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Pour la deuxième fois en deux ans, ITMM est partenaire du Pink Paradize Festival. Après une première collaboration particulièrement réussie avec les Productions du Possible, ces derniers nous font à nouveau confiance en nous permettant d’assister à tous les événements (et ils sont nombreux) jalonnant ce festival à la programmation qualitative et éclectique (encore une fois). Cette année nous retrouvons donc, entre autres, Didier Porte, Mr. Oizo, No One is Innocent, Les Insolents (Barré, Dedo, Blanche…), Dj Krush, GiedRé… Du grand n’importe quoi en terme de cohérence mais ce grand n’importe quoi n’est-il pas au final ce qui rend ce festival cohérent ?

Après l’avoir vérifié il y a à peine un an, il est temps de se replonger dans ces soirées que l’on avait tant aimées et de voir si la réponse à cette question est toujours positive…

 

 

Première Partie : Une écriture qui pique, le public de Mr. Oizo qui tique.

 

– Jeudi 24 Mars

Après une ouverture de festival que l’on qualifiera de vaporeuse, majestueuse voire mystique avec l’envoûtante Rokia Traoré présente sur la scène du Bikini une semaine auparavant, le Pink Paradize Festival ouvre « totalement » ses portes et celles de La Comédie de Toulouse par la même occasion.

Il y a environ un an c’est Pierre-Emmanuel Barré qui nous attendait sur cette scène et dans le même esprit « France Inter-comique intelligent-audacieux-aux textes caustiques mais justes » nous retrouvons aujourd’hui Didier Porte, célèbre éditorialiste, très marqué à gauche ( la vraie, celle qui n’est pas au pouvoir) qui vient nous présenter son dernier spectacle « Didier Porte à Droite« . Tout commence avec ce titre. Passons sur le jeu de mots graveleux et concentrons-nous sur le sens profond, la signification de cet intitulé. DidierPorteDroiteDidier Porte, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, est éditorialiste à forte tendance politique, chroniqueur, homme de radio, de télévision (Arrêt sur Image) et donc de scène. Une scène qu’il a du apprendre à côtoyer de plus en plus, les portes des radios (rappelez-vous de son éviction de France Inter qui avait fait grand bruit au même titre que celle de Guillon à l’époque) et de la télévision étant relativement fermées pour lui. Lorsque le public est acquis à la cause, au propos, aux idées de l’artiste qui se produit, la liberté de ton est bien évidemment totale. On a pu le vérifier, avec le temps, pour le pire et pour le meilleur. Le public présent à La Comédie de Toulouse ne devrait pas être celui que l’on retrouvera le lendemain au Bikini ou pour la soirée Cabaret Freaks prévue la semaine suivante. En effet, force est de constater que l’on est ici entourés de personnes plus âgées que pour tous les autres événements organisés dans le cadre du Pink Paradize Festival. C’est aussi ça le principe de ce festival : regrouper sous une même bannière, sous une appellation commune des artistes, des performances qui ne se seraient jamais croisées, jamais mélangées si cela n’avait été fait sous l’égide des Productions du Possible. La provocation semble, plus que jamais, être le fil conducteur, le lien qui unit les artistes de la programmation de cette année. Revenons cependant à Didier Porte. Que dire de sa performance ?

Son écriture est toujours bonne, tape là où ça fait mal, là où le public peut ressentir le fait de sortir de sa zone de confort. Pour ce spectacle le concept est simple : Didier joue à celui qui, depuis que la gauche est au pouvoir, se doit à présent d’être de droite. Un concept simple qui ouvre la porte à à peu près tout. Il n’oublie jamais de critiquer la droite en se faisant passer pour l’un des leurs ( la musique d’attente avant son entrée en scène étant par exemple principalement composée de morceaux de Michel Sardou ) tout en taillant la gauche et son programme de manière très régulière. Entre le stand-up, les sketchs « à l’ancienne », les monologues en pseudo-aparté, Didier Porte propose un one-man show pour le moins original, juste et parfaitement calibré ( en terme de durée notamment, pas le temps de s’ennuyer ni de regarder l’heure, un tour de force).

On regrettera peut-être certaines vannes faciles, déjà entendues et n’apportant au final pas grand chose à l’ensemble, mais on retiendra surtout que cette ouverture du Pink Paradize Festival s’est faite avec un ambassadeur de la provocation, tout à fait dans le thème et raccord avec ce que l’on attend de la suite des événements.

Vendredi 25 Mars

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Ce vendredi 25 Mars ressemble de toute évidence à la date la plus importante du Pink Paradize Festival. S’il en fallait une preuve, pas moins de cinq rédacteurs d’ITMM font le déplacement. Un peu pour le boulot, principalement pour le plaisir. Ce soir le Bikini accueille une soirée à la programmation soignée, regroupant Mr. Magnetix et Difuzion ( des toulousains sûrs donc) autour de la grande, de l’immense star de la soirée, Mr. Oizo.

