_MG_5794

Entre nouvel album, concerts, préparation de la nouvelle tournée et matches du Partizan Tolosa (où son déhanché enflammerait les foules, si seulement il y avait des spectateurs), l’agenda de Chouf est bien rempli. Pourtant, c’est avec enthousiasme que le toulousain a répondu à notre demande de rencontre. Retour sur une après-midi d’échanges.

Toulouse en janvier, c’est quitte ou double : soit il fait un temps magnifique à faire pleurer tous les marquis de Sade (les vrais savent), soit il fait un temps dégueulasse, comme dans le reste de la France. Pas de chance pour l’équipe d’ITMM de sortie ce dimanche, c’est un temps pourri qui nous attend, avec petite pluie fine, froid et ciel gris. En un mot comme en cent, on se croirait à Bordeaux, c’est dire…

Pas trop de soucis à se faire pour autant, car c’est bien à l’abri que s’effectuera la rencontre puisque Chouf nous reçoit chez lui, dans ce quartier calme situé entre la gare, Saint-Aubin et Guilhemery. Après un ou deux cafés, il est temps de se mettre à table. Au sens propre comme au figuré, puisqu’un fromage de belle facture est posé devant nous.

L’histoire de Chouf avec la musique commence comme celle de nombreux autres : un ado qui arrive dans un lycée, des nouveaux potes musiciens une guitare, et c’est parti. Ses inspirations de l’époque (Gainsbourg, Mano Solo et Brassens parmi d’autres) le poussent, déjà, à chanter en français. D’abord des reprises, puis ses propres compos.

C’est pourtant à la fac que les choses sérieuses commencent avec un premier projet en groupe fortement influencé par les grandes stars de la scène française indé comme Noir Désir ou les Têtes Raides. Comme souvent, les études des uns et des autres amènent le groupe à se séparer, mais loin de le décourager, c’est l’occasion pour lui de se lancer en solo «  Pour pouvoir être libre, ne plus avoir les concessions du groupe qui ralentissent toujours le rythme de création ». C’est la naissance de Monsieur Chouf, blaze sous lequel il signera son premier album (L’homme à la tête de Chouf, 2008, autoproduit) un personnage crée, de son propre aveux, car il ne s’assume pas encore sur scène.

Son premier album, bien reçu par la critique et le milieu, et les retours de ses nombreux concerts l’encouragent à continuer, et à tenter, notamment, l’aventure d’un tremplin en Suisse. De ces expériences multiples, il retrouve l’envie de jouer en groupe, et surtout, de diversifier ses influences et d’évoluer dans sa pratique musicale.

En 2011, il sort « Tête de clou », un album au sujet duquel il garde un sentiment mitigé : « c’est un album un peu bâtard, à sa sortie je suis content de mon évolution, mais avec le recul, ce n’est pas une évolution assez franche… je ne regrette pas, on apprend de ses erreurs » nous avoue-t-il avec le sourire. L’expérience lui enseigne, entre autres, que la musique se bosse, et ne fait pas que se ressentir. C’est donc fort de ces constatations que Chouf se lance avec Daniel Dru, son trompettiste, dans l’écriture de son troisième album, « L’hôtel des fous », une galette forcément plus aboutie.

« Là, pour le coup, il y a une vraie réflexion faite sur l’écriture, sur la cohérence musicale », et un enregistrement studio dans l’antre de Nino Ferrer, un artiste qu’il découvre sur le tard et qui l’a également beaucoup inspiré. L’album, même s’il y trouve évidemment quelques défauts, est pour lui une vraie réussite, et il assure en assumer chaque chansons. Nous sommes alors en 2013, et c’est le début d’une grande tournée, qui va durer jusqu’en septembre 2015, avec au passage, le soutien des toulousains de Jerkov, qui le suivent encore aujourd’hui. Il écume les festivals et les salles de concert histoire d’accumuler de l’expérience et surtout de se faire connaitre et reconnaitre parce que, comme il le dit lui-même, « chaque date qui passe, c’est l’aboutissement de tout ton travail. Si l’on fait de la musique, c’est pour la défendre face à un public ».

La tournée s’essouffle en 2015 et lui donne envie de repartir en studio, de créer l’attente. D’autant plus que l’homme est hyperactif et joue également avec d’autres formations, comme la Toulouse Skanking Foundation ou les Fils de ta mère.

