Deux éminents membres d’Inthemorningmag participaient la semaine dernière à leur première édition du festival Lives au Pont.

Un peu de contexte tout d’abord : Le festival Lives au Pont c’est au Pont du Gard, un endroit esthétiquement pas dégueulasse, au bord de l’eau et généralement baigné d’un soleil qui tape jusqu’à 20h. On y assiste à deux soirées (les 7 et 8 Juillet pour cette édition) avec cette année un jeudi très électro-pop puis un vendredi davantage hip-hop-électro. Une seule scène, des gens de tous âges (même si le second soir a tout de même beaucoup drainé d’ados) et une ambiance estivale fort agréable. Une véritable odeur de vacances accompagne donc cet événement et c’est bien tout ce dont on a besoin en ce mois de juillet qui commence. Après deux jours/deux nuits de haute volée c’est peu dire que l’on regretterait presque de n’avoir découvert cet événement que cette année. Programmation léchée et éclectique tout en restant cohérente, artistes rares en France, site magnifique…tout était réuni pour passer de grands moments. 

Il est donc l’heure du bilan, qu’il concerne les différentes performances, l’atmosphère ou le festival en lui-même.

Attention, comme toujours les avis exprimés n’engagent que celui qui les formule.

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– La Découverte –

Le festival lui – même

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Comme vous l’aurez compris si vous avez lu l’intro dans laquelle la même idée est répétée à plusieurs reprises, c’était notre première fois au Pont du Gard pour cette série de concerts. Coup d’essai et coup de maître comme on dit dans les rédactions fainéantes. Malgré une arrivée sur place retardée par les indications peu précises de la maréchaussée (couplée sans doute à notre manque de discernement, soyons honnêtes), c’est très heureux que nous découvrons l’endroit magnifique ou auront lieu les différents concerts. Un accueil parfait pour les médias, un spot gorgé de soleil et une magnifique scène à la sono quasi-irréprochable. Tout est réuni pour que ce festival perdure et attire de plus en plus d’artistes de qualité au moins à la hauteur de ceux qui étaient programmés cette année. Cependant, certains aspects de Lives au Pont ont constitué de relatives déceptions mais ils seront abordés plus tard (dans la catégories judicieusement appelée « déceptions »).

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– Les Surprises –

 

 

Nekfeu en live

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Les fans de la première heure de l’homme aux 36 collectifs me diront que je ne peux m’en prendre qu’à moi-même si je découvre seulement aujourd’hui la puissance scénique du bonhomme et je leur répondrai qu’ils ont raison. Pas forcément fans de tout ce que fait Nekfeu c’est non pas à reculons mais sur la pointe des pieds que l’on allait voir sa prestation. Le fait que le public semblait avoir rajeuni de 10 ans entre les deux soirées ne faisait j’imagine que renforcer nos a priori quant à ce qui nous attendait. Après un léger échauffement du rappeur parisien la scène prend feu. La première chose que l’on remarque, que l’on entend, c’est la qualité des productions. Le travail des ingé’ son ne peut pas y être pour rien évidemment mais ils faut bien réaliser les instrus en amont et ces dernières n’ont pas grand chose à envier aux meilleurs ricains (oui, je réalise la portée de mes mots et je les assume). Ajoutez à ça une scénographie, un mapping tout simplement fabuleux (cet aspect des lives reviendra pour de nombreux artistes lors de ces deux jours), une énergie communicative et un énorme bordel généralisé sur scène (les mecs étaient parfois jusqu’à vingt sur scène) et vous obtenez tout simplement un vrai bon concert ainsi qu’un premier retournement de veste en ce qui me concerne.

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Mobb Deep, still alive

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Les gars de Mobb Deep on les connaît depuis un moment. Parce qu’on est un peu vieux mais surtout parce que ces derniers le sont aussi. Sans vouloir leur manquer de respect, il était compliqué de savoir qu’ils tournaient encore et voir leur nom à l’affiche avait par conséquent de quoi surprendre. De véritables darons du hip-hop, des légendes même, sans vouloir galvauder un terme bien trop souvent utilisé pour tout et n’importe quoi. On a assisté à ce que l’on pourrait qualifier de masterclass du rap. Les flows sont toujours aiguisés, la prestance inchangée depuis 20 ans et les majeurs en l’air lorsqu’il faut évoquer la police. On est sur du old-school avec tout ce que cela implique en terme de productions musicales et de clichés dans les paroles (ça fume de la weed et ça nique la police donc) mais c’est plaisant quand c’est fait par des anciens et surtout quand c’est bien fait. Programmés très (trop?) tôt et donc en plein soleil, Mobb Deep était ce qu’il nous fallait pour lancer un vendredi décidément bien surprenant.

