Lorsque l’on rencontre Max, ce qui frappe en premier lieu c’est sa proximité, sa décontraction naturelle. Plus on échange avec ce trentenaire, pur produit des années 90 et plus on réalise qu’il ne s’agit en aucun cas d’une façade. Relativement nouveau à Toulouse mais plutôt installé et réputé en ce qui concerne le monde du tatouage et des arts picturaux de manière générale, le breton d’origine ne compte pas s’arrêter à ce qui a fait de lui l’un des artistes tatoueurs les plus référencés dans la ville rose, en un temps record. Non, car Max Toyer a beaucoup de projets et par conséquent pas mal de trucs à nous raconter.

Rencontre dans les locaux de Sorry Mom, son salon…

C’est avec le graffiti, en bon kid des 90’s, que Max débute sa relation au dessin. Il a alors 13 ans et c’est tout un monde qui s’ouvre à lui. A l’époque le mouvement hip-hop connait son apogée en France et c’est tout naturellement que le rap et le graf s’invitent dans sa vie. Aujourd’hui encore il admet que son univers musical, bien que très vaste, est principalement centré sur le rap. On parle ici d’artistes limite old-school avec lesquels on a grandi et qui restent des références encore en 2017. De NTM à IAM en passant par Oxmo Puccino et quelques membres du Ministère AMER (Passi et Doc Gynéco époque mecs talentueux pour ne pas les nommer), Max connait ses classiques. Qu’on ne vienne pas lui parler de tous ces mecs qui ont pris le mouvement cloud rap au premier degré et y ont ajouté des textes mal écrits revendiquant une quelconque portée philosophique. Revenons-en au mouvement hip-hop de manière plus générale et au fait que ce dernier ait suscité chez notre hôte du jour quelques premiers émois artistiques. Le temps passant, le geste se fait de plus en plus précis et de nouveaux horizons semblent se présenter. Max passe du graf à la production picturale sur toile, réalise des tableaux, des sculptures et arrive quelques temps après au tatouage.

Son premier essai il le réalise sur lui-même, en parfait débutant. Il tente « une sorte de tribal » sur le genou et, mécontent du résultat, décide d’aller le faire retoucher chez un professionnel. La Geisha réalisé par ce dernier il la trouve tout simplement moyenne. « C’était vraiment pas terrible, assez moche, un peu loupé… » Autodidacte et forcément un peu taré il commande ses propres aiguilles et se lance dans la retouche de la retouche. Surprise ou pas, il se rend compte que son travail a un meilleur rendu que celui du soi-disant pro. Un déclic, une logique évidente et Max persiste, se fait d’autres tatouages et voit ses potes lui en demander également. Les potes des potes, les potes des potes des potes, les demandes affluant et l’argent commençant à rentrer, le financement d’un meilleur matos devient possible et il investit son premier salon. Son premier shop sera dans un bar en Bretagne, le Fat Shop Café. Il s’agit d’un bar de saison qui comprend une scène, un skate/surf shop et un salon de tatouages donc.

« C’était à l’avenant, un peu en mode semi-amateur. On faisait des tatouages à des mecs bourrés, à nos potes, c’était le bordel et surtout une super expérience« .

Aussi fun l’aventure soit-elle, Max voit les choses en grand, toujours et ouvre son premier véritable shop en Normandie. Le spot est une simple pièce de 20m² mais les choses avancent dans le bon sens. La suite c’est l’ouverture d’une autre boutique, à Yvetot, toujours en Normandie. Aujourd’hui ces deux boutiques ont connu des destins différents, l’une a fermé et l’autre il l’a offerte à l’un de ses anciens apprentis. Max a la bougeotte, de nombreux projets et avoue sans détour que son salon toulousain est loin d’être une fin en soi, il ne compte pas y passer sa vie.

« En fait je suis un ancien fainéant mais maintenant je bosse 60h par semaine en gros. Il y a une masse de travail qui est tout simplement impossible à calculer. »

Outre son talent pour le dessin c’est aussi dans sa capacité à comprendre et interpréter les demandes de ses clients que Max excelle. Pour comprendre d’où lui viennent les caractéristiques qui font de lui l’artiste tatoueur qu’il est aujourd’hui il faut se plonger dans ses débuts, encore une fois, ceux qui ont succédé à l’époque de sa découverte du graffiti. En plein dans sa période hip-hop, passionné par le « tag » et la peinture résolument street, il tente une classe de seconde arts appliqués mais ce qu’on lui demande de réaliser ne trouve pas échos chez lui. On lui parle davantage de « propositions artistiques » que d’oeuvres à part entière. Il envoie balader ses cours et se lance dans un projet pour les Transmusicales de Rennes intitulé Valorisation des techniciens du spectacle à travers la peinture et le dessin. C’est à compter de cet instant qu’il réalise de vrais tableaux puis des peintures pour Adidas ou encore Converse. Il commence à réellement s’éclater. Des peintures dans des chaussures « pour faire chier Converse » et même de la sculpture à l’intérieur de ces mêmes chaussures.

