S’il s’agissait de définir la photographie contemporaine, la sincérité ne figurerait pas en tête de liste. C’est pourtant une série exaltante et une fenêtre sur une intimité immaculée et profondément authentique que Clayton Cubbit présente dans Hysterical Literature. Un principe simple : des jeunes femmes volontaires sont invitées à choisir le passage d’un de leurs livre de prédilection et venir le lire devant la camera, habillées et maquillées par leur propre soin et selon leurs envies. Le petit plus, c’est un vibromasseur savamment placé et contrôlé a distance.

Ainsi se déroule la performance, jusqu’à la volupté de l’orgasme, ou la diction s’effondre et l’esprit capitule dans l’abandon de soi. Clayton Cubbit évoque la lutte de l’esprit conscient et du corps primal, le premier représenté par le livre – le propre de l’homme – et le second par le plaisir sexuel, hérité de nos prédécesseurs dans l’arbre de l’Évolution.

Pour qui la jouissance n’est pas une source de revenus, livrer ainsi le secret de ses plaisirs à une camera et par extension à Internet n’est pas chose aisée. Et tant mieux, car c’est bien dans la résistance de la conscience contre cette délicieuse faiblesse que réside l’intérêt de l’exercice. Il existe une frontière entre ces deux mondes qui lorsqu’elle est franchie provoque la défaillance de notre intellect. Et on peut tempérer ces ruptures qui naissent de façon discrète avant d’envahir la raison, en écoutant la voix chanceler, instrument sexué de l’Homme ( encore une fois hérité des parades nuptiales animales), la respiration emboitant le pas au rythme cardiaque, le chuintement des pages tournées d’une main tremblante et le rythme des syllabes expiées, d’abord régulier puis pressé et enfin syncopé et évanoui.

Bien loin du voyeurisme, Hysterical Literature est un emblème humain, un regard objectif sur la sexualité au féminin et une éloge du pouvoir symbolique de la littérature et de son éloquence tant par ses mots que par leur diction.

Chaque fois que « on » dit « L’Animal », chaque fois que le philosophe, ou n’importe qui, dit au singulier et sans plus « L’Animal », en prétendant désigner ainsi tout vivant qui ne serait pas l’homme (…), eh bien, chaque fois, le sujet de cette phrase, ce « on », ce « je » dit une bêtise. Il avoue sans avouer, il déclare, comme un mal se déclare à travers un symptôme, il donne à diagnostiquer un « je dis une bêtise ». Et ce « je dis une bêtise » devrait confirmer non seulement l’animalité qu’il dénie mais sa participation engagée, continuée, organisée à une véritable guerre des espèces. »

L’Animal que donc je suis, Jacques Derrida.

Je laisse Stoya vous en faire la démonstration :

Monseigneur.

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