(Photo de Romain S. Donadio)

Par Hellisha & Popol

Le lundi 16  Juillet 2012, la Belgique s’est encore réveillée avec une gueule de bois habituelle à cette époque de l’année. C’est l’été en Belgique et qui dit été ici, dit festivals, beaucoup, beaucoup de festivals pour un si petit pays. C’est de Dour dont nous allons parler maintenant et de son Festival au nom très original : le Festival de Dour. L’un des meilleurs festivals d’Europe, il est le porte étendard de la planète alternative.

 

VENDREDI 13 JUILLET

 Après une première journée plutôt mitigée niveau « claques musicales sur le museau », et aussi avec une sacrée gueule de bois …, nous revenons tout de même sur le terrain pleins d’espoir.  Il faut dire qu’on est à Dour, terre de découvertes, et qu’il y a quand même 230 groupes qui jouent sur 4 jours. Pas de quoi être blasé d’entrée de jeu. Et de fait, nous sommes tout de suite rassurés par la prestation de Doomtree  qui ont l’honneur, ou la lourde tâche, d’entamer les hostilités de la journée sur la Last Arena. Au début, c’est un public épars qui est là pour regarder ce que ça donne. Mais finalement, au fur et à mesure, les beats entraînants qu’ils nous délivrent attirent la foule, et c’est avec brio qu’ils assurent un set de 40 minutes. 40 minutes où on ne peut s’empêcher de bouger la tête, shaker son booty, lever les mains au ciel, et avoir le sourire. Car il faut bien le dire, ce groupe du Minnesotta sait comment faire bouger la foule ! Que ce soient les beats entraînants, leurs flows impeccables ou la bonne humeur qui se lit sur leurs visages, impossible de rester longtemps de marbre. Personnellement, c’est une de mes plus belles découvertes du festival, et je vous conseille vivement de jeter une oreille sur leur album FH:XV (False Hopes 15), véritable petit chef d’œuvre hip-hop que tout amateur se doit d’avoir dans sa discothèque.

Doomtree – « Game over »

Début de journée placée sous le signe du rap, on se dirige ensuite vers la Dance Hall où le Klub Des Loosers nous attend. Ou plutôt que j’attends. C’est en effet un des concerts que j’attends le plus, tant je suis fan des deux albums Vive La Vie et La Fin De L’Espèce, sorti en avril dernier.  Klub Des Loosers, c’est un peu la goûte de sel sur la plaie du rap français. Ça pique, ça gratte, et surtout, impossible de faire abstraction de ce que ça peut procurer. Fuzati délivre en effet des paroles incisives à souhait comme il y en a tant  dans le hip-hop français actuel (on ne citera personne), sauf que lui a le génie de le dire de la manière la plus belle qui soit (difficile en effet de ne pas reconnaître le talent dans des morceaux tels que « De L’Amour A La Haine » ou encore « Destin D’Hymen »). Et bien malheureusement, ces paroles, nous ne les entendront guère pendant cette petite heure de concert. En effet, comme souvent dans les festivals, et particulièrement à Dour,  les prestations hip-hop sont entachées de ce problème : trop de basse tue ! Du coup, les mélodies que balance Dj Detect ne sont pas mises en avant du tout ; je dirais même que si on ne connaît pas bien les albums, ça devait être dur d’y comprendre quelque chose, et la voix de Fuzati ressort par moment comme un brouhaha imperceptible. Personnellement, je connais les deux albums par cœur, alors ça ne m’a pas empêché de scander les paroles à tue-tête, mais malheureusement, je doute que ce concert ait permis de convertir grand monde à la cause perdue du Klub … Dommage.

