C’est désormais une tradition volontaire, un passage obligé mais magnifique, un moment qui nous ferait presque attendre le mois de septembre avec impatience… Oui, Marsatac est définitivement l’un des festivals que l’équipe d’ITMM couvre avec le plus de plaisir depuis maintenant 3 ans.

Il y a encore peu de temps la programmation mêlait habilement hip-hop et musiques électroniques mais l’année dernière c’était bien à un line-up totalement électro auquel nous avions eu à faire. En aucun cas il n’est ici question de s’en plaindre, la programmation étant absolument parfaite pour qui apprécie les grosses basses, la techno ou même la trance. Personne à l’époque n’avait d’ailleurs boudé son plaisir, les artistes se succédant étant à peu près tous des pointures dans leurs domaines et le lieu du festival se prêtant particulièrement à leur accueil. Un sans faute qui n’aura pas empêché les programmateurs de revenir à ce qui se faisait par le passé en créant une soirée entièrement hip-hop le vendredi (avec de belles pointes électro tout de même, pour à peu près chacun d’entre eux) précédant celle du samedi où la techno et l’ambient/minimal/house allaient prendre le pouvoir.

Les deux soirées mettant en scène des artistes tous plus excitants les uns que les autres c’est en peu de temps que tous les pass deux jours sont partis, garantissant, en plus de tous les aspects déjà mentionnés, la présence massive d’un public motivé et prêt à passer un week-end s’annonçant mémorable.

-Vendredi 23 Septembre : Le hip-hop sous toutes ses (belles) formes-

Il aura donc fallu trois ans pour que l’on arrive enfin à l’heure (celle du top départ du premier groupe programmé) à une édition de Marsatac. Il aura donc fallu qu’Odezenne ouvre le bal, à 21h30, pour que l’on voit sur scène un groupe programmé en tout premier dans un festival qui pourtant allait fermer ses portes à 6h du matin (deux fois de suite).

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Odezenne il n’est pas nécessaire de s’étendre sur la qualité de leurs lives, sur leurs setlists toujours bien trouvées et sur l’énergie déployée à chaque performance. Nous l’avons assez fait et le fait qu’il s’agisse ici d’un festival et d’un horaire pour le moins avancé ne saurait rendre justice à leur travail de manière générale, quand bien même la salle de la Cartonnerie (la plus grande de la Friche) était très raisonnablement remplie pour une ouverture de festival. S’il est une remarque totalement légitime à formuler elle concerne la qualité de la sono, l’équilibre jamais trouvé en cours de concert entre le niveau des voix et celui des instrus. On a trop souvent eu cette étrange et désagréable sensation que l’on sacrifiait soit les paroles soit la musique, en alternant. Dur à entendre lorsque l’on a vu le collectif uniquement dans des salles à la sono de qualité comme le Metronum (Toulouse) et le Bolegason (Castres), en attendant leur date au Bikini (également à Toulouse), lieu de culte s’il en est pour qui apprécie une acoustique parfaite.

Après Odezenne et par volonté de découvrir de nouveaux artistes, jamais vus en live en ce qui nous concerne c’est vers le Club que l’on se dirige, pour assister au show de Gnucci. Gnucci était une totale inconnue pour les membres de l’équipe avant ce soir de septembre 2016 et soyez en sûrs, elle ne l’est plus depuis, ses titres et son énergie sans faille nous ayant totalement séduits en un laps de temps relativement court. Le grime peut commencer, les découvertes aussi et c’est malheureusement sans Little Simz que la soirée va se poursuivre. C’est en entrant dans l’enceinte du festival qu’on l’a appris, l’une des artistes que l’on attendait avec impatience durant ce week-end ne nous fera finalement pas l’honneur de sa présence…

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On se « console » de manière inattendue avec une grosse relance, oeuvre de Flatbush Zombies. Les surprises peuvent être bonnes, la preuve avec ce crew aux sons saturés, aux flows aussi techniquement parfaits que complémentaires et à la scéno psyché. On savait que Flatbush Zombies était attendu, on ignorait un peu cette hype et honte à nous d’avoir attendu septembre 2016, pour prendre la peine de comprendre. Les productions sont propres, la salle est folle et on ne peut qu’être en accord avec cette dernière.

