(Photo de Claire Na)

Par Hellisha & Popol

Le lundi 16  Juillet 2012, la Belgique s’est encore réveillée avec une gueule de bois habituelle à cette époque de l’année. C’est l’été en Belgique et qui dit été ici, dit festivals, beaucoup, beaucoup de festivals pour un si petit pays. C’est de Dour dont nous allons parler maintenant et de son Festival au nom très original : le Festival de Dour. L’un des meilleurs festivals d’Europe, il est le porte étendard de la planète alternative.

SAMEDI 14 JUILLET

C’est sous une petite pluie et les pieds dans la boue qu’on entame cette troisième journée, la journée décisive. Tant au niveau du bilan d’appréciation du festival qu’au niveau physique. On commence à avoir mal au dos, on a les pieds légèrement en feu et le gosier qui commence à réclamer de la bouffe saine et de l’eau. Mais bon, on se lance quand même corps et âme dans ce qui nous attend. Et vu la claque qu’on prend d’entrée de jeu, on se permet largement d’oublier nos petits soucis de festivaliers. Et cette claque, on se la prend par ces deux gamins qui forment The Bots. Gamins oui, on peut le dire : ce duo de 32 ans à eux deux (respectivement 14 et 18 ans) nous vient tout droit de Los Angeles pour nous en mettre plein la gueule. Si pour l’instant le rock à Dour cuvée 2012 n’a pas fait l’unanimité au sein de la team InTheMorningMag, ces petits jeunes mettent la barre très haut. Les morceaux s’enchaînent sans aucun répit, et quand le groupe fait une pause pour communiquer avec le public, c’est avec un sourire ébahi qu’il le fait. Après trois albums et une tournée prestigieuse aux Etats-Unis, c’est au tour de l’Europe de prendre sa petite leçon de musique. On ne cesse d’être étonnés pendant 40 minutes, et même si les enchaînements sont parfois un peu gauches, on pardonne ces petites gueules d’anges qui prennent un plaisir monstrueux à être parmi nous. D’une aisance déconcertante le guitariste/chanteur bouge et se remue dans tous les sens, on dirait qu’il fait ça depuis 20 ans, pas statique le bot. On aura même droit à une dizaine de t-shirts jetés dans la foule par la maman/manageuse. Si ça ce n’est pas un bon esprit …! De quoi bien entamer la journée en somme, et se dire qu’il va falloir assurer derrière.

The Bots – “War” Live

On passe vite fait par la De Red Bull Elektropedia Balzall histoire de se prendre un peu de drum n’ bass dans les dents en ce début de journée, et même si la prestation de Kastor & Dice n’a rien de très original, ça fait bouger son popotin. On remarque au passage que ce chapiteau ne désemplit pas. Un peu comme si les festivaliers restaient pendant quatre jours dans cette tente, bière à la main, bras en l’air, et sourire sur le visage. C’est vraiment un monde à part sous ce chapiteau.

Kastor & Dice – Live

Mais il est l’heure de se rendre à la Cannibal Stage, autre scène ovni du festival. En effet, comme son nom le sous-entend, c’est là que se passe tout ce qui fait du bruit, soit tout ce qui est métal, punk et hardcore. On attend plus ou moins patiemment le live de Cerebral Ballzy, groupe punk américain. Malheureusement, cinq minutes avant l’heure, le « présentateur » de la scène nous annonce qu’ils sont bloqués quelque part, et qu’ils ont préférés annuler la date. Et vu la pluie qui tombe dehors, on reste (littéralement) sur le cul et au sec.

Cerebral Ballzy – « Insufficient Fare »

1h plus tard, retour à la De Balzaal pour un enchaînement de folie. J’ai nommé Bar9 et Figure. Le premier nous balance d’entrée de jeu une dubstep digne de ce nom, lourde à souhait et assez originale. D’autant plus qu’il l’allège de passage drum n’ bass et électro qui ravissent le public. L’artiste anglais, fidèle à lui-même, nous fait passer une heure sans qu’on s’en aperçoive, et c’est déjà l’heure de Figure.

