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Il y a un mois je finissais ce « début de plan ». Je ne m’en suis pas encore remis et j’espère ne pas m’en remettre de sitôt.

Il est des textes qui poussent à l’analyse, à la recherche et à la réflexion. A nos amis, le dernier pavé lancé par le Comité invisible, est certainement un de ceux-là. Oui, sauf que perso j’avais plus envie de vous le faire découvrir que de faire un commentaire de texte.

D’abord, on pourrait tenter de définir le Comité invisible. On commencerait par rappeler le bidonnage de l’affaire de Tarnac et le gouvernement qui vient faire peur à coup « d’ultra gôôôche« . Mais ne perdons pas de temps avec guignol, reconnaissons leur simplement l’affirmation qu’un livre peut encore être dangereux.

On pourrait aussi tenter de classifier. Les ranger dans une petite boîte intellectuelle en utilisant des mots comme « post-situationnistes », « néo-kropotkinistes » ou « anarcho-communalistes ». Pourquoi pas ? Une belle tactique pour éluder la globalité de leur discours.

Ce livre n’est pas une énième complainte sur ce monde qui nous opprime. Ce livre n’est pas non plus un raclement de fonds de chiottes idéologiques et faussement « provoc ». Il ne prétend pas neuves des idées vieilles comme la peur de l’étranger ou la liberté. A nos amis tente de démêler un peu les luttes et le merdier de ces dernières années en réagencant les ficelles. L’intérêt de cet essai est, non pas de proposer de nouveaux concepts, mais d’essayer de clarifier ceux qui existent. Et il y arrive plutôt bien.

Il s’agit là d’une mise en forme, en perspective, voire même en ligne de mire. Et putain, quelle vue…! Ce texte est prophétique. Non pas comme le petit Jésus ou le Grand Barbu (Dédicace), mais au sens de Bourdieu  : « Il fait parler le groupe, mieux que le groupe ne peut parler, et pourtant il ne fait que dire ce que le groupe dirait si il savait parler.  Il fait exister comme symptôme ce qui existait comme malaise. »

« On sait ce qu’on a, et c’est un énorme changement, on est déjà à moitié guéri, on sait ce qu’on a à faire… »

Pas d’angélisme, c’est loin.

C’est ça que j’aime chez eux, une clairvoyance foudroyante, mais aucune complaisance. Oui, les insurrections sont arrivées, partout dans le monde depuis presque 10 ans, mais pas la révolution. Au mieux des changements de régime, au pire des promotions pour les récupérateurs. Il nous faut donc balayer devant nos portes : « A ce point, il faut bien l’admettre , nous autres révolutionnaire avons été défaits » . Et d’ajouter que lorsque l’on échoue, la meilleure tactique est l’introspection.

« Peut être pourrions-nous nous interroger sur ce qu’il reste, par exemple, de gauche chez les révolutionnaires. Ce qui les voue non seulement à la défaite, mais aussi à la détestation quasi générale. Une certaine façons de professer une hégémonie morale dont ils n’ont pas les moyens est chez eux un travers hérité de la gauche. Tout comme cette intenable prétention à édicter la juste manière de vivre – celle qui est vraiment progressiste, éclairée, moderne, correcte, déconstruite, non-souillée » .

Ça calme.

Chaque chapitre nous incite à regarder en différents points, nos failles, nos faiblesse et nos forces, nos points d’appui crées.

– Intelligemment: « En alternant les manifestations en famille et les attaques au chantier du TAV, en ayant recours tantôt au sabotage tantôt aux maires de la vallée, en associant des anarchistes et des mémés catholiques, voilà une lutte qui a au moins ceci de révolutionnaire qu’elle a su jusqu’ici désactiver le couple infernal du pacifisme et du radicalisme » .

– Toujours subversifs: « Se conduire en politique-résumait juste avant de mourir un dandy stalinien-c’est agir au lieu d’être agi, c’est faire la politique au lieu d’être fait, refait par elle. C’est mener un combat, une série de combats, faire une guerre, sa propre guerre avec des buts de guerre, des perspectives proches et lointaines, une stratégie, une tactique. »

J’ai bien sur tenté en vain de lui trouver quelque défauts. Je me rappelais de Desproges, « Vous savez, le Capital, c’est comme l’annuaire hein… On tourne trois pages et on décroche ! » . Mais même le style est bon. Lyrique mais pas trop, incisif, ciselé, un régal. Un truc qui vous saute à la conscience et à la gueule, j’ai même du me freiner et tout en sachant que je le relirais.

« Faire une chanson que les gens aiment c’est facile, disait Brassens. Faire une chanson que les gens réécoutent, c’est très très compliqué » . Je crois bien que ces brigands ont réussi.

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Pour seulement 10 balles, soit 2 paquets de clopes à Arnaud B, A nos amis vous restera en tête, là ou votre cancer se limitait à vos voies respiratoires. Le mieux reste de l’acheter dans une librairie indépendante, mais si vous devez obligatoirement vous plier à Amazon… Ça fera toujours la bite à Soral qui est derrière eux au classement. C’est déjà ça de pris.

L’aveugle

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