Par Hellisha & Popol

DIMANCHE 15 JUILLET

Dur réveil que celui de ce quatrième jour … En général t’en chies parce que t’as vraiment trop bu la veille, ou que t’as le dos en vrac à cause d’un matelas troué sur lequel tu « dors » depuis plusieurs jours. Et bien là, c’est une douce voix nous disant « hey les gars, vous êtes dans 30cm d’eau » qui nous a réveillé en ce dimanche matin. Et autant dire qu’après 4h de sommeil, ça pique un peu … Du coup, remballage du bordel, et direction Bruxelles pour un aller/retour rapide histoire de prendre une douche réparatrice et des fringues et pompes sèches. On revient sur le site pour le set de Turbowolf, et même si on a raté plus de la moitié du show, on a le sourire devant ce groupe atypique. Venus tout droit d’Angleterre, Turbowolf nous délivre un rock énergique aux portes du hard rock de nos parents. Le chanteur, affublé d’un pantalon pattes d’éph’ des plus serrés, d’une longue chevelure et d’une moustache à faire pâlir le Francis Cabrel des années 80, ainsi que d’une chemise en jeans avec manches à fleurs, nous renvoie tout droit vers la bonne vieille époque où on prenait du LSD et où on faisait du sexe sans crainte des conséquences. On se laisse donc emporter vers un autre univers pendant quelques morceaux, et c’est malheureusement déjà fini.

Turbowolf – « A rose for the crows »

On attend donc Red Fang, groupe américain dont la musique sent le barbecue, mais surtout sensation rock du moment. En effet, pendant quatre jours, ce nom revient sur toutes les bouches, pour peu qu’on se trouve dans la Cannibal Stage (vous savez, la fameuse scène pour les sauvages). Intrigués par le phénomène, on attend, la faim au ventre, que ça commence. Et dès les premières notes, même si on peut apprécier l’originalité de la chose (on a perdu l’habitude d’entendre du bon vieux stoner comme ils en jouent), on a tout de suite un peu de mal avec la voix. Et pourtant il y a deux chanteurs. Mais non, ça ne prend pas. Du coup on repart au bout de quelques morceaux, en se disant que ce ne sera pas notre claque de la journée. Loin de là.

Red Fang – « Hank is dead »

Et puis de toute façon c’est l’heure de Dope D.O.D., alors on ne cherche pas trop à comprendre. Là encore, le festival de Dour nous fait plaisir en programmant un autre « groupe du moment ». Si elle était inconnue il y a un an de ça, la formation hollandaise a su faire parler d’elle en quelques mois, notamment grâce à son premier single « What Happened » qui a fait un carton. Il faut dire que le groupe délivre un hip-hop des plus burnés aux légers accents dubstep, le tout dans une ambiance bien dark. De quoi ravir les amateurs des deux genres en somme. Et si leur album Branded nous avait beaucoup plu, il en fut de même du live. Même s’il eut du mal à se mettre vraiment en place (faute du classique « trop de basse »), le groupe a réussi d’entrée de jeu à faire bouger un chapiteau bien rempli. Eux-mêmes ont l’air contents d’être là et de l’accueil qui leur est réservé. Ils dépassent même le temps qui leur est imparti et nous offrent un rappel à base de dubstep lourde comme il faut et d’une chanson inédite (ou qui n’est pas sur l’album tout du moins). On sort de là ravis, en se disant que le hip-hop n’est pas mort. Et ça fait plaisir !

Dope DOD – « What Happened »

Un petit tour pour aller se reposer à l’espace presse, faute d’une véritable nuit de sommeil … Et là, bonne surprise, on apprend que Cerebral Ballzy, groupe annulé la veille, est programmé dans l’après-midi à la place de Finley Quaye. On fait donc une sieste d’une petite heure, et direction la Dance Hall pour le groupe ovni de la journée placée sous le signe du reggae. Et se ramasser la musique de ce groupe dans la gueule après la sieste, ça réveille ! Cette jeune formation américaine nous en met plein les dents pendant ¾ d’heure avec son punk plutôt original car pas ennuyant (objectivité quand tu nous tiens, je sais). Au contraire, quand le chanteur balance son micro et que le groupe quitte la scène, on en redemande. Et alors qu’on sort de la tente, voilà qu’ils reviennent pour un rappel de deux-trois morceaux. Comme quoi, Dour réalise toujours nos souhaits.

