Retour sur le plus chaud des Festivals, d’ores et déjà parce qu’il se passe dans la capitale du soleil, la cité phocéenne aux 2600 ans d’histoire, et d’autre part, car c’est une nouvelle version qui se propulse avant l’été en pleine saison de festivals. Bon, on ne parle pas non plus d’un novice challenger qui ne peut rivaliser, précoce organisant sa boom avec les genoux claquants mais d’un mastodonte n’étant pas à son premier tour de piste. En effet, après de très nombreuses éditions ayant investies les quatre coins de la ville, du Frioul, à la Belle de Mai, en passant par les prémices du Mucem, voici qu’en 2017, celui-ci prend place au Parc Chanot, au pied du temple olympien et son programme a de quoi mettre le feu.

Bon, impossible de tout développer sur toute la programmation car il s’est passé quelque chose de spécial. En effet, nous ne voulons pas évaluer chaque prestation. Il semble plus important de vous raconter les événements majeurs. Cette année deux shows étaient particulièrement attendus et il y a vraiment de quoi car comme on dit ici :

Oui, c’était de fe-ou bon !*

*Autrement dit : « oui, c’était tarpin bien »

// DEMI PORTION
Loin de son physique ingrat, ou d’être un avorton sans courage comme le définissent les fameux mots du Dico du Petit Robert, DEMI P nous démontre tellement de qualités et déborde tant de générosité qu’on aurait plutôt tendance à avoir envie d’en rajouter sur ce pseudonyme de sale gosse. Ici c’est plus que du Demi Parrain, ce sont 2000 portions de flow, de sincérité, de prestance, de textes concis et d’amour ! De quoi conquérir le public entier, même avec un demi-show, comme une grande Rap Star qu’il est en passe de devenir.
Ndlr : Hélas, on n’a pas de beaux clichés car un cafouillage innommable nous a mal fait commencer le festival, nous restreignant l’accès. Mais vous pouvez retrouver un aperçu ici : Report Demi-Portion

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// HOUSE OF PAIN
Mastodonte préhistorique ne tardant pas à jouer des classiques aux bonnes intrus brisant la nuque et aux flow aiguisés qui rebondissent formant ainsi tous les bons ingrédients que le Rap Oldschool a pu conférer (avec une dominante pour l’album Same as it never was en 1994). Renforcés par des musiciens et la présence de Sickjacken, rien que ça, pour présenter le Warporn Industry (autant vous dire qu’on était très prêts à les recevoir). Le titre interprété à la guitare par Everlast, « Folsom prison » de Johnny Cash ne laisse bien sûr pas indifférent. Tout en décuplant nos sauts pour le final sur le mythique Jump Around.

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// FONKY FAMILY
La « section nique tout » a bien représenté son surnom en misant sur les bons vieux classiques plutôt que les sons plus récents. Le public était épris d’une forte nostalgie car l’album « Si Dieu veut » fête bientôt ses 20 ans. Et c’est bien de la fin des années 90 dont on parle, complètement différente dans les revendications et les sons de notre année 2017. Alors s’est-il bonifié avec l’âge ? En tout cas soyons lucides, tant qu’à parler d’âge, il est facilement décelable de repérer un public plus mature n’ayant pas révisé les paroles tant elles sont ancrées/encrées dans leurs têtes. Il n’y a pas photo, Marseille a répondu présent en tant que public et de bien plus loin encore en représentant les quartiers dits sensibles en France partout ailleurs.  Que dire de plus si ce n’est que c’était le feu et que même avec des coupures d’électricité, rien n’arrête la déferlante FF au pied du Vélodrome avec des fumigènes qui sont craqués en pleine fosse. Cette réunion de famille était impressionnante avec même le Retour du Shitsquad au grand complet avec K-Rhyme le Roi, Faf La Rage (qui ne fume pas) et le 3e Oeil. Un instant nostalgique mais encore plus magique, une vraie opération coup de poing a graver dans les annales, avec un Don Choa au sommet de sa forme et de son art pour plier le match.