Nous voilà donc en 2016, avec entre les mains et en (presque) exclusivité le nouvel album, Volatils. Les questions s’enchainent, et on sent l’envie de l’artiste de défendre son bébé. On revient sur la résidence fructueuse à la salle castraise du Bolegason, une nouveauté pour lui et ceux qui l’accompagnent en concert : « c’est une grosse évolution, de pouvoir se focaliser sur l’artistique, le visuel, le son, et tout remettre à plat, pouvoir passer du travail de studio à la mise en place sur scène. C’est un peu de l’or en barre ».

C’est l’occasion pour lui de revenir sur le partenariat entre lui et le Boleg’, puisqu’il collabore aussi à une action culturelle en jumelage avec le lycée agricole de Touscayrats dans la campagne tarnaise, où l’artiste participe à des ateliers de création avec une classe de seconde. Une sorte de retour de manivelle qui lui tient à cœur, car Chouf est aussi un artiste engagé, et ça se sent. Impossible de revenir sur tout ce qui a été dit pendant notre entretien, mais il suffit d’écouter Volatils pour s’en rendre compte.

Le titre de l’album d’abord, qui s’inspire « des oiseaux à travers l’analogie entre les oiseaux sauvages et les flux migratoires qui se retrouvent bloqués à nos frontières », ensuite sur ses chansons, où les titres « êtres jetables », « ça va péter » ou encore « le cimetière des oiseaux », évoquent des thèmes qui lui tiennent à cœur, autour de la « fragilité, de l’état volatil de l’homme actuel ».

Loin de l’image lisse des stars sans cervelle que l’on croise sur les plateaux télé, Chouf nous parle de sa vision du monde, de ses doutes, de ses espoirs aussi, avec recul, intelligence et, osons le dire, une certaine maturité. Plus qu’un entretien, c’est une véritable discussion qui s’instaure, qui nous permet de pénétrer dans son univers où le travail d’écriture prend tout son sens. Et quand il n’a pas les mots, il les emprunte à d’autres comme sur le titre « Des aveugles » qu’il va chercher sur un recueil de Christian Olivier des Têtes Raides.

« J’ai toujours essayé de me positionner dans l’écriture, mais en même  temps je me cachais derrière un jeu d’images, de métaphores. Dans Volatils, j’ai essayé d’être un peu plus clair dans mon propos (…) c’est une écriture beaucoup plus directe, avec des mots beaucoup plus clair et rentre dedans ».

Il est vrai que ce nouvel opus tranche un peu avec les anciens, il le sait mais estime qu’il se doit aussi d’aller vers de nouveaux publics, avec cette volonté de n’exclure personne, de ne surtout jamais tomber dans la démagogie, et encore moins dans l’élitisme, exercice périlleux quand on veut donner son avis : « Si tu fais de la musique ou de l’art pour t’adresser aux personnes qui pensent comme toi, je trouve ça d’une portée très limitée. Nous on a la parole (les artistes, ndlr) à nous de nous en servir ».

Un album un peu plus mature donc, qu’il nous tarde de découvrir sur scène. Et ça tombe bien puisqu’il nous promet de nous dégoter des places pour son tour de chauffe au Metronum, encore à Toulouse, pour la pré-sortie de Volatils le week-end suivant.

Toujours la même équipe qui se rend donc à la « nouvelle » salle toulousaine, où personnellement, je n’avais jamais mis les pieds. L’occasion est belle de découvrir le nouvel album lors du festival « Détour de chants » organisé par l’association éponyme, tant la salle, plutôt cosy, semble bien adaptée au répertoire du toulousain.

Le concert commence et les chansons s’enchaînent pendant une petite heure et ça sonne bien, entre rock, jazz, swing et chanson française, la salle est entraînée dans un univers bien à lui. Evidemment, on reconnait les influences chères à Chouf, mais avec cette petite note personnelle qui en fait un artiste à part entière.  On n’en dira pas plus, on vous laisse découvrir ce nouveau spectacle qui, on n’en doute pas, vous enthousiasmera autant  que nous.

On rappelle que l’album Volatils est disponible à la vente sur le site de Chouf, et que soutenir la scène locale, c’est toujours sympa (en plus c’est un bon mec, promis juré).

_MG_5868

Interview et texte par M.

Photos par Pierre


Laisser un commentaire