L’événement HIP HOP de ce début d’année 2016 à Toulouse avait lieu au Bikini. GUTS était là pour défendre son nouvel album « Eternal » en compagnie de son live band. ITMM est allé a la rencontre de ce DJ de référence.

18h au Bikini, un horaire bizarre. On y arrive généralement bien plus tard. Là c’est presque incongru de voir le bâtiment en plein jour, d’ailleurs on galère un peu à trouver l’entrée… Si l’on est présents si tôt c’est pour rencontrer une légende du hip-hop français, GUTS, ancien producteur d’Alliance Ethnik désormais en solo et qui est de passage à Ramonville ce soir.

C’est un peu particulier pour nous de le rencontrer dans la mesure où le son qu’il a produit nous a accompagné pendant très longtemps et, sans tomber dans un délire de groupie de base, on a quand même l’impression de se retrouver face un « monstre sacré ». Impression vite envoyée bouler au loin quand il nous accueille en souriant, tout en simplicité, prend cinq minutes pour s’intéresser au magazine, à ce qu’on fait, comment on va…

C’est dans cette atmosphère tranquille et souriante que va se dérouler toute l’interview.

On a forcément un rapport un peu atypique avec la musique de GUTS car il faut bien reconnaître qu’on n’écoute plus très souvent Alliance Ethnik, à l’exception des « moments nostalgie » de certaines soirées entre potes. Pourtant ses albums solos sont des perles, injustement peu reconnus en France jusqu’à « Hip Hop After All ». Une situation qui ne semble pas particulièrement inquiéter l’artiste:

« Le premier album est passé un peu inaperçu par ici mais c’est pas si grave puisqu’en Allemagne et dans les pays de l’est le public a été hyper réceptif, de même qu’en Australie où ça passait grave en radio… Cela me suffisait à être content »

Mais revenons à la genèse de la carrière de DJ solo de celui qui était déjà bien installé en tant que producteur et s’est donc lancé en 2007 pour ce premier album, « Le Bienheureux », un titre qui en dit long.

« C’est un choix de vie au départ, quitter Paris pour aller vivre à Ibiza. C’est en étant isolé, avec la contrainte de ne pas être entouré de musiciens, de rappeurs ou de chanteurs que je me suis demandé pourquoi ne pas faire un truc tout seul… »

Cela peut sembler évident, mais la démarche n’est pas si facile, même pour un artiste de son niveau.

« Je me suis très vite aperçu que raconter une histoire avec un morceau uniquement instrumental est un exercice beaucoup plus délicat que de donner un beat à un rappeur pour qu’il pose sa voix dessus »

Il se met donc au taf, puisant son inspiration chez les précurseurs du genre. Shadow bien sûr, DJ Krush, Kid Koala ou encore Ninja Tune et y ajoute une touche qui lui est propre, faite de l’énergie et des bonnes vibes puisées dans sa nouvelle vie au soleil et dans son inspiration du moment.

Cela donne trois albums essentiellement instrumentaux d’excellentes factures (Le Bienheureux, Freedom et Paradise for all) qui commencent à faire parler sérieusement de GUTS comme d’un DJ de référence.

Seulement voilà, après quelques années l’envie de collectif finit par se faire de plus en plus pressante.

« C’est toujours pareil dans la création. Tu vas créer avec le même angle artistique et la même configuration pendant un certain temps puis au bout d’un moment, le travail de collaboration et d’échange va te manquer. »

C’est le début de l’aventure « Hip Hop After All » pour ce qui va devenir à notre humble avis un album de référence. Guts contacte son pote Dj Fab (bonjour la Dream Team) et se lance dans la production de cet album majeur en invitant les artistes qui lui plaisent à se joindre à lui, au feeling.

« Souvent quand je compose un titre ou même une ébauche, la voix me vient tout de suite. Je ne me dis pas que je vais faire un morceau pour telle personne. C’est le son qui dicte la collaboration, j’entends direct si c’est une voix féminine ou masculine, si c’est rappé ou chanté… »

 Un retour au collectif gagnant, nous l’avons dit, puisqu’il débouche sur ce véritable bijou qu’est « Hip Hop After All ». Un disque éclectique, exigeant, extrêmement bien produit qui frappe juste en proposant des sons de hip hop « classiques » alliés à des influences soul, reggae ou funk. On y retrouve des featurings aussi prestigieux que Cody ChesnuTT ou Patrice.

 Un travail collectif auquel GUTS semble avoir pris goût puisqu’il récidive avec son nouvel album « Eternal ». Si sur « Hip Hop After All » il avait composé tous les morceaux avant d’inviter des « voix », pour « Eternal » c’est une véritable création collective avec l’ensemble de son live band.

« Je me suis isolé quelques semaines à Ibiza pour proposer des idées. On en a sélectionnées vingt qu’on a enregistrées »

Cela donne un album avec de multiples influences porté par des artistes ultra talentueux venus d’horizons musicaux différents.   

« J’ai essayé de ne frustrer personne, j’ai voulu que tout le monde puisse exprimer sa sensibilité. C’est ce qui donne ce côté un peu fouilli qui part dans des délires différents les uns des autres. Ayant pris cet angle-là ça donne un disque qu’on risque d’avoir du mal à classer dans un genre musical particulier. »

Lorsqu’on lui demande si il n’a pas peur d’un procès en « non authenticité » des amateurs de hip hop purs et durs, la réponse de GUTS est souriante et tranquille, avec l’assurance de celui qui n’a plus rien à prouver.

« J’ai quarante-cinq piges dans quelques jours, je m’en fous, je m’éclate, je fais le son dont j’ai envie. Y’a pas plus indépendant, c’est un disque hyper spontané avec les gens dont j’apprécie le travail »

Cette configuration prend de plus tout son sens au moment de partir en tournée pour défendre ce nouvel album.

« Toutes les voix de l’album sont celles du live band. C’est forcément du caviar à jouer sur scène puisqu’on est entre nous »

Ça y est l’attaché de presse vient frapper à la porte, c’est déjà l’heure de quitter GUTS. On le retrouvera le soir sur scène pour se rendre compte par nous même ce que donne ce fameux show dont nous venons de parler.

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On ne sera pas déçus. Sur scène GUTS et ses musiciens envoient du gros. Un spectacle qui transpire de plaisir, à l’image de la discussion que nous avons eu l’après midi. Un set ultra éclectique, fait de soul, de funk, de moments jazz. Un assemblage hétéroclite qui fait bouger les hanches et monter le sourire aux lèvres. Loin d’être statique derrière son sampler, GUTS est un véritable chef d’orchestre. Debout la plupart du temps, il danse, saute, joue avec ses musiciens, invite le public à danser, à participer…

Le show est coloré, l’ambiance est détendue, agréable, à l’image des albums de GUTS. On aura même droit à des moments de grâce comme ce medley des Fugees qui fait dresser les poils ou cette reprise de « Can I kick it » en hommage à Phife Dawg décédé il y’a quelques semaines.

Au final cette journée a été parfaite de bout en bout, de la musique qui fait danser et sourire et beaucoup de plaisir.

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Interview et Texte par Pierre et Anaïs

Photos PNC Photographies


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