Petit ravitaillement bière/bouffe, et c’est déjà l’heure d’aller voir Suicide Silence. Première surprise, le chapiteau est quasiment vide pour la venue de ce groupe de deathcore californien plus que connu dans le milieu. Enfin, quasiment vide, c’est un peu exagéré. On va dire que c’est le groupe qui jusque-là a ramené le moins de monde sur cette scène. Et au vu de la gueule de quatre kilomètres de longs que tire le chanteur en arrivant sur scène, on sent tout de suite que l’ambiance va être des plus froides … Car si certains groupes prennent le parti de tout faire pour rameuter les gens et mettre l’ambiance, le chanteur de Suicide Silence préfère « cracher » sur son public tout le long du set. Il se permet même de sortir de scène entre chaque morceau et de revenir en disant que c’est de la merde, qu’il y a plein de problèmes techniques, … Rien de réjouissant donc … Niveau musique c’est lourd et carré, mais tellement sans âme que ça laisse finalement assez indifférent. Et même si le chanteur invite le public à monter sur scène pour le dernier morceau, on repart de là avec la sale impression d’avoir perdu son temps pour un groupe qui n’en vaut vraiment pas la peine.

Suicide Silence – « You only live once »

Heureusement pour nous, c’est au show d’Orelsan, et au vu de sa tournée précédente, on sait d’ors et déjà que ce ne sera pas du tout du même acabit. Alors qu’on arrive à l’avance histoire de ne pas avoir à traverser une foule compacte, ça se remplit à une vitesse folle, et quand le concert commence, le chapiteau est plein à craquer. Rien d’étonnant vu le succès (et les polémiques qui vont avec) des deux premiers albums de cet artiste Caennais qui a donné une nouvelle dimension au hip-hop français, loin des clichés de la rue. D’entrée de jeu, Orelsan nous balance « Raelsan », premier single de son dernier album Le Chant Des Sirènes, accompagné de tout un groupe, et ces derniers affublés d’une toge noire façon Jedi. Ca attaque donc avec du lourd. Et ça va durer pendant une heure. Le public chante les paroles de tous les morceaux, Orelsan fait quelques « blagues » bien pensées (même si, on le sent, un peu réchauffées), et si on a le temps de se poser sur certaines chansons, c’est pour enchaîner derrière avec de quoi faire bouger le public. Il arrivera même à faire déplacer toute la foule de gauche à droite pendant un bon moment. Bref, Orelsan assure et sait ambiancer son public. Seul bémol du concert, s’il faut en trouver un, un chant parfois un peu limite, et surtout trop peu de morceaux du premier album. Finit les beats hip-hop des fameuses « Jimmy Punchline » et autre « Logo Dans Le Ciel ». Mais bon, ça, c’est vraiment histoire de se plaindre, un peu. Sinon, rien à redire. Aller voir Orelsan, ce n’était vraiment pas une « Mauvaise Idée ».

Orelsan feat Gringe – « Ils sont cools »

Direction La Petite Maison Dans La Prairie pour un live d’un tout autre genre, celui de Kvelertak. Là encore, petit phénomène de ces deux dernières années, ce groupe norvégien tourne sur toutes les scènes et autres festivals. Pourtant, un seul album à leur actif, sobrement intitulé Kvelertak. Mais quel album ! Entre hard rock à l’ancienne et rock moderne, on se laisse vite aller à bouger sa chevelure de façon sauvage, bière à la main. Il faut dire que le groupe dégage tellement : entre ses trois ( !!!) guitaristes surexcités et  un chanteur digne du plus beau des vikings, impossible de rester de marbre. Alors on passe une petite heure avec le sourire aux lèvres, en se disant que ça fait du bien de voir que le rock, le vrai, pas celui de Kate Moss, peut toujours nous surprendre et nous faire rêver.