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// DE LA SOUL
Bien, c’est de la Soul, c’est de la balle, de la frappe, de la bonne vibe…mais aussi de la loose quand l’instru n’est pas très audible. Une prestation un peu décevante vu l’intérêt que nous portions au dernier album. Pour tout dire, complètement passé à côté dès la première écoute, mais coup de coeur sur la deuxième. Comme quoi, il faut vraiment être dans un mood pour capter les ondes musicales et recevoir celles-ci. On notera que le son du Band était carrément inaudible et qu’on se demandait comment les gens faisaient pour danser dessus. Étrangement contrairement à sa volonté, un album avec un Live Band semble difficile à jouer en live vu le nombre de featurings de haute renommée : Jil Scott, Snoop, Roc Marciano, Pete Rock, Usher, Little Dragon, Damon Albron, 2 Chainz,… rien que ça. Soit onze morceaux sur dix-sept ! Cela ne laisse pas beaucoup de titres à jouer mais qu’on vous invite vivement à écouter chez vous.
Mais étant fervents défenseurs du Oldschool, le show ne pouvait que nous combler.  Sa force, c’est son côté si éclectique, tant par les samples, les thèmes, même par les durées courtes des morceaux si éloignés des formatages des majors. Tellement HIP HOP et c’est même ce qui a fait leur renommée avec l’album 3 Feet High & rising dès 1988 (23 morceaux) dont ils ont joué quelques titres phares pour notre plus grande joie : Jennifa, Daisy, The magic number, Saturday. Oui, De La Bonheur même.

// NICOLAS JAAR 

Entendu d’une festivalière en fin de set :

 « – Oh le cochon, c’était gras… »

On aurait difficilement pu mieux résumer la prestation de Nicolas Jaar à Marsatac.
Alors pour avoir un point de comparaison avec 2 dates précédentes (oui, ce n’est pas pour se la péter mais pour montrer l’intérêt pour son travail) et bien cet énième prestation n’était pas lassante.  Au contraire, cette date m’a semblé très lourde. Pour le coup, le fait que cela se passe dans de grands hangars a permis de créer une atmosphère sombre compatible avec son jeu de lumières et d’univers qu’il tend à créer par son travail d’orfèvre maniant avec précision les samples, véritable prodige.
Le cliché ci-contre parle de lui-même et retranscrit la magie qui opérait sur scène, alternant entre lumière et ombre. A rajouter une magnifique version du titre phare « space is only noise ».

// VALD

Vald a dit bonjour directement…
Ndlr : on n’a pas eu à niquer la mère de sa mère.

Le show est déjà grandiose tant par le renfort d’écrans et de visuels permettant d’appuyer sa folie sur scène.
On avait déjà fait un point bien détaillé ici, qu’on vous invite à lire :
VALD – Turn up au Bikini

Pour partager notre ressenti, V.A.L.D. est un OVNI ( ou ORNI à comprendre avec du Rap). Il peut amener du vrai rap, le plus profond possible, à grand renfort d’autodérision, d’absurde et de cynisme tout en le propulsant pour qu’il rayonne de mille feux sur la boule à facettes du Club. Ici, on y  trouve un héritage direct du rap abstract/alternatif de TTC et c’est bien de le voir perdurer de la sorte pour que ça pète encore plus avec sa Trap Folklorique sur le Dancefloor. Pas la peine de parler du plus gros Troll du Rap Jeu qui a fait couler tant d’encre et saigner les claviers sur Instagram. Hein ? Quoi qu’on en dise le geste est drôle et nous a donné beaucoup de lectures.

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///ALLTTA

Belle prestation avec du vieux Hocus Pocus, du grand Mcing & du gros beatmaking mêlés à des propos censés. Léger bémol, mais pas des moindres, cela semble surfer un peu trop sur toutes les tendances musicales actuelles sur la fin du set. À tel point qu’on ne comprend plus trop leur volonté. Ça manque d’identité et de singularité et c’est bien regrettable vu la qualité de certains morceaux qui sont réellement des tubes de qualité.

