Café serré, croissants, chouquettes et petit jus d’orange… Le décor est planté. ITMM a eu le plaisir de rencontrer Leo, auteur et illustrateur de BD, autour d’un petit dej’ chez son éditeur à l’occasion de la sortie de Survivants, de Mermaid project et de Terres lointaines ses derniers albums.

Leo c’est qui, Leo c’est quoi ? De son vrai nom Luis Eduardo de Oliveira, Leo s’est fait connaître sur le tard avec la série des Mondes d’Aldébaran, saga de science-fiction dont il est à la fois scénariste et dessinateur, qu’il mènera en alternance avec Trent.


Aujourd’hui, voulant rattraper le temps perdu, l’infatigable Leo est présent sur plusieurs projets : Mermaid project et Terres lointaines pour lesquels il est aux manettes du scénario, et évidemment Survivants, série parallèle aux Mondes d’Aldébaran pour laquelle il se charge à la fois de l’histoire et du dessin.

Après Les mondes d’Aldébaran en 13 tomes, pourquoi aujourd’hui créer Survivants, une série parallèle, et pas simplement continuer la série précédente ?

C’est un truc mystérieux pour moi. On venait de terminer la série Kenya sur laquelle j’étais dessinateur et on m’a proposé de continuer, mais je bossais trop. Alors j’ai refusé pour me consacrer entièrement aux Mondes d’Aldébaran.

Mais quand on dessine on passe des heures et des heures tout seul, parfois on fait des trucs très mécaniques et là, votre tête réfléchit toute seule. C’est dans un moment comme ça que je me suis souvenu d’une phrase du premier tome d’Aldébaran. Dans ce tome, un vaisseau spatial se dirige vers la planète Aldébaran mais il disparaît et n’arrive jamais. Alors je me suis dit : « Et si on imaginait qu’il y ait eu des survivants, quelque part ? « 

Petit à petit j’ai imaginé l’histoire mais il fallait trouver des différences par rapport à ce que j’avais déjà fait pour ne pas me répéter. Aldébaran est une planète vide et sauvage alors que la planète de Survivants est peuplée de multiples différents groupes d’extraterrestres intelligents. A cela s’ajoute la variation du temps, cette « anomalie quantique » qui fait que les personnages se déplacent dans le temps. Bien sûr c’est toujours compliqué les voyages dans le temps, mais bon, les gens l’utilisent alors pourquoi pas moi !

Dans tes histoires, ce sont souvent des personnages féminins qui sont mis en avant, ce sont elles qui sont les plus intelligentes, les plus fortes, pourquoi ce choix ?

J’ai toujours aimé ça, aller à contre-courant. Je veux sortir du schéma classique, avec un héros, un homme, musclé, grand, blond, et la femme toujours derrière. Je déteste ça. Comme c’est souvent le cas dans les films américains, dans les séries, les trucs comme ça, je me suis dit que j’allais faire l’inverse.

En plus ce sont souvent des héroïnes qui sont assez sexy …

Mon idée c’est que même en étant belle et sexy, la femme est intelligente, efficace… Je voulais sortir de l’idée selon lequel la femme intelligente, elle est moche.

Dans vos ouvrages, la morale sexuelle est souvent assez libre : des relations amoureuses qui évoluent, des relations sexuelles avec des personnages extraterrestres…

Bon, c’est vrai parfois j’exagère un peu, mais je fais exprès ! J’imagine comment, dans le futur, les gens vont évoluer, évoluer aussi socialement. Quand j’étais jeune, dans les années 1970, avec le mouvement hippie il y avait une grande liberté une grand spontanéité dans les relations sexuelles entre les hommes et les femmes que je trouvais très agréable, c’était une époque riche ! A cette époque la femme pouvait montrer qu’elle avait un désir sexuel … Aujourd’hui surtout pas, c’est mal vu. Petit à petit tout ça a disparu, on a assisté à une régression, influencée surtout par les Américains, leur cinéma, leurs séries et leur pudibonderie. Donc mes héroïnes sont très spontanées.

A l’inverse, on remarque que sur les planètes que les humains colonisent dans tes BD, ce sont souvent des pouvoirs militaires et des pouvoirs religieux très forts qui s’imposent. Alors pourquoi ce scénario là, plutôt qu’une démocratie pour diriger ces petites sociétés ? 

J’ai essayé d’imaginer ce qui pourrait se passer, si on mettait 3000 personnes, isolées, sur une planète pendant un siècle. Je pense que la tendance dans les groupes d’humains, malheureusement, c’est qu’il y aura un petit groupe qui va s’imposer pour dire aux autres ce qu’ils doivent faire ce qu’ils doivent penser. De plus, les conditions de vie très difficiles et l’insécurité sont un terrain fertiles pour les religions ; alors j’ai imaginé ce petit groupe de religieux exploitant les faiblesses des autres personnes. Je me suis basé un peu sur ce qui s’est passé dans l’histoire. Après l’indépendance des pays africains, on les a souvent vus tomber dans la dictature, avec un petit groupe d’hommes qui arrive pour donner des ordres. C’était à la fois incroyable et démoralisant, il y a toujours une bande de mecs qui veulent donner des ordres et dominer.

Mais heureusement mes personnages sympathiques sont contre ces systèmes.

Quelle est ta relation à l’écologie ? Dans tes histoires on évoque souvent ce thème, la « nature » est très présente.

Quand on a commencé à parler d’écologie, j’ai été un peu surpris… Pour moi ce sont des choses évidentes ! Dans Mermaid project, j’ai essayé d’imaginer notre futur et c’est évident que si on continue comme aujourd’hui on va se casser la gueule. Dans Betelgeuse, les humains maltraitent les animaux, là encore c’est une évidence qu’il faut les défendre. Je crois que tout le monde a une conscience écologique…

Mais toi tu écris des histoires, tu as des lecteurs, tu es connu, ce n’est pas neutre ce que tu écris…

Non, non, ce n’est pas neutre, mais disons que mon niveau de conscience écologique est assez banal !

A propos de ta nouvelle série en tant que scénariste, Mermaid project, comment se passe le travail avec Fred Simon, le dessinateur ?

Fred Simon c’est le rêve pour un scénariste ! C’est un mec hyper expérimenté. En BD il faut très souvent s’adapter quand on illustre, on ne peut pas suivre le scénario à la lettre. Donc il fait des petits changements et très souvent je suis surpris dans le bon sens.

Il nous envoie les crayonnés et mes réponses c’est toujours « Super ! Rien à dire ! », très rarement je remarque des détails mais ce sont vraiment de petites choses.

Tu es originaire du Brésil, tu es traduit, connu, là-bas ?

J’ai été traduit à une époque, en particulier Aldebaran et Betelgeuse ; mais au Brésil c’est un désastre, ça ne marche pas. Ça se vend dans les kiosques à journaux et pas en librairie, comme un magazine qu’on lit et qu’on jette. Ils ont publié quelques auteurs comme ça en BD, avant que je vienne en France, une maison d’édition très puissante avait publié Blueberry, Enki Bilal, etc, l’époque d’or de la BD ; mais ça a duré un ou deux numéros, c’est tout.

 

Que vous aimiez ou pas les histoires de bestioles extraterrestres et les rencontres du 3eme type … Les albums de Leo restent de la BD efficace, au dessin réaliste ; des histoires prenantes et rebondissantes, à mettre entre toutes les mains.

Remerciements à Dargaud pour le petit dej’ et à Leo pour s’être prêté avec beaucoup de simplicité au jeu des questions.

Propos recueillis par Antonin Tenac.


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