Bar 9 – « Piano Tune »

Figure. Le nom du moment en matière de dubstep. Le DJ qui tourne partout, et dont les live sont acclamés de toute part. Je l’avais déjà vu avec Calvertron quelques mois plus tôt à Bruxelles, et c’est vrai que j’avais pris une sacrée claque, tant sa dubstep change de ce qu’on entend d’habitude. Ici, pas de fioriture, pas de voix aigue scandée par une nana insipide, et encore moins de remix de Skrillex. Non. Ce que nous propose Figure, c’est du lourd. Du très lourd. Et cette prestation nous l’a confirmé. On passe une heure à en prendre plein la gueule, mais devant la mollesse du public nous décidons d’avancer dans le cœur de la foule afin de faire ce que l’on sait le mieux faire avec notre binôme : dégager les âmes sensibles et lancer un pogo qui rameutera tous les débiles qui trainent par là et qui n’attendaient que ça pour jouir de la musique : mission plus qu’accomplie puisque nous en prenons plein la bouille. Aucun répit. Là aussi, le DJ américain varie les plaisirs et nous fait bouger sur de la dubstep, de la drum n’ bass, ou encore de l’électro, et c’est donc après 1h15 qu’on repart de là, complètement abasourdis par ce à quoi on vient d’assister. Du coup, on voudrait bien en redemander, mais les douleurs qui parcourent notre corps nous rappellent à l’ordre : point trop n’en faut.

Figure – « Dominate »

Du coup on se dit qu’on va laisser tomber la scène dubstep pour la journée (et pourtant il y avait de gros noms), et on se dirige plutôt vers la Magic Soundsystem où doit maintenant jouer Doom, autre artiste masqué du festival. S’il est encore nécessaire de le présenter, Doom est un rappeur américain à l’histoire plutôt horrible et torturée à base d’errance, de drogues et de dépression après avoir perdu sous ses yeux son frère  Subroc de KMD. Et si ce malheur l’a empêché de faire de la musique pendant plusieurs années, cela ne l’a pas empêché de revenir en force, et ce sous plusieurs pseudos (Madvillain, dans le duo Danger Doom avec Danger Mouse, …). Il affirme même que des fois, sous son masque, ce n’est pas lui qui se produit sur scène. Mythe ou réalité, nous n’en savons rien, mais on remarque d’entrée de jeu que c’est le premier artiste qui se permet d’arriver en retard sur scène (presque ¼ d’heure). On attend en se disant que ça vaut certainement le coup, mais dès les premières notes, on sent que ça va être en dessous de nos attentes. En effet, la musique n’a rien de transcendant, et encore moins le chant qui est certes grave, mais un peu trop mou.

Doom – « Accordion »

On ne s’attarde donc pas trop par là, et préférons retourner à la Cannibal Stage pour voir la fin d’Heaven Shall Burn, un groupe de métal originaire d’Allemagne. Pas vraiment de surprise, ça envoie du lourd et parfois du un peu plus mélodique, mais rien de passionnant. Dommage pour un groupe dont j’étais fan il y a une petite dizaine d’années et que j’ai raté à peu près autant de fois.

Heaven Shall Burn –  « Endzeit »