Interview Blind test à aller regarder d’urgence chez les confrères de Surl :

http://www.surlmag.fr/digging-with-alltta-20syl-medeiros-2017

// KID FRANCESCOLI

Le régional de l’étape pour la deuxième soirée à fait le taf pour ouvrir le samedi soir. Visiblement content d’être a la maison et tout proche du Vélodrome qui a vu les exploits du premier Francescoli (le joueur de l’OM qui a donné son nom a l’artiste qui nous intéresse). Notre petit phocéen a envoyé ses sons toujours aussi justes et entraînants pour un début de soirée parfait. Accompagné de la talentueuse Julia, Kid Francescoli a fait exactement ce qu’on attendait de lui: nous ambiancer juste ce qu’il faut pour faire décoller la soirée.

 

//DIE ANTWOORD
Meilleur show (de ma vie, si je parle bien de show) tant dans la prestance sur scène, tant pour la musique et la magie qui opère. Juste magique ! Rien que ça. Bon il faut dire qu’il y a du changement depuis le Sonar en 2012, où le public était bien moindre. On a arrêté de compter les différents costumes après la dizaine, représentatifs aussi bien de l’extrême part d’auto-dérision que du nombre de fois où Ninja a slamé dans le public tout en continuant ses morceaux. Mélangeant à outrance tous les styles musicaux et linguistiques pour créer l’alchimie qu’ils maîtrisent avec leur signature totalement atypique, le ZEF Side. Cependant c’est bien dans cette signature que beaucoup de gens se retrouvent, ce style hybride post-apo-rap-gabber au fort accent afrikaaner regroupant ainsi un public très hétérogène (on reviendra sur les éventuelles raisons plus tard). Combinant également prestance scénique par le jeu de costumes, les visuels omniprésents en anamorphose sur une scène gigantesque de plusieurs étages. Alors si on arrive à entendre quelque chose au travers des paroles criées par les fans hystériques de Yolandi Vi$$er (comprendre avec des voix stridentes) et son côté super sexy qui nous brouille la vision alors nous sommes conquis. Et tout cela justifie largement un changement de plateau de 30 minutes et j’aurais bien attendu autant que les files d’attente sans fin pour la sortie de l’Iphone 12 (ou celle du bar). Pour conclure, si l’hystérie de sauter partout en tant que public semble être une maladie alors c’est une bonne maladie et on vous conseille vivement cette thérapie de casser les barrières musicales, sociétales et politiques à la sauce ZEF.
Doit-on aussi parler de sa mutation de Max Normal à Ninja ? Car même si il paraît très moche, on ne peut lui enlever qu’il est « stylé », et que Yolandi en joue énormément aussi (je parle de son style là pas de son physique). Mais c’est bien aussi là qu’on retrouve une force impressionnant que confère ce duo, alternant entre bêtes de foires et bêtes de scènes, tout dressé magnifiquement dans une caricature qui fonctionne tellement, dans une vision bien autre, certes, mais proche d’une forme de Prodigy du 21e siècle.

On a dit que ça fume l’EMF ?

#privatejoke

//MR OIZO

Toujours plaisant de retrouver un artiste aussi mythique que Mister Oizo. Cependant il faut le dire, ça manque toujours un peu de sa touche qui pourrait tant nous ravir surtout en live après le show qu’on vient de prendre en pleine gueule. Alors ça reste détente mais pas la hauteur de la renommée de son oeuvre, juste du Monsieur « je-bouge-mes-cheveux-longs » estampillé sur le plus gros label représentatif de l’électro française.

//BORGORE

Alors, on l’attendait car comme son nom l’indique, ça tape fort mais surtout parce que j’étais dubitatif de ses compétences en live à atteindre le même niveau que sa dite musique hardcore. Oui, sa musique est et reste hardcore. Il surfe sur toutes les tendances musicales et arrive à en faire un « mash up » (comprendre purée) inaudible et même pas dansant, car ça ne danse même pas en plein milieu de la fosse. Alors si on est boulimique de styles et qu’on mélange tout, et que je rapporte ça à la bouffe, bien si je mélange tous les plats ça reste nutritif mais ce n’est pas de la cuisine et encore moins appétissant. Alors passons les superlatifs. Ici, on retrouve limite du jump style. Oui Dj Borgore, ou l’excellence du no style qu’on pourrait très bien retrouver à animer la kermesse de l’EMF.