Klub des Loosers – « Volutes »

C’est maintenant l’heure d’une autre découverte, celle de Richard Colvaen, autre homme masqué de la journée. Tout du moins c’est comme ça qu’il est présenté sur les photos officielles. Mais il n’en est rien en live. Par contre, si on avait été séduits par le morceau en présentation sur le site du festival, on peut dire qu’il en a été largement de même pour ce qu’il délivre en live (même si, une fois de plus, il y avait trop de basse et les mélodies passaient parfois légèrement à la trappe). Mais quel live ! Entre hip-hop posé et électro planante, on passe 45 minutes à se laisser emporter dans un univers chimérique où la pluie n’existe pas. C’est beau et lourd à la fois, et une fois de plus, impossible de ne pas bouger sur la musique que ce DJ belge nous délivre.

Richard Colvaen – « Polimetria »

On en redemande, mais c’est déjà la fin, et donc l’heure d’assister à la prestation de Sun Glitters, un autre de mes coups de cœur découvertes de Dour 2012. Et si ce live fût légèrement plus mou que celui de Richard Colvaen (et méritait peut-être donc sa place avant dans la programmation, histoire d’être cohérent), on ne peut nier que c’était de toute beauté. En effet, une fois de plus, on passe ¾ d’heure avec la tête ailleurs. On se laisse emporter par les mélodies et les beats toujours aussi efficaces. Bref, merci à ce jeune artiste luxembourgeois pour ce voyage de fin d’après-midi. On en redemande !

Sun Glitters – « High »

Mais il faut bien l’avouer, si on a passé cette dernière heure et demie à  planer, la fatigue physique nous a vite fait redescendre. Alors, après un détour par Le Petit Bois (véritable endroit paradisiaque du festival où il est possible de se poser sans se mouiller), on se dirige vers le camping pour une sieste bien méritée. 1h30 plus tard, retour sur le site pour voir Shlohmo, un autre artiste dont mon compère et moi attendions beaucoup. En effet, on avait découvert cet artiste courant 2012 et c’est avec un réel plaisir qu’on écoutait ses différents albums, sortis au cours de ces trois dernières années. Dans la veine des artistes précédemment vus et cités, son univers se situe entre hip-hop posé et électro planante. Malheureusement, ce jeune californien sera bien en dessous de nos attentes … Car si l’on sort de la sieste, il faut bien quelque chose pour nous réveiller, et ce n’est pas son live qui va nous aider. C’est encore plus à deux de tension que ce qu’on a vu précédemment, et, il faut bien le dire, c’est presque ennuyant.

Shlohmo – « Just us »

On décide donc de partir avant la fin, histoire de voir pour une énième fois les Puppetmastaz. Car même si on n’attend pas grand chose de ce live (au vue des échos de leur concert il y a deux mois à Bruxelles, c’est toujours la même chose ; et puis on n’aime pas spécialement leur dernier album), on sait que ça réveille, et qu’il y a toujours moyen de se marrer, un peu. On arrive sous le chapiteau alors que leur set est déjà bien entamé, et c’est blindé jusqu’à la gueule. Il nous est quasiment impossible de rentrer dans la foule, mais on veut voir les marionnettes, alors on force le passage. Et après quelques minutes de lutte pour ne pas faire tomber notre bière et arriver à voir quelque chose, le terrible verdict tombe : c’est en effet toujours la même chose. En moins bien. Il y a toujours les mêmes marionnettes, de Yoda à Peggy, et plus ou moins les mêmes blagues que celles qu’ils nous ont balancés ces six dernières années. Bon, soit. Mais la surprise ne s’arrête pas là. Si le groupe allemand a l’habitude de venir sur scène démasqué pour jouer deux-trois morceaux, là c’est carrément toute la fin du set qu’ils font sous nos yeux ébahis. Du coup la sauce ne prend vraiment plus, et même si on a un petit sourire et l’envie de danser en entendant ce bon vieux « Midi Mighty Moe », on ressort complètement indifférents de ce concert.