On va plutôt aller donner sa chance à Parov Stelar Band, groupe présenté comme l’équivalent de Caravan Palace version autrichienne. Première surprise, le chapiteau est rempli à craquer. On se dit alors que ça doit être (re)connu et qu’on a du louper un épisode. On se le dit d’autant plus que le groupe a tout de même sorti une quinzaine d’albums … Bref, il n’est jamais trop tard pour découvrir, et on attend de voir ça. Et là, le premier morceau se lance. On se regarde ébahis : le groupe nous balance une espèce de musique mièvre, entre pop et dance périmée. Rien à voir avec l’électro/swing annoncé donc. On se dit qu’on va attendre deux-trois morceaux avant de juger et partir en hâte. Et bien on peut dire que si on a pris une bonne décision durant ce festival, c’est bien celle-là. Dès le deuxième morceau, le groupe nous donne ce qu’on attendait de lui, et on passe une heure à bouger de la tête aux pieds. Il y a une ambiance folle, tout le monde a le sourire, saute, danse, chante, hurle. De quoi nous remettre en jambe après la molle prestation de Doom donc … En plus le groupe a l’air heureux d’être là, et on apprécie avec un plaisir non dissimulé la douce voix de Cleo Panther, présente pour l’occasion (à la base, Parov Stelar est un DJ qui s’entoure d’un groupe pour ces live). Pour les curieux, on vous conseille d’aller voir ce groupe s’ils passent près de chez vous, c’est vraiment un bon moment à passer. On se dit même vers la fin que certains morceaux rappellent un peu les bons moments de Gossip, le tout avec des cuivres. Si ça ça ne donne pas envie …!

Parov Stelar Band – « Chambermaid Swing »

Il est ensuite l’heure de repasser par la Cannibal Stage pour voir Punish Yourself, non sans plaisir. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, c’est un groupe de cyber punk rock techno indus (ils le disent eux-mêmes) qui a la particularité de se peinturlurer la gueule et le corps de peinture phosphorescente, le tout éclairé à la lumière noire. Effet garanti ! D’autant plus qu’ils s’accompagnent sur scène d’une déco bien trouvée : ici un écran géant qui balance des images de films old school en noir et blanc, ainsi que des mannequins/squelettes munis de boa et de sombreros fluos, mais aussi de danseuses à moitié dénudées. Malheureusement, on les a peut-être trop vus pour que la sauce prenne encore (et oui, c’est ça d’être toulousain), et c’est plus ou moins passivement qu’on assiste au show. Et puis force est de constater que c’est beaucoup moins décadent qu’avant, tant au niveau musical qu’au niveau du groupe lui-même. Bon, ça à la limite on peut comprendre, ils sont plus tout jeunes les loulous, mais leur musique est à notre goût de moins en moins puissante et efficace. Finis les gros beats électro alternés aux passages lascifs. Maintenant, Punish Yourself fait du rock tendance rockabilly. Alors ça fait peut-être vieux con ce que je vais dire, mais je vais le dire quand même : c’était mieux avant. Voilà.

Punish Yourself – « Gimme Cocaine »

Vient ensuite l’heure d’Audio, DJ drum n’ bass qui nous vient tout droit d’Angleterre.  Pas vraiment d’originalité à l’horizon, mais le monsieur a au moins le mérite d’avoir un visuel sympa à base d’images un peu dark, et puis bon, ça tient en vie. Du coup on reste jusqu’au bout, mais c’est vraiment histoire de (il pleut, et ça nous décourage d’aller voir ce qu’il se passe ailleurs).

Audio – « Genesis device »

Mais bon, à un moment faut se lancer, alors on affronte la pluie et on va voir ce que donne Tnght en live. Artistes signés sur Warp, ce duo nous délivre une musique à part du label. Ici, pas d’électro barrée, mais plutôt du hip-hop très lourd façon crunk. Du coup, et ce malgré quelques légers problèmes de mix qui nous font redescendre sur terre, on passe une heure à se casser la nuque et à shaker du booty à n’en plus finir. Alors c’est sûr, vaut mieux adhérer au style car ce n’est pas très varié mais bon, nous on a apprécié.

Tnght – « R U Ready »

Par contre, aux premières notes de LeFtO, on décampe vite. Non pas qu’on ne soit pas contents d’entendre pour la énième fois des morceaux de Cypress Hill et House Of Pain, mais nos corps nous rappellent qu’à un moment, il faut savoir l’écouter, et le laisser se reposer, alors direction la tente pour une nuit qui fût épique.

Lefto – « Papapa »

A suivre …


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