Mr. Oizo on le connaît pour son travail en tant que dj, au départ, puis en tant que Quentin Dupieux pour son travail de réalisateur sur des films aussi cultes que Rubber, Wrong ou encore Réalité (et tous les autres, tout aussi bons, que vous trouverez facilement si vous cherchez un minimum). Son univers décalé, absurde mais abouti dans tous les domaines artistiques qu’il aborde est ce qui différencie Quentin Dupieux/Mr. Oizo du tout-venant que l’on a que trop l’habitude d’entendre/de voir. Chacun de ses nouveaux projets prend la forme d’un concept attendu par une multitude de fans totalement acquis à sa cause. Ce qui n’est que justice lorsque l’on comprend la globalité de l’œuvre du bonhomme. Cependant, la véritable interrogation, totalement légitime, qui agite ses « suiveurs » concerne le fait qu’il semble désormais consacrer davantage de son talent, de sa créativité au Septième Art. Personne n’oserait d’ailleurs le lui reprocher dans la mesure où il nous a déjà offert tellement de musique et où tous ses films sont des chefs-d’œuvres ( pour qui est réceptif à cet univers si…spécial, en toute logique ).

Lorsqu’ITMM avait eu l’occasion de le voir au Big Festival une évidence avait sauté aux yeux de la rédac’ : Le mec avait l’air de s’en foutre, totalement. Que les transitions soient mauvaises voire absentes, que les enchaînement n’aient aucun sens, que certains morceaux (Positif) soient des gros bras d’honneur à une partie de son public qu’il méprise au plus haut point, cela on l’accepte car il y a une cohérence avec l’ensemble de l’œuvre de Dupieux/Oizo. Qu’il joue principalement de la trap, des titres qui ne sont pas les siens et ne sont même pas retouchés, qu’il n’y ait pas le moindre mapping… c’est un peu plus compliqué à défendre.

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Ce que l’on attendait de lui ce soir c’était assez simple : du Flat Beat, de la grosse techno et un public conquis. Le public conquis nous l’avons eu, pendant une demi-heure (environ).

Le bilan n’est pas à l’avantage de celui dont on attendait peut-être trop. Un début prometteur, des morceaux classiques, du rythme puis une forme de dégringolade. Pas une dégringolade travaillée non, une dégringolade subie. Par le public c’est certain mais sans doute aussi par lui, un minimum. Qu’il joue des titres de Gesaffelstein, des Daft Punk pour chauffer la salle, pourquoi pas. Qu’il se contente de « mettre des disques » que l’on ne souhaitait pas forcément entendre à défaut d’un bon gros Stunt, là non. Le plus gros désaveu pour Dupieux restant sans doute le fait de voir la moitié de la salle quitter son set une fois arrivée à la moitié. Tout le monde, je dis bien tout le monde était venu pour lui. Ce seront finalement les valeurs sûres toulousaines Difuzion et Magnetix qui remporteront l’adhésion du public en faisant ce que l’on attendait d’elles : envoyer de la techno, rien de plus.

Le bilan reste au final positif, la soirée aura été bonne mais une frustration demeurera toujours en ce qui concerne Mr. Oizo. Si ce dernier n’a plus envie de faire de scène et souhaite se consacrer au Cinéma comme à la production rien ni personne ne le force à quoi que ce soit. Dommage… Sachez tout de même que la déception, si elle paraît forte, n’est au final qu’à la hauteur de l’amour que nous avons pur le bonhomme, c’est dire…

Texte par Arnaud

Photos ( Mr. Oizo ) : Louis Derigon Photography

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Deuxième Partie : Un weekend de Pâques au Connexion.

Samedi 26 Mars

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Sortir le samedi soir est quelque chose de tout à fait normal, une tradition culturelle millénaire à laquelle personne n’échappe. Sortir un samedi soir pour assister à l’un des événements proposés par le Pink Paradize Festival c’est encore mieux. Sortir un samedi soir pour voir un set de 5h non-stop envoyé par Elisa do Brasil c’est quasiment une obligation. Mais il y a un mais car la veille vous savez (normalement, si vous avez lu le début de l’article, ce que je vous conseille si ce n’est pas déjà fait) ce qu’il s’est passé pour la rédaction d’ITMM…

