Will Wiesenfeld est de ces artistes à l’univers difficilement descriptible. Il y a 3 ans de cela, l’homme aux multiples projets choisissait le nom de Baths pour nous proposer un mélange de sons à la fois organiques et synthétiques à la densité incroyable. Plus accessible que Flying Lotus, plus dense que Boards of Canada, il y marie subtilement électronica, glitch-hop et pop-indé. Il revient cette année avec Obsidian, un album plus pop mélancolique qui n’a pourtant rien à envier au Cerulean encensé par la critique.

bath

Séduite par la densité de sons et la candeur de certains de ses morceaux sur Cerulean (Indoorsy, Aminals, Maximalist), Obsidian m’a quelque peu déconcertée à la première écoute. Et pourtant, il aurait été dommage de s’arrêter à ces premières impressions tant l’album se révèle être le fruit d’un travail abouti. Il faut dire qu’Obsidian prend le contrepied de Cerulean. Si Pop music / False B-Sides – son deuxième opus – semble faire le lien logique entre ces deux approches, rares seront ceux qui feront la comparaison : totalement autoproduit il n’a bénéficié que d’un très faible relai-médiatique. (Je ne peux d’ailleurs pas prétendre au statut de fan invétérée, j’ai découvert cet album en écrivant cette chronique… mais passons.)

Ce qui frappe en premier lieu c’est l’abandon du sur-empilement de sons qui le caractérisait au profit de sa voix posée sur chacune des pistes. Wiesenfeld évolue et explore ici d’autres manières de s’exprimer musicalement. Son timbre haut perché si particulier couplé à la mélancolie des textes et des mélodies permettent de saisir toute la fragilité de cet artiste qui se met à nu dans cet opus. Au risque parfois de frôler l’exaspération à quelques brefs moments (ses « la la la » sur Ossuary et No Eyes sont un chouïa irritants). Cet allègement de « couches instrumentales » et la présence du chant sur chacune des pistes confèrent à l’album une teinte plus pop.

Passé cette surprise de la première écoute je tirais une première conclusion : Baths a le souci du mot juste. Car à l’image des différences nuances du bleu céruléen, Cerulean dépeignait des sons rêveurs, oniriques, mais aussi parfois plus tumultueux. Baths avait confirmé : « When you say ‘navy blue,’ that’s an exact color, but when you say ‘cerulean,’ it’s sort of like a spectrum of blue hues. I was really attracted to that. »

Pour Obsidian, Will a déclaré s’être inspiré de recherches sur la peste noire et les différentes versions de l’enfer à travers les âges, lectures probablement elles-mêmes impulsées par des mois d’affaiblissement (il a contracté l’infection à l’E. Coli qui a sévi en 2011). Baths exploite ces parts d’ombres et cette mélancolie et en tire leur force créatrice pour se relever. La roche obsidienne donnant son nom à l’album vient illustrer la couleur de ses sons : bien que sombre elle reflète intensément la lumière et se teinte de variances colorées. En effet, cet album empreint de mélancolie n’en est pas moins contemplatif à certains égards et ne sombre jamais dans la tristesse.

Si Obsidian ne m’a que modérément enthousiasmée au premier abord c’est qu’il ne propose pas de titres directement accrocheurs comme l’on pouvait trouver sur son premier opus : il est de ces albums qui prennent du sens et de la force après plusieurs écoutes. S’enchainant avec facilité, les pistes s’écoutent dans l’ordre et sans césure comme si l’on avait affaire aux chapitres d’un bon bouquin. Car Baths nous raconte ici une histoire qui semble relater les phases d’un travail introspectif : les humeurs musicales évoluent passant de la mélancolie à l’agressivité jusqu’à l’apaisement.

Alors que les premières notes de Worsening nous transportent avec force et douceur dans son univers, Incompatible en milieu de parcours me touche moins (le rythme et la mélodie me paraissent assez bancals). Le refrain scandé et le rythme progressif de No Eyes me remettent cependant rapidement dans le bain. En fin d’album No Past Lives monte en pression sans que l’on s’en rende vraiment compte. Le titre commence en alternant thème enfantin au piano et beat sombre pour finir par un Baths vociférant et tourmenté. Il nous mène habilement jusqu’à Earth Death où l’on bascule complètement dans l’agressivité. Baths se montre sous une autre facette et nous prouve qu’il n’est pas seulement l’homme fragile qu’il a pu dévoiler. On quitte pourtant l’album les yeux mi-clos et le cœur léger grâce à Inter, comme si cette introspection avait su apaiser ses tourments, le calme après la tempête.

Will Wiesenfeld prend le rôle d’un conteur et c’est bien cette construction réfléchie et ce voyage introspectif qu’il nous dévoile qui fait qu’Obsidian se devrait d’être tout autant reconnu que Cerulean a pu l’être. Il nous montre à nouveau qu’il sait faire de très bonnes productions à la fois intelligentes et accessibles, qui ont du sens sans pour autant être pesantes. Un subtil dosage.

L’album sort le 28 mai mais pour l’écouter dès maintenant, ça se passe ici !

Et parce que ça ne fait pas de mal de revoir ses classiques

Clara

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