Aujourd’hui on a fait le choix d’aller voir en live ceux que l’on avait pas encore eu la chance de voir et c’est dans cette dynamique que l’on va se poser, proches de la scène, proches des enceintes, plein axe, devant la petite bombe Lady Leshurr. Depuis pas mal de temps, la boule d’énergie anglaise au flow imparable rythme les soirées de tout accro au grime. Nul ne devrait laisser passer l’occasion de la voir en chair et en os car c’est tout simplement une putain de claque que l’on se prend en pleine gueule. Une énorme claque, un truc auquel on s’attendait évidemment mais qui réussit le tour de force de dépasser nos espérances. En plus de la performance musicale mêlant un son dansant aux sonorités électro et une performance vocale de premier ordre on retrouve un vrai jeu de scène, des chorégraphies bossées et surtout cet inversement des clichés habituels juste rafraîchissant. Deux danseurs plutôt beaux gosses entourent Lady Leshurr, la laissant au centre de l’attention et déchirant eux aussi plutôt pas mal dans leur domaine. Des pointes de house music par ci par là, des appels au public et une salle qui bouge, bouillante. On est bien et on aimerait que ça dure quelques heures de plus. Pas ce soir, pas tout de suite mais un jour on espère assister à un concert de cette nouvelle queen du grime dans une plus grande salle, pour un moment prolongé et forcément qualitatif.

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On finit cette première soirée hip-hop avec Flava D., dj aux sons garage, house et grime qui ne feront que prolonger ce que l’on a vu jusqu’ici en ce vendredi. Un bon set, une belle énergie dans la salle et de quoi se mouvoir une dernière heure avant d’aller profiter d’un léger repos, d’une sieste prolongée afin de repartir dès le lendemain. Car ce qui nous attend c’est ni plus ni moins qu’une programmation électro regroupant une tripotée de têtes d’affiche, de mecs venus d’à peu près partout et tous trop rares en France.

-Samedi 24 Septembre : De la musique électronique pour partir en paix-

On se répète mais Marsatac, historiquement, a toujours mêlé plusieurs styles musicaux au sein de sa programmation. Cependant, depuis quelques temps, le festival avait choisi de se consacrer à l’électro sous toutes ses formes. La soirée de vendredi aura confirmé que le changement a du bon en nous offrant ce qui se fait de mieux en matière de hip-hop tout en nous gardant en alerte, excités à l’idée de ce qui nous attendait le samedi soir. C’est en effet une sélection de très très très grands messieurs de la house, de la techno, de la minimale, de l’ambient (et Flavien Berger, inclassable, à lire juste après…) qui nous attend.

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Sur place le programme des réjouissances semble simple mais comme pour chaque festival il ne sera pas respecté, pas tout à fait, pas à la minute du moins. Arrivés à la fin du live de Thylacine (que l’on connaissait déjà mais que l’on aurait bien revu plus longtemps histoire de profiter de son univers toujours planant de par son côté instrumental maîtrisé à la perfection) nous n’aurons droit qu’à son dernier morceau.

On se dit que quelque part, la vie, le destin et surtout le retard font bien les choses (notre retard, pas celui des artistes hein) car il est l’heure d’aller voir l’étrangement hypnotique Flavien Berger. Un véritable artiste si l’on s’en tient à ce que l’on a déjà entendu de lui. Sa performance live ne fait que confirmer l’idée que l’on se faisait de son travail. La salle entière, dont nous faisons partie, est totalement réceptive à son univers, à son rockabilly matinée de chanson française et de nappes synthétiques vaporeuses tout en restant dansantes. Une bien étrange réussite que cet ensemble foutraque et parfaitement géré. Le voir sur scène laisse à penser que le mec est honnête dans sa démarche artistique, qu’il croit en ce qu’il fait, qu’il n’est pas original par concept mais par conviction et possède un immense talent contrairement à d’autres qui doivent avoir les oreilles qui sifflent depuis le temps que je leur tape/crache dessus.

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Pas le temps de passer prendre une bière ou de socialiser avec qui que ce soit, on a un rendez-vous et c’est avec MSTRKRFT que ça doit se passer. On arrive au moment où les deux dj s’installent derrière leur matos alors que la lumière s’éteint, ce moment magique où les gens, tels des zombies sous stéroïdes se massent vers l’avant de la scène, les bras en l’air et de grands sourires sur leurs visages. Le son est lancé, il sera lourd, donnera envie de transpirer en bougeant dans tous les sens et remplira tout simplement son rôle. Les mecs sont techniquement parfaits, coordonnés, rodés et putain qu’est ce que c’est bon. Ce live sera le seul de ce samedi à répondre aux exigences de ceux qui aiment à bouger dans tous les sens et dont je suis. Soyons clairs tout de suite, il s’agira pour moi du meilleur concert de la soirée. Il n’est ici question que de goûts personnels et de ce que j’avais envie d’entendre à ce moment précis. Merci MSTRKRFT et si vous pouviez revenir dans le coin avant 2026 je vous en serais redevable (après on sera tous trop vieux, tristes et on se contentera de rester dans le fond de la salle en bougeant un peu la tête, ce qui serait dommage).