///// BILAN MARSATAC 2017 //////

On a mouillé le maillot comme jamais (hein, pas celui du PSG dans le Vélodrome – plus gros Troll de l’histoire)

MARSEILLE c’est chaud. On savait qu’elle mettait le feu mais il y a fait très chaud et même plus tellement c’était bouillant. Cependant ce n’était pas dû qu’à la température mais plutôt au nombre de soeurs et de frèèères si nombreux qu’on a croisés sur la dancefloor ainsi qu’aux pannes d’électricité et aux fumigènes craqués pendant la FF (et aux si diverses saveurs et épices que l’on a pu humer qui en font sa recette secrète éternelle…).

En soit, après deux soirées parmi les plus mémorables de ces dernières années et deux énormes shows qui ont cassé le game, écrasant tout le reste sur chacune de celles-ci, le souvenir du festival reste que c’était MONUMENTAL !

Alors, certes le challenge était important d’avancer en juin  et de se frotter à une concurrence sévère de début de saison. Cependant on note aussi, une programmation très hip-hop qui semble retourner à ses sources (et nous ravit également).

Par contre léger bémol pour le design graphique et la communication un peu aride. Bien sûr il semble difficile après tant d’années de pouvoir faire perdurer une si belle collaboration avec Cédric Malo aka Tabas (et nous n’avons pas les raisons réelles) mais au moins il faut admettre que la signature était plus marquée et singulière. Hélas, c’est un peu le même ressenti pour le site car même si les lumières projetant le nom de l’artiste qui joue sur son hangar sont une réussite et bien cela ne fait pas tout…C’est très grand, vide, des hangars immenses et une esplanade centrale austère couplée à des bars peu fonctionnels donc peu propices à genre d’événements. Alors même si on comprend la volonté du festival de grandir et d’accueillir plus de personnes, une question nous taraude vue l’évolution des demandes du public qu’on côtoie de près.

Est-ce vraiment la volonté actuelle du public qu’un festival devienne l’usine dans des hangars de Parc d’Exposition à l’instar de grosses dates comme I Love Techno, ou le Sonar ?
Ndlr : I Love Techno à Montpellier annulé en 2014 car la sécurité ne couvrait pas les 36000 festivaliers, le Sonar à Barcelone accueillant près de 120 000 personnes
Est-ce que le challenge à relever n’est pas un autre type d’ancrage plus durable et local à l’instar des Nuits Sonores (report 2017 à venir) ?

Même si apparemment les raisons semblent indépendantes de leur volonté, il semblerait difficile de s’amarrer dans la ville surplombée par la Bonne Mère. Notre verdict est sans appel, il vaut mieux se diluer et s’étendre aussi bien géographiquement que dans la durée (promouvoir le local, investir l’après-midi, etc ) plutôt que d’avoir cette envie boulimique de grossir. Inutile de consommer à outrance, consommons mieux.

Autres faits assez marquants et significatifs, on y retrouve la nostalgie du public pour un rap conscient de jeunes et pourtant intemporel d’il y a déjà vingt ans. Il est donc clair que l’eau a coulé sous les ponts, que ne nous sommes plus dans la même situation qu’à la sortie de ces vieux disques mais pourtant, on ne peut s’en défaire. Et cela est mêlé aujourd’hui à l’hystérie que provoque un groupe contemporain mélangeant diverses influences musicales pour casser les barrières artistiques et nous déverser toute leur énergie.

Est-ce bien un indice qui serait représentatif d’une époque ?

Et de son mal-être qui continue de l’accompagner ?

Pour conclure, on trouve 2 définitions au terme « festival », celui qui est un florilège de prestations avec une logique comptable ou celui où le festival t’emmène encore plus loin et élève le niveau par la prestation artistique qui permet de te transcender et de faire vivre des émotions très fortes.

On a beau dire ce qu’on veut sur les problèmes logistiques mais il est clair que le haut niveau est atteint et qu’il s’agit bien sur de la deuxième sans hésitation. MARSATAC 2017, c’était FESTIVAL.

Merci à toute l’équipe du festival MARSATAC.

Propos recueillis par Pierre & Jon.

Crédits photos :  PNC Photographie

Les photos qui illustrent l’article sont réalisées par PNC Photographie et ne sauraient être utilisées sans son autorisation préalable.

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