InTheMorningmag est allé à la rencontre de la toulousaine Manon Bril pour parler de sa chaine Youtoube: « C’est une autre histoire » lancée à la suite du succès de sa première vidéo, « Toulouse au détail ».

Elle se sert du thé au jasmin avec un léger sourire en coin. Comme amusée de la situation. Elle parle avec un débit étonnamment calme pour qui connait sa vitesse de parole dans les vidéos qu’elle poste sur internet.

Rien ne semblait au départ destiner celle qui se fait appeler Manon Bril, (elle laissera échapper son vrai nom au cours de l’entretien mais nous à fait promettre de ne pas le révéler sous peine de déclencher la colère des Dieux antiques) à devenir une « youtubeuse » comme on les appelle aujourd’hui.

Cette prof des écoles fait une thèse en histoire sur la réception de l’Antiquité au dix neuvième siècle, en particulier la figure d’Athéna dans l’imagerie officielle. Seulement, en plus d’être historienne Manon fait aussi du théâtre d’impro, et à voir la manière dont elle nous raconte son parcours entre deux bouchées de gâteau on se doute bien qu’elle aime raconter des histoires.

Elle s’est lancée un peu par hasard, d’abord dans le concours « Ma thèse en 180 secondes » qui propose aux doctorants de tous les domaines de présenter leur thèse devant un jury, puis avec sa vidéo « Toulouse au détail » pour un concours sur les deux mille ans de Toulouse. C’est cette vidéo qui, en faisant un buzz inattendu, va décider Manon à lancer une chaine Youtube.

« J’étais pas forcément une grosse geekette au départ, je connaissais les Youtubeurs les plus connus, comme tout le monde, maintenant je fouille beaucoup plus et je découvre plein de trucs super. »

Elle se lance donc dans l’aventure « C’est une autre histoire », une chaine Youtube qui propose deux formats de vidéos, forcément en rapport avec son sujet de thèse, question de connaissance et de légitimité. Les « relookings mythologiques » s’intéressent à la manière dont on perçoit les figures de l’Antiquité, et « Tu vois le tableau » présente les personnages, histoires ou mythes de certaines œuvres, histoire de se sentir un peu moins con au musée.

Le discours est volontairement simple, les vidéos de Manon ne s’adressent pas aux spécialistes. Volonté réelle d’aller chercher un public diffèrent de celui traditionnellement intéressé par l’art et la mythologie. Une démarche qui ne semble pas aller sans difficultés. Pour la première fois de l’entretien on sent Manon légèrement tendue.

« Les gens qui me reprochent d’être simpliste m’énervent, c’est souvent qu’ils ne veulent pas comprendre ma démarche. Comme si le savoir devait forcément rester quelque chose d’élitiste. »

Le parti pris de la simplicité et de la vulgarisation est pleinement assumé. Tant pis pour les critiques de ceux qui se rêvent en garants d’un certain savoir universitaire, celui qu’on ne pourrait pas résumer sous peine de le trahir. S’il est vrai que certains concepts ne peuvent pas être développés en cinq minutes (voir les écrits de Bourdieu sur la télévision), un simple coup d’œil aux vidéos de Manon Bril permet de voir que même en quelques minutes on peut apprendre plein de trucs et pourquoi pas avoir envie de creuser le sujet, un premier pas qui se suffit amplement à lui-même.

Bénéficiant du soutien de ses directeurs de thèse, Manon ne semble pas particulièrement inquiète de ce qui peut se raconter dans son dos à l’Université. Quant aux inconvénients de la « célébrité », notamment auprès des étudiants à qui elle donne des cours, c’est là aussi pris avec le sourire.

« On me reconnait pas dans la rue non plus. Mes vidéos sont vues mais pas encore massivement. Il m’arrive aussi de croiser des étudiants dans des bars, ils se doutent que j’ai une vie et « C’est une autre histoire » en fait partie, à moi de mettre les distances quand je fais cours. »

Manon envisage de continuer sur sa lancée, elle a déjà des propositions de boites de prod’ et de maisons d’édition, même si elle veut avant tout finir sa thèse. Si on ne peut pas vivre que de ses vidéos Youtube, on peut s’en servir de tremplin, c’est ce qu’elle aimerait. Sinon elle retournera à son métier de prof des écoles, qu’elle aime beaucoup. Pour former les futures générations d’historiens, ceux qui auront grandi avec les vidéos des youtubeurs.

https://www.youtube.com/channel/UCKjDY4joMPcoRMmd-G1yz1Q

Texte et photo par Pierre

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