Si MSTRKRFT aura été le son le plus dansant de cette soirée c’est tout simplement parce que le reste de la programmation relevait davantage d’un son tripant au sens premier du terme, de l’ambient, d’une techno/house deep demandant moins d’activité à ses auditeurs. Il n’empêche que c’est avec les meilleurs que l’on aura eu droit à ces sons et c’est dans cette logique, cet esprit que s’inscrit Richie Hawtin. Richie Hawtin c’est ni plus ni moins que la tête d’affiche de ce week-end. Cela semble évident tant l’attente parait longue et les visages impatients avant son entrée sur scène. L’anglais débarque avec un nouveau show (déjà testé un peu partout mais pas en France), une scéno originale mais qui, au final, ne révolutionne pas non plus l’histoire du mapping. Bon, là on chipote parce qu’au final ce sur quoi on l’attend c’est sur le son et il faudrait être de mauvaise foi pour dire que le contrat n’est pas rempli. Ce son il apparaît a priori comme « club » mais s’avère au final bien plus pointu, comme on pouvait s’y attendre. On la prend notre claque, dans la gueule, poing fermé et à plusieurs reprises. On sent même que ça sature, que des pointes de « gras » pointent ça et là. La foule est conquise, Richie est chez lui, nous aussi.

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Après monsieur Hawtin c’est vers le Club que l’on va tâcher de se reposer devant Mind Against. Pour ce qui est de se reposer, pari réussi. Mind Against c’est pile-poil le genre de son que je ne saisis pas. Beaucoup de fans, de personnes qui tentent de m’expliquer par a+b que c’est vachement bien et que je ne comprends sans doute pas. Voilà, je pense que c’est ça, ma sensibilité à la deep house, à l’ambient et à toutes ses sonorités n’est pas des plus développées. Je reconnais que le son est bon, que dans leur style ils font de la qualité et je serais le dernier des cons si je n’admettais pas ça mais pourtant… non, ça ne fonctionne pas, mon cerveau me dit qu’il est temps de se déplacer et ma montre me confirme que si l’on veut prendre une pause avant Marcel Dettmann c’est maintenant ou jamais.

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Marcel Dettmann est ce que l’on appelle une star, une vraie. Un mec au charisme indiscutable, aux sons d’une classe largement au-dessus de la moyenne et à l’oreille musicale toujours en éveil, résident du Berghain oblige. Dès les premières notes on sent le côté industriel de ce qui nous attend pour les deux prochaines heures. On est dans ce que l’on nomme génériquement du son berlinois, calme mais comportant son lot de pics tenant en éveil, dans un état semi-conscient, comme à cette époque où l’on écoutait encore les Grateful Dead et fermant les yeux, le nez en l’air. Puis…une interrogation, une hésitation, un moment figé dans le temps où l’on se demande si l’on entend bien ce que l’on entend. Un moment où l’on se demande aussi si le problème est technique. Car oui, problème il y a. Un décalage dans le mix… On se dit que c’est peut-être fait exprès puis s’enchaînent les contretemps et dans le regard comme dans l’attitude de Marcel Dettmann en point la confirmation. On le croit perdu, quelques instants, quelques minutes, une période trop longue pour qu’elle soit volontaire. Mais le bonhomme est grand et rattrape le coup à grands renfort de basses, maîtrisées cette fois-ci. Le live peut reprendre son cours normal et nous transporter jusqu’à 6h du matin. Après cet intermède où chacun était resté interdit, le public a repris son souffle et ne le relâchera pas avant la fermeture de cette édition de Marsatac.

Il est temps de repartir, de dire au revoir ou plutôt adieu à la Friche de la Belle de Mai, à ses basses et à son ambiance toujours aussi réussies. On se donne rendez-vous l’année prochaine, pour un nouveau défi et une édition de Marsatac qui aura lieu dans un nouvel endroit, au Parc Chanot.

Le festival marseillais, plutôt que de « célébrer » la rentrée aura pour objectif en 2017 de bien lancer notre été en se déroulant les 23 et 24 Juin.

Une chose est certaine, ITMM sera présent et vous tiendra informés de tout ce qu’il y aura à savoir d’ici là.


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