 

Gramatik balance les basses

On continue avec les (bonnes) surprises du vendredi mais avec cette fois quelqu’un que l’on a dLAP16-credit Thomas O Brien-34avantage vu ces derniers temps et dont on croyait connaitre le travail jusqu’à ce jour. Mettons-nous d’accord tout de suite, à peu près tout le monde aime Gramatik et ce pour une raison assez simple, le mec touche à peu près à tout. Le tout avec une base electro à chaque perpétuelle, forcément, mais avec un univers qui peut aller de la soul au funk en passant par de la techno minimale.
Dépourvus de toute info quant à ce qu’il comptait faire pour Lives au Pont c’est soulagés, surpris, parfois hallucinés et surtout heureux que l’on découvrait une performance pleine de basses, qu’il s’agisse de bonne vieille d’n’b ou d’une dubstep assez pointue par moments. Un live parfait pour minuit, une énergie folle et de véritables instruments sur scène. Une grosse claque dans la gueule qui ne donne pas envie d’aller se coucher, qui laisse tous les membres plein de vibrations et qui confirme encore une fois (si c’était nécessaire) que Gramatik est un véritable touche-à-tout génial capable de nous emmener là où il le désire et quand il le souhaite.

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– Les Déceptions –

 

 

Une organisation générale qui compte quelques défauts

Malgré tout le bien que l’on a pu penser du festival, ce dernier compte encore quelques imperfections qui sont malheureusement inhérentes à de très nombreux événements musicaux d’ampleur. On note en premier lieu l’absence d’endroit où dormir qui serait rattaché aux Lives au Pont. Il s’agit là peut-être de non-attribution de certaines autorisations par la mairie ou d’une question de préservation de l’ensemble du Pont du Gard. Ou tout simplement est-il ici question d’une collaboration entamée avec le camping qui est très proche du site et se retrouve par conséquent complet dans les jours qui entourent la programmation des concerts. La deuxième question qui se pose est celle de l’horaire de fermeture du festival. La musique qui s’arrête à 2h du matin c’est toujours un peu frustrant si l’on a rien de spécial de prévu pour la suite. On a déjà vécu cette expérience à de nombreuses reprises (c’est même pire à Rock-en-Seine, par exemple, qui ferme ses portes avant 1h) et même si les explications peuvent être nombreuses pour justifier de couper le son à cette heure de la nuit elles n’empêchent pas un léger sentiment de frustration. Frustration d’autant plus forte lorsque l’on a le sentiment que le groupe qui clôturait ne nous a pas nécessairement assez épuisés pour que l’on ait envie de dormir tout de suite…

 

Birdy Nam Nam

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Car c’est malheureusement le quatuor de Dj qui nous aura offert la performance la plus frustrante des deux soirées. Pas une mauvaise performance non, une performance frustrante, décevante et n’ayant plus rien à voir avec ce que les mecs nous envoyaient il y a une (très grosse) dizaine d’années. Pour commencer ils ne sont plus que trois et c’est Dj Pone qui fait défaut, pour ne rien arranger. Les titres s’enchaînent forcément bien et la technique est toujours là mais on sent une certaine mollesse, un manque d’envie, tant des trois performers que des personnes encore présentes dans le public. Un brin de nostalgie mal placée, un souvenir flou des premières fois où l’on avait vu Birdy Nam Nam et nous voilà sur notre faim.

Le public qui s’en va avant la fin du live de Jamie xx le premier soir

Jamie xx était l’une des grosses attentes de la soirée (mais on y reviendra). Un artiste tout de même assez rare en France jusqu’à aujourd’hui, un mélodiste confirmé aux nombreux titres connus dans le monde entier et aux nombreuses collaborations, pour la plupart prestigieuses. Quelle surprise de voir une très grosse partie du public disparaître à peine le concert débuté. Tant qu’à rentrer chez soi à 1h autant pousser un peu et découvrir si on ne connait pas (c’est un peu le concept des festivals en plus) ou que l’on pense ne pas aimer. Une autre explication quant à la fuite du public pourrait aussi tenir au fait que les contrôles de police allaient commencer sur la route. Nous en revenons donc au problème de l’absence de camping rattaché au festival et dont la présence permettrait à tout le monde de repartir à pieds, complètement bourré dans la plupart des cas.

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– Les Confirmations/Coups de Coeur –

 

 

La programmation de jeudi, cohérente au possible

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Jeudi soir, un triptyque parfait, trois artistes (enfin quatre dans la mesure où les mecs d’Odesza sont deux, c’est mathématique) aux univers assez proches pour trois heures de concert de rêve, c’est ce qui était le plus attendu du côté de la rédaction au moment de la découverte de la timetable du festival. Il nous est désormais possible de le clamer haut et fort, nous avions raison d’attendre ce moment avec impatience. Cette bulle magnifique, tant musicalement qu’esthétiquement aura été à la hauteur des attentes et c’est donc Fakear, l’un des petits chouchous d’ITMM qui ouvre le bal. LAP16-credit Thomas O Brien-45Toujours aussi agréable et planant avec son électro poétique, toujours équipé de sa tablette mpc et de différents musiciens en fonction des morceaux joués, le petit Fakear a fait du chemin année après année et on est surpris une nouvelle fois par sa maîtrise en ce qui concerne l’ensemble de son live. A l’aise aux percussions comme aux platines, dirigeant tel un chef d’orchestre une multitude de sonorités différentes et semblant prendre toujours autant de plaisir à partager ses créations avec le public, on est une nouvelle fois totalement envoûtés. Le gros plus de ce concert, comparé à ceux dont on avait déjà été témoins réside dans la découverte de nouveaux titres live, issus de l’album Sauvage, toujours aussi bons et aux inspirations dont le mélange s’avère, encore une fois parfait.

