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Le photographe Phillipe Guionie lance, à l’occasion d’un colloque sur le sujet aux Abattoirs le samedi 10 octobre, la résidence 1+2 à Toulouse. Rencontre.

Philipe Guionie arrive à l’Autan avec le sourire et l’air fatigué de ceux qui ne dorment pas beaucoup. Réunir une quinzaine de photographes autour du thème des résidences d’artistes semble voler une bonne partie de son temps de sommeil. Une nouvelle étape pour ce touche-à-tout qu’il aborde avec enthousiasme, content de se lancer dans une nouvelle aventure. La voix est posée et le débit facile, vestige d’années d’enseignement pour cet ancien prof d’histoire-géo, dont on doute bien qu’il prend un certain plaisir à cultiver ce phrasé particulier, presque radiophonique, qu’ont les profs qui remplissent salles et amphis. Un aspect de sa vie que l’on retrouve bien sûr dans sa photographie. Des portraits de tirailleurs sénégalais jusqu’aux populations noires de la Cordillère des Andes (les deux magnifiques bouquins: « Africa America » et « Anciens combattants d’Afrique »).

« J’essaye de mettre des images, des visages, sur des pans de l’histoire qui n’ont pas ou peu de visibilité réelle. Ma photographie se nourrit évidement de l’histoire, le rapport au temps, et de la géographie, le rapport à l’espace. »

Pour autant il récuse la notion, ambiguë et discutable, de « devoir de mémoire ». Ses images, si elles sont militantes, ne sont pas prosélytes. L’idée n’est pas d’imposer une mémoire, mais de provoquer une discussion, une réaction…

Avec, toujours, le continent africain en fil rouge. Celui où il se rend régulièrement: « Le plus souvent possible ». Un rapport passionnel mais lucide, le plus loin possible de l’angélisme et de l’exotisme trop souvent associés à l’Afrique.

« Je ne vais pas en Afrique photographier la beauté des paysages ou des gens. C’est d’ailleurs un va et vient, j’ai besoin d’y aller, j’ai besoin d’en revenir, pour garder une liberté de ton, de regard et d’action. »

Discuter, expliquer, transmettre. Une seconde vocation pour Philipe Guionie, qui anime de nombreux stages et workshops, en France et en Afrique, notamment au Niger. Des publics très différents, et à chaque fois une expérience enrichissante pour lui qui confie apprendre beaucoup de ces rencontres. Il est aussi l’animateur attitré des conférences organisées à l’ETPA (Ecole Toulousaine de Photographie et d’Audiovisuel) qui permettent aux étudiants de rencontrer et de dialoguer avec les acteurs de la photographie contemporaine. Le professeur, encore une fois, n’est pas très loin.

« Si il n’y pas ça dans la photographie, si elle n’est pas plus un prétexte pour en parler, pour se parler, elle ne m’intéresse plus. »

C’est dans cette optique qu’il organise ce samedi un colloque sur les résidences photographiques au Musée des Abattoirs. Une journée pour faire se rencontrer les acteurs de ce domaine. Photographes, éditeurs, directeurs artistiques, étudiants et bien sûr le public. Dresser un état des lieux de la résidence photographique en France. Pratique spécifique au monde de l’art, l’invitation d’un auteur à poser son regard et son savoir faire artistique sur un territoire.

« L’idée est de faire se rencontrer tous ces acteurs, qui se connaissent pour la plupart, mais ne se sont jamais retrouvés tous au même endroit pour dialoguer »

C’est aussi l’occasion de lancer officiellement la résidence 1+2, le nouveau projet dont il assure la direction artistique. Un programme qui a vocation à se renouveler chaque année et dont la première édition aura lieu du 4 janvier au 16 février prochain. Faire travailler trois photographes, un de renom et deux jeunes, sur Toulouse et son agglomération. Un chainon manquant dans le paysage photographique de la ville selon Philippe. Avec toujours, cette idée de transmission et d’échange entre un photographe expérimenté et deux jeunes de moins de vingt huit ans dont un sera systématiquement originaire de Toulouse. Un format original, quelque part entre l’urgence de production propre au workshop et la solitude créatrice du photographe en résidence. Ce sont trois femmes qui vont essuyer les plâtres de cette expérience, dont deux belges qui viendront à Toulouse pour les six semaines de résidence. S’en suivront une exposition et la publication d’un livre.

Le terme un peu pompeux de directeur artistique ne semble pas lui convenir totalement. Il s’envisage comme le chef d’orchestre de ce projet, l’animateur, celui qui doit permettre à la mayonnaise de prendre. Créer une petite équipe, presque une famille, faire en sorte que les photographes dialoguent, que leurs travaux entrent en résonance, se répondent, s’affrontent pourquoi pas. Le ton s’emballe quand il évoque ce projet, à quelques jours des grands débuts l’excitation est toujours plus puissante que la fatigue. Après quelques secondes de silence, il finit par lâcher, comme pour conclure:

« La photographie c’est quand même magique. » 

Texte et photo par Pierre

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