Kvelertak – « Blodtorst »

Mais pas le temps d’en voir la fin donc nous nous dirigeons vite vers la Last Arena où les Bloody Beetroots ont la (lourde ?) tâche de conclure cette édition 2012 du Dour festival version plein air. Amateurs de la première heure du groupe, c’est assez intrigués mais à la fois « craintifs » que l’on se positionne devant leur scène qui, malgré sa sobriété, en impose. En effet, ce soir, les italiens vont faire un DJ set, et c’est en haut d’un mur en métal de cinq mètres avec des spots et écrit BLOODY BEETROOTS DJ SET qu’ils vont l’exécuter. Et dès la première note, notre réticence s’efface, et on sait qu’on va passer un grand moment. Rien à voir avec les pathétiques prestations avec batterie et guitare auxquelles on a pu assister l’année précédente. Les Bloody nous délivrent ici une électro des plus efficaces qui, malgré la boue et la fatigue accumulées pendant ces quatre jours, fera danser les festivaliers, sourires aux lèvres, et ce jusqu’à la dernière minute. Bien évidemment, on a droit au final « Warp », et le public est littéralement survolté ! Comme quoi, même avec des conditions météos exécrables, il suffit juste d’un bon groupe pour faire tout oublier. Et on peut dire que le duo y est sacrément bien arrivé ce soir-là ! C’était comme la dernière messe du pape le dernier jour des JMJ, c’était bien.

Bloody Beetroots feat Steve Aoki – “Warp”

Du coup, on n’attend plus grand chose du reste de la prog’, mais on constate qu’il nous reste encore un peu de force à libérer, alors nos oreilles curieuses et gourmandes nous amènent presque malgré nous sous la Magic Soundsystem où DJ Kentaro a déjà entamé son set. Champion du monde DMC en 2002, ce DJ japonais a su faire sa réputation grâce à des live où se mêlent parfaitement technique et rythmes entraînants. Rien à voir avec une démonstration de scratch donc. C’est plutôt avec brio que l’artiste enchaîne, découpe et mixe les morceaux, certes « classiques », de son set. Malheureusement ça ne suffit pas à nous tenir jusqu’au bout, alors on se dit qu’on va donner une dernière chance à un autre.

Dj Kentaro – “Loop Daigakuin”

Et c’est donc Feed Me qui sera notre sauveur. Ou pas. En effet, malgré une scène impressionnante (le DJ surmonte un mur composé de triangles qui forment un sourire plein de dents acérés et deux yeux, le tout projetant des images diverses et variées), c’est une électro plutôt pauvre qu’il nous délivre là. Pourtant on attendait pas mal de ce DJ anglais dont beaucoup de festivaliers arboraient le t-shirt en ce dimanche, et dont on avait eu de chouettes échos concernant ses live. Là pourtant, rien de transcendant. En tout cas tellement loin d’être à la hauteur de la prestation des Bloody Beetroots qu’on préfère s’avouer que c’est fini pour nous.

Feed Me – « Blood Red »

Direction les stands de bouffe pour la traditionnelle « crêpe au Nutella » du dimanche soir (enfin, du Nutella car il n’y en a plus, comme chaque année …), et c’est l’heure de rentrer sur Bruxelles (et oui, on vous rappelle qu’on a perdu notre tente le matin-même). Alors on se pose dans la voiture, un peu sonnés par cette folle dernière journée. On a presque du mal à se dire que c’est déjà fini tellement c’était bon. Alors certes, pour survivre à cette édition 2012, il fallait des bottes et une cape de pluie dignes de ce nom. Mais les découvertes qu’on a faites et les claques qu’on a prises nous font tout de suite oublier ces petits désagréments, et nous confortent dans l’idée que Dour reste le meilleur festival auquel on a le droit d’assister.

En résumé Dour 2012 c’était :

+ Une ambiance encore plus belle chaque année

+ Un service de sécurité qui vous aime et qu’on aime parce qu’ils le valent bien

+ Un journal (No Bullshit) assez juste et qui fait bien plaisir avec sa programmation quotidienne

+ Des concerts fantastiques et des découvertes giga-fantastiques

+ Un marathon musical de 4 jours

– Un sol qui révèle une quantité de boue inimaginable

– Un stand Jupiler et Coca-Cola qui fait chier tout le monde

– Un marathon musical de 4 jours (aussi pour la fatigue)

Rendez-vous est donc déjà pris pour 2013, et on vous conseille vivement d’en faire de même !


Laisser un commentaire