Cela fait un certain temps que je n’avais rien écrit, la faute à un agenda surbooké, un manque flagrant d’actualités intéressantes et une panne totale d’idées (une seule de ces assertions est vraie, à vous de trouver laquelle). Et alors que je m’apprêtais à prendre ma plus belle plume d’oie pour signifier à notre rédacteur en chef bel homme la fin de ma collaboration avec son jeune et pétillant magazine, je tombais sur le dernier clip de Zaz. L’honneur était sauf. Pour moi, pas pour elle.

Chère Zaz,

Avant de rentrer dans le vif du sujet, et afin de couper court à tout malentendu, si j’écris « chère » c’est avant tout dans un désir de bienséance, car laisse-moi te dire que je ne t’aime pas, mais alors pas du tout, ou pour être plus précis, je n’aime pas ta musique, ses paroles, et ses messages. Je suis donc prêt à le dire, et ce sans jamais t’avoir adressé la parole, je te considère comme une des pires choses qui soit arrivée à la scène française depuis Nicola Sirkis. C’est dire.

Chère Zaz, donc, la première fois que j’ai entendu un de tes titres, ou regardé d’ailleurs, puisqu’en plus de commettre des chansons, il a fallu que tu nous imposes ces clips grotesques qui arrivent en trois minutes, la performance est notable, à réunir tous les clichés du hippie des années 2000 ; la première fois que j’ai vu un de tes clips disais-je avant d’être inconsidérément interrompu par moi-même, la première fois, ma chère Zaz, j’ai vomi.

Il est de nombreuses raisons pour dégobiller son quatre-heures sur un comptoir : en vrac, l’alcool, la maladie, des moules pas fraîches, ou, pourquoi pas, un film d’Ontoniente. Mais là, c’était la première fois que je rendais tripes et boyaux à cause d’une chanteuse (depuis lors, j’ai pris l’habitude d’exprimer mon mécontentement musical en réagissant de la même manière, c’est subtil, élégant, et ça laisse peu de place à l’interprétation).

Ma douce étoile, tu te demanderas sans doute les raisons d’une réaction que je t’imagine trouver au mieux excessive. Ça me paraît clair, dans ton titre « je veux », carton des charts 2010, on trouve tout ce que je ne peux pas blairer. Dans la musique, soit, mais aussi dans la vie : la démagogie, les sarouels et le kazoo. Il ne manquait qu’un feat avec un chanteur de r n’b, et une apparition de Hugh Jackman, et je montais sur Paris pour te péter la gueule, toute idée de galanterie à la française mise au rencard par la démence pure et simple. T’es passée à ça.

Bon, soyons honnêtes, pour les sarouels et le kazoo, je ne dis pas, c’est complètement subjectif et ça relève plus d’une période de ma vie que je tends à vouloir oublier plutôt que d’un simple parti pris esthétique, mais la démagogie, ça non, c’est pas possible. On a déjà Tryo et Soprano pour ce créneau, et ils le remplissent au-delà de toutes espérances.

Ma petite caille, m’enfin, qu’est-ce qu’il t’a pris ? Ton parcours musical est honorable, après tout, voire même marrant quand on écoute « Aveyron mon pays » (un petit rap rafraîchissant sur lequel tu avais posé à l’époque), alors pourquoi se fourvoyer dans la merde à deux balles que même Sinsemillia dans ses périodes les plus sombres aurait repoussé du pied d’un air dédaigneux ? J’aurais pu passer au-dessus, car après tout, tu as une voix que je qualifierais hardiment d’intéressante, mais il a fallu que tu en remettes une couche, et que tu reviennes pour un second album, dont le titre phare, « on ira », semble être dans la droite ligne du précèdent…

A la question posée ci-dessus, j’apporterai deux éléments de réponse : le fric, évidemment, et la reconnaissance. Le fric d’abord, car quoiqu’en disent tes chansons, tu ne sembles pas franchement insensible à son charme, et bien que, comme tu l’annonces, « c’est pas votre argent qui fera mon bonheur », aies au moins le mérite de rajouter dans un de tes futurs titres qu’il y participe grandement.

Peut-on t’en vouloir de donner ton cul au Grand Capital ? Certes non, il m’arrive moi-même de déguster un mac do de temps à autre, et de jeter les restes au premier djembé man qui passe. Mais bon, de là à chanter la chanson de l’été sur TF1 et faire Les Enfoirés, il y a un pas que je ne saurais franchir.

La reconnaissance ensuite, car, mon lapin, tu es l’exemple même de l’artiste avec des idées et une philosophie qui vend son âme pour arrêter la galére et manger à sa faim, ce qui, une fois encore, n’est pas condamnable en soi, mais relève d’une forme de pensée qui est loin d’illustrer tes chansons. Car s’il est logique d’en avoir marre de chanter sur les trottoirs de Montmartre, et d’écumer les bars pour difficilement remplir ses quotas de cachets d’intermittents, je m’interroge sur la manière.

Mon petit canard en sucre, tu as été élue chanteuse préférée des français en 2010 (oui, c’est triste) mais, entre nous, est-ce que tu n’as pas un peu de mal à te regarder dans la glace le matin, avec cette salope de conscience qui vient te rappeler que ce n’est pas super bien ce que tu fais ? Si tu te sens légitime et que, selon toi, tes textes ne sont pas en complet désaccord avec ce que tu fais pour vivre, alors je te souhaite une longue et heureuse carrière où tu pourras prêcher contre la faim dans le monde assise dans ta limousine avec chauffeur. Ce baltringue de Rafael, un de tes auteurs, pourra sans aucun doute te conseiller sur le sujet.

Tout ça pour dire, ma zazounette, que je ne t’en veux pas – comment le pourrais-je – mais saches cependant qu’en mon for intérieur je te méprise. Cependant, j’aime à croire qu’en une autre époque, tu aurais pu avoir une belle vie de chanteuse de Jazz, et ça me rassure un peu. Je me dis que c’est n’est pas forcément toi qui est pourrie, mais le système.

Et au final, si cela peut te rassurer, saches que je méprise aussi les hommes politiques qui clament leur innocence en sachant pertinemment qu’ils sont cuits, les journalistes du Figaro et de Libé’ pour qui la conscience professionnelle n’est qu’une expression désuète, et les intégristes de tous poils qui font passer les vrais croyants pour des crétins décérébrés. Et que ça aussi, quelque part, c’est un peu démago…

Amicalement,

Matt H.

P.S. : tu ne m’en voudras pas trop de ne pas m’étendre sur ton dernier single, je viens de déjeuner et j’ai des chaussures neuves.

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