C’est après une légère pause, obligatoire pour prendre un peu de recul et se préparer à voir l’une des plus belles performances du festival, que l’on commence à s’impatienter devant la scène, fortement émoustillés à l’idée de découvrir le duo américain d’Odesza. Odesza c’est avant tout une découverte musicale il y a environ deux ans puis des échos répétitifs, unanimes quant à la qualité des performances live des messieurs. Un rapide coup d’oeil sur le net permet de s’en convaincre et c’est comblé d’excitation qu’on attend leur passage, ce passage qui m’a définitivement décidé à me rendre au Lives au Pont. Le jugement est définitif, sans appel : quelle beauté, quelle claque, quelles associations de couleurs, quelle mise en scène grandiose ! Le tout sans oublier le son lui-même évidemment. La performance est jouissive, infinie mais trop courte, elle emporte tout et tout le monde dans son sillage. Le public est comme aspiré dans une faille ne contenant que basses, mélodies harmonieuses et esthétisme léché. Les deux musiciens ne sont qu’ombres sur la scène, laissant la part belle à l’imaginaire provoqué par leur scénographie et leurs titres, toujours aussi magiques dans leur conception et dans l’effet qu’ils produisent sur quiconque s’y aventure suffisamment profondément.

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Le mapping

La qualité du mapping sur l’ensemble du festival est d’ailleurs une chose qui mérite d’être soulignée. Evidente dès l’entame du concert de Fakear elle s’est faite essentielle avec Odesza. Tous les artistes en auront d’ailleurs bien profité avec une mention spéciale pour Nekfeu également. Une belle scénographie n’est pas anodine lors d’un festival. Le soin qui y a été apporté est évident et témoigne d’une volonté de qualité pour chacun des concerts. On a ici assisté à des images d’une beauté rare à laquelle on a généralement droit pour des concerts ne concernant qu’un seul artiste. Les artistes d’ailleurs sont forcément en partie responsable de la qualité des images projetées, se montrant sans nul doute perfectionnistes quant à la qualité de leurs prestations, qu’elles aient lieu pour « seulement » une heure lors d’un festival ou qu’il s’agisse d’un concert « personnel » dans une salle. On tirera donc un coup de chapeau aux responsables de la scénographie, qui qu’ils soient. On a assisté à des concerts visuellement beaux et cela fait partie du genre de choses que l’on oublie pas une fois le festival terminé.

(On repart sur le jeudi soir après cette parenthèse concernant la scénographie)

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Celui dont on a déjà parlé et qui était le dernier programmé pour cette soirée en tous points parfaite n’était autre que Jamie xx. Tout d’abord rendu célèbre via The xx, groupe pour lequel il a composé de nombreuses mélodies entêtantes, deep, teinté de synthés indus et d’un style désormais reconnaissable entre tous, il tourne également en solo, se donnant par conséquent une latitude lui permettant certains détours musicaux que The xx semble ne pas pouvoir lui offrir. Depuis que l’on a découvert son premier album solo  In Colour, on guette son passage dans le sud de la France (allez, on aurait pu pousser jusqu’à Lyon en fonction de la date éventuelle) et dès son nom annoncé pour les Lives au Pont on est soulagés, on ne passera pas 2016 sans l’avoir vu sur scène. Son arrivée, comme dit plus haut, se fait face à un public clairsemé mais massé devant la scène. Les personnes qui sont restées savent a priori pourquoi elles sont là comme le prouvent les clameurs successives lorsque Jamie Smith de son vrai nom envoie Gosh ou encore Girl.

Le live monte doucement mais sûrement, sans véritable interaction avec le public mais avec ce qui ressemble à une grande concentration en ce qui concerne notre entertainer de l’instant. Les nappes sont toujours synthétiques et profondes, les basses présentes comme elle doivent l’être et l’on se retrouve vite transportés dans son univers malgré une scénographie bien moins impressionnante que pour les artistes vus juste avant. Le show semble trop court tant les derniers rescapés n’ont pas envie de voir la soirée s’arrêter.

Le plaisir aura été immense lors de ces deux jours et plus particulièrement jeudi en ce qui concerne la programmation musicale à proprement parler. Un beau public, un bel endroit et de beaux artistes auront fait de ces deux jours une réussite totale. Le festival Lives au Pont a d’ores et déjà son rythme de croisière et ne saurait que devenir meilleur lors des années à venir. Un défi pour le moins compliqué à mener au vue de cette édition 2016.

Texte par Arnaud

Toutes les photos (exceptée celle d’Odesza) sont la propriété de Thomas O’Brien et ne sauraient être utilisées sans son autorisation préalable.


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