C’est à ce moment-là que l’on revient à ce fameux premier tatouage…A l’époque, la seule chose qui le retient de se lancer à corps perdu dans cette aventure c’est le milieu en lui-même. Si aujourd’hui les choses ont fortement évolué il faut savoir qu’il y a encore assez peu de temps les apprentis étaient mal considérés, le monde du tatouage était plutôt fermé et peu attirant pour quelqu’un qui aurait voulu se lancer. Les choses ont totalement changé puisqu’en 2017 à peu près tout le monde porte un tatouage et de nombreuses personnes, venues de tous horizons souhaitent se lancer de manière professionnelle.

Son ouverture d’esprit on la trouve dans le concept même de son shop actuel, Sorry Mom, tant il laisse les artistes partageant ses locaux exprimer leur talent.

« L’idée c’est que les tatoueurs de la boutique ne soient pas des salariés mais des guests. Chaque artiste à son profil, son style et bosse au sein de Sorry Mom. Au final on est une structure qui essaie d’être le pont entre les artistes et les clients« .

Avoir grandi à l’aide de différents arts est évidemment une force mais c’est du street art qu’il vient réellement, comme il n’hésite pas à le rappeler à plusieurs reprises. Son univers de base il est urbain mais d’autres influences le traversent. Il nous cite Dali en ce qui concerne le plus classique puis aborde le style de Guillaume Bresson. Ce toulousain (décidément…) réalise des paysages urbains, dont le fond laisse transparaître une violence sous-jacente et les transforme en leur donnant un style biblique, où l’obscurité tutoie la lumière divine.

« J’aime la figuration, le travail des lignes épaisses, quand ça part dans toutes les directions et j’aime quand il y a une pièce centrale, un personnage… Quand je suis arrivé dans le graf c’était surtout du gros lettrage puis on a mis une pièce centrale et c’est ce qu’on peut retrouver dans mes tatouages« .

Son influence il ne la puise pas uniquement dans le dessin mais aussi dans le Cinéma et particulièrement dans le science-fiction. Il y voit un style qui enlève toute limite à la créativité elle-même, un style affranchi d’obligations et qui peut se renouveler autant de fois que les gens auront des idées…

D’idées il ne manque pas, d’ambition(s) non plus et c’est avec passion qu’il aborde ses nombreux projets à venir. Aujourd’hui et maintenant que son implantation à Toulouse est presque totale, Max cherche à réaliser un maximum de partenariats, d’événements, d’animations.

« L’idée c’est aussi de sortir de la boutique, de montrer notre travail, de proposer quelque chose de différent« .

Et pour parvenir à ses fins il va commencer par réaliser l’opening officiel du shop, ce jeudi 7 septembre. Un apero chez Sorry Mom puis une soirée qui continuera à la Part des Anges, djs et tattoos flashs au programme. Mais ce n’est qu’un début, une bande-annonce de ce qui arrive car outre des événements réguliers qui ne devraient pas tarder à se mettre en place, le Rex pourrait être un terrain de jeu propice à un glory-hole tattoo. On met son bras, sa jambe dans un trou correspondant à un tatoueur dont on apprécie le style et on se laisse surprendre… Cela devrait se passer en mai, on vous en reparlera en temps voulus. D’ici là il y aura un double stand à la convention tattoo de Toulouse en Janvier prochain. Pourquoi un double stand? Tout simplement car une marque de sapes arrive et que, toujours dans cette idée de diversifier ses projets, Max mettra en place un espace pour vanter et vendre ce qu’il estime comme étant « une marque pour les tatoueurs et les tatoués qui pourrait répondre à un réel besoin, à une vraie demande« .

En attendant, le salon est ouvert depuis février 2017 et ne désemplit pas. Désormais occupé par trois artistes et avec un supplémentaire à venir, Sorry Mom a su créer sa réputation et devenir en très peu de temps une référence dans un milieu pourtant très concurrentiel. Toujours en mouvement, Max exerce également chez Tonsor le premier vendredi de chaque mois.

Du talent, des projets et une grande gueule prête à tout bouffer sur son passage, Max Toyer est définitivement le bienvenu à Toulouse.

 Retrouvez Max et toute l’équipe de Sorry Mom sur Facebook et Instagram ainsi que sur le site officiel du shop.

Textes et entretien réalisés par Arnaud

Photos par Pierre (PNC Photographie)

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