Le Rap c'était mieux maintenant

…ou c’était mieux demain, comme l’affirmaient récemment les membres du groupe de rap à succès 1995. Je n’ai pas d’affinité particulière pour ce qui est de 1995, mais cette assertion a fait re-naître en moi l’envie d’un papier sur le sujet.

Ceci est un simple article d’opinion, en l’occurrence la mienne. Je ne me prétends pas posséder la science infuse en matière de rap. Je ne peux non plus prétendre à une quelconque objectivité ; j’ai bientôt 25 ans et j’ai donc une inclinaison naturelle pour le rap des 90’s, le old school comme il est de coutume de le nommer.
J’ai grandi avec des groupes devenus cultes comme NTM, IAM, Lunatic, 3ème Oeil, Oxmo, X-Men…pour ne citer que les premiers exemples qui me viennent à l’esprit.

Allez, pour le plaisir :

IAM – Demain c’est loin

Malgré tout, j’écoute au quotidien ce qui se fait en matière de rap. Je ne suis pas de ces éternels passéistes, aigris et réfractaires au changement. Je ne demande qu’à découvrir de nouveaux artistes pour me faire vibrer, réfléchir, m’accompagner au quotidien : des jeunes qui font encore un effort en terme de rédaction, qui soignent tout à la fois le fond et la forme, respectant en cela l’essence même du rap : Rythm and Poetry.

De manière générale, je déplore actuellement une certaine dérive mercantiliste du rap en France, et dans une moindre mesure aux Etats-Unis (l’offre étant pléthorique, on trouve toujours à boire et à manger!).

J’aurai pu ici parler de Booba, un artiste pour lequel j’ai eu, plus jeune, beaucoup d’estime. Je ne me retrouve pas dans ses choix actuels mais je les comprends. C’est finalement assez révélateur de la scène rap dans son ensemble : appauvrissement du message (autour d’un triptyque femmes / cash / drogues), importance croissante du beat et retour du clash, en veux-tu, en voilà.

Pendant longtemps marginalisé et interdit de cité, le rap s’est fait une place sur les ondes grâce à des artistes plus consensuels, plus légers, plus « politiquement correct ». Le rap est désormais devenue une véritable poule aux œufs d’or.

Penchons nous quelques instants sur Sexion d’assaut. Porte-étendard et emblème du triste virage entrepris il y a quelques années par la radio Skyrock. Ce groupe incarne le politiquement correct du rap. Aucun message, aucune profondeur. Juste un gros beat qui tâche, du Wati By night, du Wati B va faire ses courses, etc…En dehors d’un dérapage homophobe, plus ou moins bien contrôlé, le groupe a tout pour plaire aux radios.

A l’inverse, les rappeurs dits conscients (avec une véritable profondeur de texte) semblent avoir disparu de la circulation. Ils sont d’autant moins médiatisés que les salles ont encore peur de programmer du rap avec un message potentiellement violent ou politiquement incorrect.

Heureusement, il reste encore quelques artistes, de l’ancienne et de la nouvelle génération, qui arrivent à me faire hocher la tête et à se constituer une base de fans suffisante pour espérer vivre de leur passion commune : La Rumeur, L’Indis, Scylla, Rocé, Kery James, Rockin’ Squat, Flynt…

Alors le rap, c’était mieux avant? Probablement et cela n’engage que moi.
Plus linéaire aussi. Ne nous plaignons pas de cette diversité grandissante, de certains mélanges des genres parfois très réussis (je pense notamment aux incursions de l’electro dans le rap), parfois moins (Snoop Lion).

Pour éviter un trop grand nivellement par le bas et la disparition pure et simple des rappeurs véhiculant un véritable message, allez au concert, continuez à acheter des galettes et éteignez votre radio 🙂

Souhaitant, à mon humble niveau, participer à la démocratisation du rap que j’apprécie, je présenterai dans différents billets à venir, des artistes que je souhaite voir profiter d’un rayonnement plus important auprès de tous les vrais fans de rap.

Par Pierre Arm


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