Par Monseigneur.

Ah l’animation… La liberté totale ou presque des univers et des lois de l’optique et de la perception. Et pourtant ce sont bien souvent des situations, des problématiques bien réelles qui sont mises à l’épreuve du film d’ordinateur .

 BEAT, de l’étudiant israélien Or Bar-El se penche sur l’uniformisation du monde du travail , la répétition des taches affadissantes, la sueur versée en faveur de divinités invisibles et déconnectés du temps présent (Saint Nasdaq priez pour nous, car nous avons emprunté). Et quoi de mieux pour illustrer l’ordre et l’uniformisation que le cube, adaptable, qui s’accommode bien volontiers de la promiscuité et des espaces réduits?

Car c’est bien dans un building cubique qu’on rencontre le protagoniste animé de rectangles dans son bureau cubique dont la seule et unique tache est de dessiner…des rectangles. Tous ces parallélépipèdes réguliers en situation régulière, synchronisés, bien acharnés à leur mission, suivent le rythme de la pendule, 4/4, bien cartésien, bien rangé, pas un son qui dépasse. Un flux de percussions laborieuses, mélopée industrielle du quotidien qui se reproduit à l’infini sans la moindre variation jusqu’à la cloche qui sonne la pause.

 A moins que… à moins que le cœur ne s’emballe, que les braises de la musique, rougissantes de leur irrévérence ne nous souffle de nous comporter autrement et de brûler en leur sein l’allégeance faite à un rythme unique et glacial. Voilà ce qui arrive à notre personnage: le jazz, ou plus précisément, la batterie jazz et sa subtilité, son groove légendaire, ses contre-temps. Tout cela à cause d’un simple stylo, tombé au moment opportun et qui amène la question du pourquoi? Pourquoi ce stylo fait il ce son là? Pourquoi est ce que cette chute aléatoire semblait agréable à l’oreille, intrigante ?

Perplexité qui se transforme bientôt en frénésie, en combat du corps et de la raison, le mouvement exalté versus la contenance sociale. Bientôt le rectangle ne peut plus être dessiné, trop en désaccord symbolique avec cette déferlante de fûts qui soulèvent la poussière de nos cerveaux, et le stylo glisse et danse, libéré de tout schéma et de tout conditionnement : indépendant dans toute son insolence, pourfendeur de la morosité au nom du Beat tout-puissant.

Pour revenir à des intérêts plus triviaux, l’animation en stop motion est  bien réalisée, la bande son est sans grande prise de risque, soit, mais efficace dans un format cinq minutes qui tient la route. Vous l’aurez compris , c’est vivement conseillé et c’est bon pour l’esprit, car si l’on dit que la musique adoucit les mœurs ne doutons pas qu’elle exacerbe aussi les idées.

Beat, de Or Bar-El:

 

 
 

 

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