Après Jérôme Clément-Wilz et son fabuleux travail documentaire ayant servi d’illustration au clip de la chanson Novembre d’Odezenne, c’est à Arthur Muller de voir ses images utilisées pour le magnifique morceau Chimpanzé (extrait de l’EP Rien).

Ce dernier a contacté le groupe, persuadé à raison que ses vidéos réalisées de l’île de Lesbos à la frontière serbo-hongroise colleraient parfaitement et seraient dans la continuité du projet amorcé avec Novembre qui était le premier volet de ce qui va devenir une trilogie.

En réponse le groupe se montre tout de suite enthousiaste et ce pour bien des raisons. Comme pour leur musique on trouve dans ce reportage un traitement de l’urgence, une véritable mise en lumière de ce qui souvent n’apparaît que comme un concept mais qui, une fois dévoilé, empêche de détourner le regard, même pour une seconde. Car dans cette vidéo c’est de l’errance des migrants fuyant les conflits au Moyen-Orient dont il est question. L’errance de familles entières, quittant leurs pays d’origine pour enfin arriver au pied de ces « murs anti-migrants » qui bordent l’Union Européenne.

Quel rapport avec les paroles de la chanson vous demanderez-vous… Pour Arthur Muller, même si ces dernières sont abstraites elles collent parfaitement au clip :

 » Le titre rappelle la façon avec laquelle sont considérés ces gens, enfermés derrière des barreaux et traités comme des animaux. Les paroles plutôt abstraites traitent selon moi des inégalités dans notre monde« .

Pour Alix, membre d’Odezenne, « Ce sont des images que l’on a pas l’habitude de voir finalement, le point de vue des familles à travers le regard d’enfants ».

Il est remarquable de constater que ce clip donne un visage aux migrants, humanise ceux que les infos « généralistes » présentent trop souvent comme des hordes incontrôlables. On découvre ici des familles, des enfants, des plans serrés. Des plans serrés sur des gens ordinaires pris au piège par des situations extraordinaires. On interroge l’indifférence générale, occidentale, européenne en montrant ces portes refusant de s’ouvrir… Ici on ne filme pas une masse indistincte mais des personnes, des regards et des réactions interrogatives, interdites, humaines.

Comme trop rarement on nous jette au visage le fait que nous pourrions être ces personnes.

Le mot de la fin sera pour Alix qui nous explique que si Odezenne a accepté cette collaboration c’est aussi parce qu’ils y voient l’opportunité, la « chance de pouvoir donner plus de résonance à son (celui d’Arthur Muller, évidemment) témoignage et à la question du traitement des réfugiés en général ».

Nous ne pouvons que remercier les deux parties d’avoir collaboré, rendant l’anxiogène magnifique, l’invisible magnifique…

 


Laisser un commentaire