Vous n’avez plus le temps de rien et surtout pas celui de vous cogner les 400 pages du dernier Houellebecq. Pas de panique, pas besoin de l’avoir lu pour en parler …

 

Vous n’avez plus le temps de rien et surtout pas celui de vous cogner les 400 pages du dernier Houellebecq. Pas de panique, pas besoin de l’avoir lu pour en parler …

Partons d’un exemple facile, le fameux Cinquante nuances de Grey que l’on retrouve partout et qui a fait couler pas mal d’encre, de salive (et le reste …). Il est fort probable que vous ayez assisté à une discussion où il était question de ce mommy-porn-qui-fait-frétiller-la-culotte-des-quadragénaires. Je ne l’ai pas lu, pourtant je me permets de vous en parler, de le qualifier, de le résumer en quelques mots ; et vous auriez certainement pu en faire autant.

En fait, il n’existe pas une catégorie des « livres lus » qui s’opposerait aux « livres non-lus » ; mais de nombreuses de nuances : « le livre qu’on a parcouru » « le livre dont on a entendu parler » le « livre qu’on a oublié » « le livre qu’on a étudié » « le livre qu’on a jamais terminé » …

 Proust

Il n’y a pas  une lecture, mais plusieurs. Pas besoin d’avoir torché tout Proust pour savoir que les madeleines dans le thé ça en fait bander certains…

American Spycho

Pas besoin non-plus d’être allé au bout des 526 pages d’American Psycho pour comprendre que ça parle d’un trader-taré qui découpe ses potes en morceaux.

En effet, une des solutions pour ne pas rougir devant beau-papa / belle-maman / le patron / la directrice de thèse / le ministre de tutelle  quand il vous parlera de Balzac c’est d’avoir bouquiné l’excellent 90 livres cultes à l’usage des personnes pressées ( voir ci-dessus) . Cette micro-BD se propose de résumer en trois cases un classique de la littérature. 9 € pour un résumé drôle de 90 classiques, soit 10 centimes par ouvrage, ça fait pas cher la culture littéraire !

Bien-sûr, si la bande-dessinée ce n’est pas votre truc, vous pouvez toujours demander aux bolossdesbelleslettres. Eux aussi résument les gros pavés que vous avez la flemme de lire ; mais en « mode boloss » : vocabulaire fleuri et allusions banlieusardes.

Roméo et Juliette de Shakespeare ça nous donne :

« cousin j’te l’dis c’est gros badtrip dans le tiéquar parce que y a les deux mifa de paname qui se tatanent la nouille comme des malpropres c’est les montaigu et les capulet ils mettent le dawa comme t’as jamais vu mon frère. dans toute cette zermi y a un p’tit puceau c’est roméo il kiffe une ptite zouz bien fraiche »

Phèdre de Racine ça ferait quelque chose comme ça :

« phèdre cousin c’est pas compliqué tu poses ton uk sur ton rockin chair et tu te transcendes la nouille avec les origines de la MILF en gros c’est comme jason bourne héritage mais à l’envers !! »

C’est un véritable exercice de style auquel se livrent avec brio @Valtudinaire et @Michel_Pimpant ; mais au-delà de l’humour ils nous posent l’éternelle question de l’évolution de la langue française. Cette évolution qui fait que les classiques effraient certains.

A l’heure de Twitter, Zola serait bien malheureux de ne pouvoir faire que des phrases de moins de 140 caractères. (Mais peut-être se serait-il trouvé une vocation dans le Haïku … ).

Dans un français classique ou plus familier, le discours sur les livres sous-tend l’idée qu’il faut en avoir lu un certain nombre pour pouvoir en parler. C’est cette idée que P. Bayard cherche à démonter dans « Comment parler des livres que l’on a pas lus ? ». Selon lui, être cultivé ce n’est pas avoir lu tel ou tel livre, mais c’est savoir se repérer dans l’ensemble des livres. A ce sujet, notre ami Florent qui signe sur ITMM la chronique voisine des  Lectures de la semaine se fait un plaisir de régulièrement vous aiguiller.

Les livres restent et resteront un sujet de discussion, un objet de débats. A la veille du salon du livre parisien espérons que « la grand-messe littéraire » sache s’ouvrir et se démocratiser. Alors parlez des livres … Même de ceux que vous n’avez pas lus !

Anto

Pour aller plus loin :

Pierre Bayard. Comment parler des livres que l’on a pas lus ?. Les éditions de minuit 2011.

Bernadette Wynants. L’orthographe, une norme sociale. Madraga. 1997.

Henrik Lange. 90 Livres cultes à l’usage des personnes pressées. ÇaETlà 2010.

http://bolossdesbelleslettres.tumblr.com/

http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/questions-de-langue

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