thats-all-folks

La culpabilité s’empare de moi à l’heure où j’écris ces lignes ; en effet si nous avions consacré plus tôt un article à ce webzine novateur et ambitieux, celui–ci n’aurait pas  été classé dans les nécrologies du journalisme en ligne…

Le 21 décembre 2012, alors qu’une douce brise caressait les rues étroites de Bugarach, le raz de marée avait lieu au sein de la rédaction d’OWNI, qui apprenait sa liquidation judiciaire suite à sa cessation de paiement. Ainsi disparaît un digital think tank made in France, qui s’attachait à aborder de façon pédagogique et rigoureuse des sujets tels que la transparence, le traitement des données numériques (englobant notamment la biométrie, la possession d’informations personnelles par des entreprises ou des institutions…), la corruption, le développement des technologies militaires  et autres thématiques qui se distinguent par leur absence dans les JT.

 Né en 2009, fort d’une ligne éditoriale qui ne cache pas son intérêt pour les idées nouvelles façonnées par le magma numérique, et manifestera son soutien a Wikileaks, notamment lors du scandale Bradley Manning en avril 2010, son intérêt pour les Anonymous et leur mode de fonctionnement et structurel ou encore le développement du Parti Pirate à travers l’Europe (qui a bien besoin de publicité gratuite, sauf en Allemagne ou il possède plusieurs sièges au parlement) .

 OWNI a été une vitrine des affaires sous-traitées par les autres médias ; du fait du manque de spécialistes en la matière dans les rédactions françaises ainsi que dans le manque de confrontation du public au langage technique dans un but éducatif  (on préfère expliquer le sens de « YOLO » ou encore relayer la mode du planking que de prendre deux minutes pour décrire simplement le rôle d’un proxy ou encore de l’open source, des fabs labs, du life hacking … ).

Sans OWNI, moins d’internautes interpellés sur la protection de leur vie privée, moins de conscience de l’essor des technologies militaires (notamment françaises) de surveillance numérique, moins d’opposition à la loi ACTA et ses rejetons législatifs. Sans OWNI, pas de véritometre ( application online en flash mis en place durant la campagne présidentielle qui étudiait la véracité des chiffres et faits avancés par les candidats et les relatait de façon claire et précise), pas de présentation infographique ludique et informative.

 Récompensé à deux reprises par les prestigieux Online Journalism Awards dans la catégorie  « meilleur site en langue non-anglaise », ça n’est pas un monument qui disparaît, mais un pilier, un mur porteur d’une nouvelle génération de journalistes, penseurs et philanthropes qui se font acrobates de la toile, pieuvre du réseau aux multiples tentacules dont chaque ventouse tentait d’en étudier son influence ; de l’infinitésimal bit à l’impact croissant de la culture hacker et Do it Yourself .

 Mais ce mur porteur, bien qu’inachevé, ne sera pas abattu, car fort de sa licence Creative Commons ( qui permettent de distribuer gratuitement un bien intellectuel tout en contrôlant sa diffusion et en restreignant son utilisation dans le respect des convictions de son auteur ), son contenu reste accessible dans son intégralité .

Les archives d’OWNI demeurent un trésor culturel et une mine d’information précieuse, et si l’effort d’investissement  des lecteurs n’aura pas suffit à stopper sa chute, on ne doute pas que les idées demeurent et que les rédacteurs sauront s’organiser afin de renaitre sous une autre forme, et de continuer de travailler à la transparence des gouvernements, à l’accès universel à la technologie et aux savoirs inhérents, tout en gardant en tête que l’accroissement de la sécurité ne peut signifier un dénigrement de la vie privée dans des pays qui se déclarent démocratiques.

Bonne chance à eux et merci encore pour leur précieuse contribution volontaire .

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Monseigneur .

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