quentin_tarantino_85287

A l’occasion de la sortie en salles de The Hateful Eight (Les Huit Salopards), le huitième film de Quentin Tarantino, regardons d’un peu plus près les inspirations et influences de ce fils prodige du cinéma américain au travers de son œuvre.

Chapitre 1 – Cinéphile

Deux-Nigauds-contre-Frankenstein-affiche-9829Quentin Tarantino est né à Knoxville dans le Tennessee le 27 mars 1963. Sa mère est infirmière de métier, son père acteur amateur et a déjà quitté le foyer. Son signe astrologique est Bélier, lié à l’élément classique du Feu.

À l’âge de 2 ans, il suit sa mère Connie McHugh qui se retrouve seule à l’élever à Torrance, dans la banlieue sud de Los Angeles. Le petit Quentin s’occupe alors en regardant une multitude de films et de séries B.

Dès son plus jeune âge, il est passionné par les films de genre, allant du film de Kung Fu produit alors par les Shaw Brothers (cinéma de Hong Kong) au Western Spaghetti de Sergio Leone, en passant par les séries B. Il a toujours adoré les films. Certains aiment le sport, les filles, les armes à feu … lui c’est les films, et les films de genre.

Ils se nourrit de films d’horreur comme Frankenstein ou The Wolf Man. Mais il aime aussi les comédies comme Abbott & Costello meet Frankenstein.

GRINDHOUSE & EXPLOITATION

Depuis la fin des années 60, le terme Grindhouse est utilisé aux États-Unis pour désigner les cinémas de quartier diffusant deux films d’exploitations à la suite, traitant de sexe, de violence ou d’autres thèmes extrêmes.

grindhouse

A l’époque le fils de Connie regarde beaucoup de films  d’exploitations qui se caractérisent par un usage outrancier dans son récit et dans sa promotion d’éléments racoleurs censés attirer le public. Ce sont en général des films à petits budgets basés sur le traitement sensationnaliste de données sociologiques controversées tel que la drogue, la délinquance, les déviances sexuelles, la prostitution ..

Le jeune Quentin est donc très jeune amateur de ce cinéma qui l’amuse. Il a les yeux émerveillés par ces histoires à deux francs six sous que lui conte ce cinéma. Il y apprend ses premiers gros mots et les fait dire à ses G.I. Joes, ce qui agace passablement sa maman qui le reprend constamment. En 2007, il réalisera un diptyque avec Robert Rodriguez en hommage à ce cinéma.

A l’école, il n’est pas très bon élève et ce qui lui plaît c’est de parler de ces films qu’il visionne et qui le passionnent tant. Il aime partager ses émotions pendant des heures avec d’autres passionnés comme lui. Il, redouble sa troisième et quitte l’école à 16 ans. Il vit alors de petits boulots.

Chapitre 2 – Vidéo-club

My-Best-Friends-Birthday-Quentin-Tarantino

En 1983, Il travaille dans un vidéo-club, Video Archives, sur Manhattan Beach à L.A. dont il est un fidèle client depuis plusieurs années. Il y reste 5 ans, le temps de maturer quelques projets personnels et de peaufiner sa culture cinématographique. Il dit lui même de cette expérience que « cela a été le meilleur travail qu’il est eu avant de devenir réalisateur ».

Il connaissait tout sur les films, qui étaient les acteurs, les scénaristes, les producteurs que ce soit un obscur film d’exploitation ou un classique de John Woo. De ses propres mots, il se qualifie comme un « film geek ».

En 1986, en compagnie de son collègue Craig Hamann, il décide de se jeter à l’eau et de faire un film qui s’intitule My Best Friend’s Birthday, une comédie à la Martin & Lewis un brin autobiographique. Ce film reste inachevé car la fin de la pellicule a brûlé par accident.

C’est avec ce premier film que Quentin entame sa carrière de réalisateur. Il écrit à la même époque les scripts de Natural Born Killer et True Romance qui seront quelques années plus tard respectivement rachetés et réalisés par Oliver Stone et Tony Scott.

Chapitre 3 – Scénariste, Réalisateur, Acteurreservoir_dogs_ver2

« Faire un film est la meilleure école pour apprendre à faire des films » Quentin Tarantino.

Son premier film est Reservoir Dogs (1992). Il est très mal accueilli par la critique en raison de la violence extrême  de certaines de ses scènes.

Pour ce film, il s’inspira de la scène d’introduction de Casualty of War (1989) de Brian De Palma et du fameux « Look into my eyes !! ». Ce même Brian de Palma avait lui aussi été bravement critiqué sur la violence de certaines de ses scènes dans ses films. Tarantino se défend en invoquant le fait que « ce n’est pas seulement un film ou un gars se fait couper l’oreille par Mickael Madsen« .

Voyons plutôt…

En effet l’oreille est détachée pendant que la caméra est hors-champ ce qui nous permet de mieux apprécier l’intensité de cette scène en gardant les yeux ouverts. Même si la violence prédomine et gène (à l’époque et encore aujourd’hui), il est tout de même allé présenter son film à Cannes pour la première fois cette année là.

L’année suivante, le script de Natural Born Killers est réécrit et le long-métrage réalisé par Oliver Stone. La même année, True Romance (1993) est réalisé par Tony Scott.