Puppetmastaz – « Midi Mighty Moe »

Une fois n’est pas coutume, direction l’espace presse pour s’abreuver et de se reposer, puis les stands de bouffe pour se requinquer. Le temps passe, vite, et c’est déjà l’heure de Foreign Beggars. Nous allons à ce concert complètement conquis d’avance, tant leurs albums et performances live sont d’une qualité indéniable. Ce groupe londonien a en effet été la surprise hip-hop électro de ces deux dernières années. Si, la première fois que je les ai vu en 2010, il n’y avait pas foule (tout du moins au début du concert, car un des MCs (dieu Orifice Vulgatron), tout seul ce soir-là, a fait un tel show qu’il a rameuté tous les gens liquéfiés après le concert de Cypress Hill), ce groupe est devenu un véritable phénomène mondial en l’espace de quelques mois. D’ailleurs on a l’impression qu’ils sont en tournée depuis deux ans, et qu’ils sont présents sur toutes les scènes, qu’elles soient électro, dubstep ou rap. Et c’est tant mieux ! On avait été légèrement déçus par leur concert aux TransArdentes en février dernier, mais le problème venait du son complètement foutraque qui ne nous permettait pas d’entendre les voix (forcément, ça aide pas). Mais cette fois-ci, il n’en est rien, et c’est une belle claque sur le museau que l’on prend. Alors qu’ils attaquent leur set par des morceaux hip-hop sous un chapiteau rempli, le ton change peu à peu pour finir dans une ambiance de folie où se mêle électro, drum n’ bass et dubstep. Le public a le sourire, bouge, saute, en redemande. Pas de problème, les Foreign Beggars assurent et reviennent pour un premier rappel. Tout le monde semble comblé. Sauf moi. En effet, on commence à sortir du chapiteau, et je dis à mon binôme, un peu déçue, « dommage qu’ils n’aient pas joué « Shellshock » quand même ». Et là, telle une bénédiction, le groupe revient sur scène en hurlant « séparez-vouuuuus !! ». Mon visage s’illumine. En effet, le groupe a une « tradition », celle de faire un wall of death (ou séparer la foule en deux tel Moïse afin que les deux moitiés se rentrent dedans dans un pogo de folie furieuse) sur ce morceau mythique qu’est « Shellshock » (morceau en featuring avec Noisia, et présent sur le dernier album de ces derniers, Split The Atom). Et vaillants comme nous sommes, c’est évidemment dans les premiers rangs que nous nous trouvons afin d’être dans le noyau dur de la chose. On prend cher, on a mal, mais on a le sourire, et on repart donc complètement comblés de cette heure de pur bonheur.

Foreign Beggars feat Noisia – « Shellshock »

On se dit que ça va être dur de faire mieux pour la soirée, mais on donne tout de même sa chance à araabMUZIK. Vous savez, ce mec dont la vidéo a tournée sur le net car il mixait un morceau de Skrillex sur une MPC à une vitesse affolante. Et bien comme quoi, ça sert d’être une star de Youtube : le chapiteau est blindé. Et même si on doit admettre qu’en effet il utilise ses doigts avec une dextérité et une rapidité affolante, la musique qu’il nous délivre est tellement basique que la prestation en devient presque ennuyante. C’est du vu et revu, et même sa technique ne prend plus.

Araab MUZIK – Dubstep Live

On attend donc la fin du set pour voir celui de DJ Food qui joue après au même endroit. On ne connaît pas bien cet artiste, mais on sait qu’il est signé sur Ninja Tunes, alors on se dit que ça doit valoir le coup. Et c’était certainement le cas, mais le son est tellement fort qu’il nous fait fuir au bout de quelques morceaux. On se dit que c’est dommage car dans le premier quart d’heure, le monsieur a tout de même balancé du Amon Tobin, du Beastie Boys (RIP) et autres classiques du genre, mais le volume est beaucoup trop élevé, alors malgré nos bouchons d’oreille, on préfère partir et se dire qu’il vaut peut-être mieux rentrer dormir, car une grosse journée nous attend le lendemain.

Dj Food – « Turtle Soup »

 

A suivre …

 

 


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