Lorsque l’on vous informe plus ou moins au dernier moment que la possibilité vous est donnée d’assister à un concert de Peter Doherty à Toulouse, au Bikini de surcroît, on se dit que ce vendredi soir pour lequel on n’avait pas réellement de projet trouve désormais un certain intérêt. Lorsque l’on a aimé The Libertines, BabyShambles et l’album solo du bonhomme, on se doit de se jeter à corps perdu dans l’opportunité que représente le fait de voir la bête, en chair et en os. On le doit au moins à celui que l’on était il y a bientôt dix ans, celui qui défendait Peter Doherty l’artiste, contre vents et marées, contre les clichés lui collant à la peau.

Ne soyons pas dupes, pour le grand public Doherty c’est avant tout un drogué, alcoolique, ex petit ami de Kate Moss qui non content de se détruire la santé en a fait de même avec celle de la petite fiancée de l’Angleterre (rappelons toutefois que cette dernière semble avoir un faible pour la défonce et pour les mecs ayant les mêmes appétences en ce qui concerne les poudres diverses et variées). Le grand public, cette masse informe nourrie à coups de médias sensationnalistes n’abordant jamais la musique en elle-même ni les arts de manière générale, ce grand fourre-tout qui n’ira jamais chercher plus loin que ce qui lui est donné et qui, quand vous lui direz « tiens, ce soir je vais voir Peter Doherty en live » vous répondra »J’espère qu’il viendra au concert, ahahah, lol, mdr ». Cette réflexion, concernant le poète/songwriter/guitariste/ chanteur anglais, on l’a déjà entendue mille fois et elle n’est pour ainsi dire toujours pas drôle. Elle ne l’a jamais été. Elle fait simplement écho à la réputation de Doherty, acquise de manière plus ou moins légitime et principalement renforcée (en France) par une séquence devenue culte diffusée lors d’un numéro du Petit Journal sur Canal Plus.

C’est donc motivés à l’idée de découvrir ce que ce son que l’on a aimé il y a maintenant plus de dix ans peut donner en live que l’on se rend au Bikini. Relativement confiants, ce que l’on espère principalement c’est donner tort à un ramassis de clichés, à une idée toute faite qui voudrait que ce bon vieux Peter passe son temps à se foutre de son public, celui-là même qui éprouve pour lui le plus grand des respects. On espère assister à un grand concert, on souhaite se voir confirmer, de visu, qu’il s’agit bien de l’un des derniers véritables artistes au sens le plus noble que ce terme puisse revêtir.

doherty

Yann Monesma pour 2Lives

Une fois sur place c’est une première surprise positive qui nous attend. Le public n’est pas composé de pucelles/puceaux se prenant pour une bande de rebelles dont la seule subversion aurait été d’écouter autre chose que ce qui passe à la radio. Ou alors ils/elles ont bien grandi, ce qui n’est pas impossible (après tout, qu’étions nous réellement à l’époque où nous écoutions The Libertines sur nos mp3 128 Mo…). On voit donc dans cette foule un peu de tout, pas mal de ceux que l’on pourrait qualifier de bobos, quelques fans de rock, des familles avec enfants mais surtout, très peu de personnes de moins de trente ans. Ce soir nous ne serons donc pas vieux, merci. On se doute que chacun est ici ce soir pour revivre des moments propres à sa jeunesse avec des morceaux des BabyShambles ou de The Libertines. On se dit également que l’on est plusieurs à rechercher cette atmosphère réconfortante, quasi-feutrée qu’ont pu nous procurer les nombreux titres solos de Doherty. Cette intimité matinée de rock, ces cordes pincées telles des pichenettes d’amour extraites du magnifique Grace/Wastelands, c’est aussi pour ça que l’on est présents ce soir. L’ambiance semble apaisée autour de nous, l’éclairage doux et les bruits étouffés, comme si l’on ne voulait pas effrayer la tête d’affiche, comme si tout était mis en place pour qu’il se sente à son aise.

Un mouvement de foule, léger, nous pousse à nous rendre dans la salle, à nous approcher de la scène. Les musiciens se présentent à nous, le héros de la soirée leur emboîte le pas, très rapidement, sans présentation ou autre forme de politesse.

On remarque en premier lieu que la scène est bien garnie, de musiciens, de techniciens dont l’un d’entre eux est visiblement spécialement présent pour aider Doherty à rester debout. Car oui, ce soir Peter Doherty est arrivé sur scène complètement déchiré, bière à la main et corps vacillant. On remarque qu’il est désormais plutôt grisonnant, gras du bide, livide et donc bourré. Il semble vouloir en découdre, plein de furie, de gestes à la limite de la violence. C’est à sa condition qu’il fait la guerre mais à la musique qu’il fait l’amour. Car oui, la chose qui frappe c’est sa justesse, sa voix, son talent à la guitare même (le plus souvent…). Le mec a beau gueuler, ne pas tenir droit, s’énerver avec des problèmes invisibles à l’oeil nu il n’en demeure pas moins un génie, un vrai. Quelqu’un qui jamais ne sortira de fausse note, qui jamais ne fera d’erreur dans ses accords malgré son état. Un état dans lequel le commun des mortels n’aurait jamais su faire autre chose que tomber à la renverse. Il est terriblement juste dans tout ce qu’il fait et fait ce qu’il veut.

Il disparaît de la scène, réapparaît, torse nu, une nouvelle bouteille à la main, s’empare de son micro, en balance le pied dans le public,une fois, deux fois…Il s’assoit, se couche, chante sur le dos…

Ses musiciens ont autant de talent que de patience car tout le live est fait pour le mettre en valeur. Ils sont ses béquilles, en a-t-il seulement conscience? Car c’est au mieux une indifférence qu’il offre en retour des efforts fournis par tous ceux qui l’accompagnent. On ne peut trop en vouloir à un être humain capable d’écrire les textes qui sont les siens, on ne peut qu’observer et accepter l’ensemble de la chose. Car bridé, discuté, Doherty ne serait pas le même. C’est d’ailleurs ce qui avait poussé The Libertines à se séparer, dans un premier temps.

Concernant les titres joués ce soir ils sont pour la plupart issus de son album à venir. Album qui devrait encore une fois être de belle facture, dans la lignée du précédent. On se doute que ses différentes dates auront toutes cet aspect « tournée de promo ». On entend ça et là quelques morceaux issus du répertoire de ses autres formations, on en aurait aimé encore davantage.

Les musiciens tâchent de faire durer les morceaux, sachant sans doute à l’avance qu’il n’y en aura peut-être pas tant que ça. Il faut pousser Peter Doherty, le motiver, lui donner envie d’être sur scène et c’est une véritable mission que celle du groupe qui l’entoure, encore une fois.

On a envie de l’aimer, de profiter de sa présence, de son aura et de son talent pour beaucoup plus longtemps, pour des heures tant on a conscience de la rareté du génie qui se tient, tant bien que mal, en face de nous. Sans consentement mutuel nous n’aurons pas droit à plus d’une grosse heure de concert.

Si ceux que cela faisait rire de nous répéter « soyez déjà content s’il soit là » n’ont pas eu totalement tort, ils n’ont cependant aucune idée de ce qu’ils ont raté.

Texte par Arnaud

Les photos utilisées pour cet article sont la propriété de Yann Monesma (2Lives) et ne sauraient être utilisées sans son autorisation préalable.

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