En 1994 il sort Pulp Fiction qu’il a écrit et réalisé.

p15684_p_v8_ac Ce film est une anthologie du crime articulé autour de 3 histoires séparées avec le même groupe de personnages. Il se voit décerner la Palme D’or à Cannes des mains de Clint Eastwood himself.

Les raisons de ce succès résident en partie dans la scène du rencard entre Mia Wallace & Vincent Vega (Uma Thurman & John Travolta). Quentin voulait que ça dure en mettant en valeur les silences quand les acteurs ne se parlent pas, ce qui rend l’engagement des personnages complet. Il a aussi pratiqué le twist avec Uma Thurman qui doutait de ses capacités. Un jour, Quentin lui fit visionner Bande à Part de Jean-Luc Godard. La scène de twist dans ce film n’est pas joué par des danseurs, ils ne l’exécutent pas parfaitement, ce sont juste des acteurs qui s’amusent juste à danser. Remémorons-nous cette scène d’anthologie dans Pulp Fiction.

158957068_f4b4de

S’ensuit Jackie Brown en 1997 qui est une adaptation du roman Rum Punch (Punch Créole) d‘Elmore Leonard. Ce film est un hommage aux films de la blaxploitation des années 70. Le casting incarné par Robert Forster & Pam Grier participe à de longs plans séquences, très fixe, très calme, il fait attention à l’endurance de ses films plus qu’aucun autre réalisateur et relance la carrière de ses deux acteurs.

Chapitre 4 – Disciple de Hong-Kong

En 2003 et 2004 il réalise Kill Bill volume 1 & 2 en hommage au cinéma de Hong Kong. Pour ces deux volets, Quentin repère Gordon Liu en regardant La 36ème Chambre Shaolin de Liu Chia Lang. Il interprète les rôles de Johnny Mo et Pai Mei. Il fait jouer Gordon Liu et Uma Turman avec les costumes de Bruce Lee.

kill_bill_aff

Il s’inspire et rend hommage au cinéma japonais de Kitano, notamment en jouant avec l‘immobilité d’une séquence puis un jaillissement soudain. Son hommage au cinéma de Hong Kong est différent. Il y puise les longs plans séquences, l’action est très longue (scène Kung Fu) et la violence est graphique et cartoonesque ce qui rend ce cinéma très populaire. On y retrouve également les « Freeze Frame » soit les « arrêts sur image » avant le générique de fin, très populaires dans l’oeuvre de Tarantino.

7736093674_2e8414a35c_oEn 2009 il réalise Inglorious Basterds, Tarantino nous propose une performance bluffante pas tellement tournée vers la psychologie des personnages. Cependant, Landa est un personnage très intéressant.

Dans ce film, le SS Hans Landa est un personnage fascinant … la performance de Christopher Waltz est fabuleuse, c’est un tyran du dialogue, qui cuisine à petit feu ses victimes.

057Il sera critiqué pour son côté outrancier envers l’Histoire. Mais après tout, toute l’œuvre de Tarantino est fictive même si c’est la première fois qu’il inclut des personnages réels dans ses films à savoir le Docteur Joseph Goebbels et Adolph Hitler. C’est encore un sujet houleux de nos jours.

En 2012 il réalise Django Unchained. On retrouve Christopher Waltz (dans le rôle du Docteur Schultz, chasseur de prime) qui promet de libérer Django interprété par Jamie Foxx s’il l’aide à trouver 3 fugitifs. Le genre reçoit habituellement une bonne critique. Un beau film.

Chapitre 5 – The Hateful Eight

the-hateful-eight-poster-1200x1778

Tarantino est très doué pour les huis-clos. Le tempo est lent, aucune précipitation. L’atmosphère se créée petit à petit, au fil des dialogues aiguisés, les personnages se rencontrent et révèlent leurs identités (secrètes ?). Ils ont tous un but commun, échapper au blizzard. L’action se déroule à la fin de la Guerre de Sécession. Ils se retrouvent donc tous coincés dans la Mercerie de Minnie au beau milieu du Wyoming et dans le blizzard.

On accuse parfois Tarantino de plagier d’autres cinémas, mais en fait il en récupère des éléments pour créer quelque-chose de nouveau. Par exemple on obtient ici Fenêtre sur Cours de Hitchcock twisté avec un Western Spaghetti (bolognaise). Le rendu est remarquable. Il fait très attention à la structure de ses films, des chapitres, il joue avec la structure narrative avec un certain talent car malgré la longueur de ce film (2h40), on ne s’ennuie pas une seconde. L’image en Super Panavision 70 (2001, Odyssée de l’Espace) reste sublime même si certains chroniqueurs du Masque & La Plume sur Inter trouveront qu’il n’a pas assez utilisé la profondeur de champs. Ce n’est pas toujours évident d’apprécier les choses à leur juste valeur.

Comme à son habitude, les repas sont prétextes à des règlements de compte. Il est intéressé par la conversation et le dialogue. Il construit une longue accumulation d’émotions et quelque chose survient subitement et entretient le suspense. Il aime écouter les gens parler, tout simplement.

En somme, malgré la violence cartoonesque qui choque apparemment encore plus de nos jours que dans les années 90, ce film est très réussi. Les amateurs de Cluedo apprécieront, l’intrigue est bien ficelée et le suspense haletant.

La Bande Originale est composée par l’immense Ennio Morricone (87 ans).

 

QuentinTarentinoColo

A propos de l'auteur

IntheMorningMag, le webzine sur l'actualité culturelle on the rock !

Articles similaires


Laisser un commentaire