Je suis moi aussi sur un album qui s’appelle Le Prince de la Vigne qui sortira j’espère avant la fin de l’année.

 

Dr Vince : Et puis le single du docteur Vince, la lambada du docteur Vince: putain de pochette, putains de sons avec des remix de Detect, de Modonut, Justice … Justin bieber (rires).

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Wax : Et puis le comité des reprises pour moi, tous les jeudis sur youtube. Et puis je prépare mon Wax album tranquillement, il y aura Gérard dessus, Greg Frite aussi…

 

In The Morning Mag : Quelques invités à venir dans le comité ?

 

Wax : On va avoir Charlie Winston

 

Gérard Baste : Le mec qui fait les clopes ?

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