Pas facile-facile de se coucher aux alentours de 9h du matin en devant être au Connexion pour une soirée d’n’b vers 22h. Il fallait que quelqu’un le fasse, se motive, prenne son courage à deux mains. Ce quelqu’un c’est moi et accompagné de personnes dont le nombre a largement réduit par rapport à la soirée précédente je suis on ne peut plus prêt. On arrive sur place à 23h et Elisa est dans la place, accompagné derrière son « matos » d’un assistant dj. Assistant dj qui se révèle fort utile dans la mesure où 5h d’affilée sur scène c’est une véritable épreuve, un défi à la condition physique et mentale de n’importe quel humain. Un constat s’impose à peine arrivés : le son produit réveille, très fortement. Nos pieds bougent. Enfin nos pieds…on ondule plus du bassin qu’autre chose mais ça marche, les basses font office d’électrochocs sur l’ensemble de nos corps et c’est bien de ça dont on avait besoin en l’état actuel des choses. On retrouve d’ailleurs le même style de public que la veille au Bikini. Des gens entre deux âges, qui n’ont pas découvert la musique électronique il y a six mois avec la trap et autres merdes calibrées pour les radios et ceux qui n’écoutent que d’une oreille en portant des marcels ornés de feuilles de cannabis. Le son est lourd, dansant et on en profite pour donner ce qu’il nous reste d’énergie. Car c’est bien de ça dont il s’agit, nous sommes sur nos réserves et ça se sent. Le plus intéressant restant le fait que le set se « ramollisse » à mesure que nous en faisons de même. La vie a du sens quand on y pense. Je retiens également qu’un lendemain de techno, la drum’n’bass peut-être un remède, un excitant, une remise en forme. Qui ne tient pas sur la durée mais qui a le mérite de recharger, plus ou moins, nos batteries pour quelques heures. Suffisant pour finir la soirée à 3h du matin, se demandant où est passé le temps (le changement d’heure est pour le coup l’un des coupables, on ne l’a identifié que trop tard…).

Dimanche c’est repos, gros repos. Je passe la main à mon adjoint/photographe bel homme, je l’ai mérité…

Dimanche 27 Mars

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21h…ce « weekend Pascal » commence à être sacrément long et c’est un peu dans le dur qu’on se présente au Connexion. Une légende du Hip-Hop est en ville et ça vaut bien de faire une entorse à notre programme habituel du dimanche, à savoir glander comme des gros sur un canap’ en mangeant plein de trucs pas recommandés par la médecine. Tant pis pour la fatigue, on est venu voir DJ Krush et on compte bien en profiter. 


Premier constat, pas mal de monde s’est déplacé en profitant du lundi férié du lendemain. La salle n’est pas blindée mais bien remplie. Public de trentenaires venus se replonger quelques heures en adolescence. C’est le moment où on se rend compte qu’a l’instar de DJ Krush son public aussi à vieilli. Déjà 25 ans de carrière pour le maître japonais de 53 ans, au service d’un Hip-Hop exigeant et éclectique.

Le temps de se mettre une petite bière et Krush arrive derrière ses platines. Une première partie de set assez calme, histoire de se mettre dans l’ambiance. Le public réagi plutôt bien et les têtes commencent à bouger. L’ambiance est posée, le son nous transporte tranquillement.

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Il faut attendre une demi-heure pour que le son s’énerve progressivement. Krush laisse de coté le hip-hop classique pour nous livrer des passages électro bien lourds et entêtants. Le son est lent, les basses puissantes, on se retrouve au coeur d’une grosse machine qui fait vibrer et le public ne s’y trompe pas en montant d’un cran dans ses réactions.  

L’avantage d’avoir affaire à un virtuose, les transitions ultra calées, les retours aux sons hip-hop old school passent tout seul et ambiancent magnifiquement l’assistance. Derrière ses platines le DJ japonais à des doigts magiques, et on prend autant de plaisir à le regarder mixer qu’a hocher la tête en tête en rythme.

Déjà le set approche de sa fin, sans qu’on l’ait senti passer, ce qui est en général bon signe. C’est le moment que choisit Krush pour nous/se faire plaisir avec un retour aux bons vieux classiques. Organ Donor de DJ Shadow, un son qui semble décidément incontournable pour tout DJ hip hop qui se respecte, puis un petit Ready or not des Fugees qui fait toujours plaisir à entendre. Pour finir en beauté le DJ nous offre Imagine, de Lennon, histoire de poser définitivement l’assistance.

Il est bientôt 23h et on n’a pas franchement envie que ça se termine. Visiblement Krush non plus n’a pas envie de nous quitter comme ça puisqu’il nous fait un rappel totalement inattendu alors que la salle commence à se vider. On se rapproche aussi sec de la scène pour un dernier tour de piste, encore trois bonnes minutes à bouger la tête en rythme avant de définitivement se dire au revoir. Le maître aura réussi à nous faire oublier la fatigue pendant plus d’une heure et demie, et c’était clairement pas gagné au départ. Un bien beau dimanche soir.


Texte et Photos par Pierre (PNC photographie)


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