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Bruit Qui Court c’est un véritable ovni dans le paysage musical toulousain. Le genre de groupe qu’on découvre en concert, au hasard d’une soirée et qu’on prend en pleine tronche. Ca ne ressemble à rien de connu, à aucun son qu’on aurait déjà écouté. On adhère ou pas mais clairement ce groupe a le mérite d’innover et de produire une musique qui lui est propre. A l’occasion de la sortie de leur quatrième album «Que la nuit m’emporte» ITMM est allé discuter avec Nico et Sandra, respectivement chanteur-parolier et claviériste de la formation histoire de voir ce qui se cachait derrière ce son si particulier.

Reprenons depuis le début. Comment un groupe peut durer quinze piges en proposant un son aussi particulier et autant d’albums et d’EP sans jamais dépasser un succès d’estime ni même acquérir une audience médiatique ou grand public? A les écouter c’est une histoire de passion et de respect des influences de chacun.

«  On amène tous le son qu’on veut faire avec des influences très différentes et on essaie tous d’intégrer ça au son du groupe. » 

Une méthode qui semble porter ses fruits et éviter les frustrations artistiques puisque Bruit Qui Court est un groupe qui produit beaucoup, enchaînant les projets là ou d’autres peuvent passer plusieurs années sans rien composer de nouveau. Cette activité semble être l’autre secret de leur longévité, pas le temps de s’ennuyer, pas le temps de gamberger.

L’urgence… plus l’interview avance et plus cette notion semble centrale quand on discute avec Bruit Qui Court. Le débit rapide de Nico rappelle forcément les textes scandés sur scène. L’urgence aussi de dénoncer, de dire, de pointer le réel du doigt pour dénoncer une situation sociale et politique. En se tenant pourtant un peu à l’écart de l’étiquette un peu facile de groupe engagé.

« On fait de la musique avant tout, on est musiciens, ça nous intéresse pas de faire des morceaux moins bons qu’on rattraperait à coup d’appels à la révolutions et d’insultes sur la famille Le Pen. »

Pour autant l’aspect revendicatif de Bruit Qui Court saute aux yeux (et aux oreilles). Et on retombe sur la question forcément centrale des influences. Rien d’étonnant au final qu’un groupe qui se situe musicalement à la croisée du Rock et du Hip-Hop soit un porteur de critiques et de revendications, tant ces deux styles musicaux sont par nature contestataires. D’autant plus que le groupe crée en 2002 voit ses membres fortement marqués, comme toute leur génération par l’élection présidentielle qui à vu Jean-Marie Le Pen accéder au second tour. Ce parti pris artistique ambitieux, si il permet à chacun d’exprimer sa sensibilité ne va pas sans quelques difficultés.

« Aujourd’hui on s’en fout parce qu’on s’est blindés, on assume notre son et tant pis pour les gens qui aiment pas mais c’est clair que pour le public strictement rap on est pas des rappeurs et pareil pour le public rock. Au final c’est ça qui nous intéresse, la friction des mondes. Après ça demande au public un peu la même curiosité qu’à nous en création, il faut faire l’effort d’aller découvrir. Même si ça peut être difficile pour nous parce qu’avec la musique qu’on fait on va nous caser en première partie d’un artiste purement rock ou purement rap, c’est le bordel ».

Rien n’est simple avec Bruit Qui Court, sûrement le prix de l’exigence. Difficile de les ranger dans un style, difficile de les considérer comme des artistes engagés, et pourtant tout est incroyablement signifiant lorsqu’on écoute leur musique. Une énergie rock indéniable et diablement efficace dans les productions, des mélodies lancinantes, de celles qui prennent aux tripes, qui montent lentement jusqu’a donner l’envie de tout fracasser. Des mélodies sur lesquelles viennent se poser des textes qui, derrière une poésie froidement maîtrisée, hurlent des vérités banales mais incontournables. Un engagement qui pourrait sembler distant mais qui est juste en prise avec une réalité sans cesse plus violente.

Une violence froide et sourde, qui transparaît de nombreux textes. Des textes systématiquement en français, comme pour continuer dans l’inclassable quand la plupart des groupes de rock se tournent vers l’anglais.

« J’ai envie d’aller au contact, presque au combat avec le public quand je suis sur scène, de parler aux gens les yeux dans les yeux, dire des trucs que les gens comprennent jusqu’a la moindre virgule. Surement parce que j’ai une culture rap au départ et que mes premiers frissons musicaux, mes premières idoles c’était Kool Shen et Rockin’ Squat, je voulais être eux. Et j’ai jamais perdu cette envie de faire ressentir aux gens ce que je ressens sur certains textes de ces monstres, sans bien sûr me comparer à eux mais j’ai envie de provoquer ça. »

Presque quinze piges donc, à marcher sur le fil d’une exigence artistique toujours plus poussée, à expérimenter et chercher à se renouveler, trouver un son qui soit propre à Bruit Qui Court et y intégrer des textes porteurs de sens et de poésie. Un exercice compliqué mais qui ne manque pas d’un certain challenge.

« A chaque album on essaie de faire du mieux qu’on peut, et de faire mieux que le précédent. C’est compliqué de comprendre les mécanismes de la modernité, des sons qui marchent et qui nous mettent des branlées. Parce qu’au final on essaie de coller à ça, de se rapprocher de notre idéal musical mais sans renier ce qui fait l’identité du groupe. On veut pas faire des textes moins politiques ou des productions plus en phase avec la mode, on veut garder notre essence tout en essayant d’être à chaque fois meilleurs »

Une exigence et une volonté qui peuvent parfois placer Bruit Qui Court un peu à l’écart du reste de la scène toulousaine, catalogué à tort ou pas comme un groupe « sérieux », pas trop là pour rigoler quand il s’agit de création artistique. Une scène toulousaine qu’ils fréquentent pourtant depuis bien longtemps et sur laquelle ils posent un regard bienveillant quoi qu’un peu inquiet.

« Par rapport à nos débuts, quand on compensait à l’énergie et au collectif le fait de pas être super en place musicalement, les groupes qui déboulent aujourd’hui sont super forts. Les productions sont ultra propres, les mecs jouent bien. C’est d’ailleurs pas un hasard si certains ont percé nationalement ces dernières années, c’est bien qu’ils se passent des trucs à Toulouse. Maintenant avec la fermeture de la Dynamo et même de l’Autan dernièrement on est peut être en train de sortir d’un âge d’or, ça risque de devenir plus compliqué. »

On sent pourtant qu’il en faudrait plus pour vraiment les faire flipper. On ne reste pas là aussi longtemps si le groupe n’est pas solide et capable de s’adapter quoi qu’il arrive. Parce que des débuts où ils avaient juste envie de faire de la musique ensemble au dernier album « Que la nuit m’emporte » sorti début octobre, le plaisir est toujours là et à voir Bruit Qui Court sur scène ou accoudé dans un bar en train de parler de ce qu’ils aiment on se doute qu’il risque pas de disparaitre tout de suite.

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Texte et Photos: Pierre – PNC Photographie

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