Il n’est pas de rencontre qui puisse contourner l’inévitable question, amorce universelle de la conversation : « Que faites vous dans la vie ? ».

Dans quatre-vingt-dix pour cent des cas, l’activité professionnelle constituera en priorité la réponse à cette dernière. Les centres d’intérêt n’obtiendront l’attention qu’après cet échange de carte d’identité de citoyen travailleur donc responsable et respectable.

Le triste paradigme d’un monde de services productiviste n’est pas simplement cette hiérarchie laborieuse de nos activités mais réside dans le découplage du monde professionnel avec celui de nos désirs intrinsèques.

Pour ce nouvel opus de Ma vie en shorts, on se la joue leçon de vie. L’intérêt de cette courte vidéo réside moins dans son aspect que dans son message : celui d’Alan Watts, philosophe britannique, spécialiste des religions et doctrines asiatiques  et figure historique de la contre culture américaine. Resté en contact avec d’anciens élèves, il constata que ceux-ci manifestaient leur désorientation quant au choix de leur vie professionnelle. Son conseil prend la forme d’une question : « Que voudriez vous faire si l’argent n’existait pas, s’il n’était pas un objet réel ? ».  Subitement, le peintre récoltait plus de suffrages que l’agent immobilier. Logique me direz vous ? Mais la question dépasse la simple lubie et prend la forme d’une allégation : qu’il s’agisse de vocations artistiques, sportives, sociales, ou encore d’un amour du plein air : la seule voie est l’apprentissage technique et psychologique par l’entrainement et l’éducation de soi, se mettre à l’entière disposition de nous mêmes. Le cercle est complet lorsque la même liberté est offerte aux descendants de l’Homme autodéterminé .

En lieu et place de cela le désir matériel couvre les horizons professionnels et le prisme de l’argent distord les desseins. Et à la fin d’une vie à courir après le temps pour satisfaire ces vocations reléguées au rang de hobbies du dimanche, que reste-t-il comme objectif ? Transmettre la bonne parole, et persuader ses enfants d’avoir fait les bons choix qu’il devront reproduire pour « réussir » et pouvoir se payer cette BMW dont le voisin sera si jaloux. Derrière cet héritage fallacieux : l’assurance de valider son existence au sein de sa propre psyché, la bouée de sauvetage dans l’océan matériel .

Et nombreux sont les secteurs d’activité qui voient leurs motivations transposées au fil de l’ascension de la courbe des dividendes. La communication par exemple – devenue l’art d’inonder toutes les zones d’expressions publiques et privées par un discours ciselé ne desservant que son émetteur – est bien loin de ses inspirations sociologiques. Imaginez un jeune diplômé passionné de géologie et d’archéologie qui se voit proposer un contrat juteux chez BP Oil. Pas de problème pour la BMW, en revanche les seuls fossiles qu’il dénichera seront des énergies (pour alimenter la fameuse berline). Avant qu’il n’ait pu le réaliser, ses objectifs auront derapés du passionnel au palpable.

Changer une société c’est restructurer son inclination commune, aujourd’hui incarnée par la croissance, un terme sacralisé qui a perdu toute son essence dans les heures sombres d’un  apartheid pécuniaire grandissant en une constante et révoltante expansion des disparités à l’ échelle mondiale qui se fait les dents sur des ressources naturelles appauvries et refroidit son noyau chauffé au rouge par la fonte des glaces.

« Think outside the box » doit devenir « Think outside the bill ».

Monseigneur .


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