Il est des questions que l’on se pose, d’autres que l’on subit de plein fouet. C’est sur la base d’une expérience répétée de trop nombreuses fois que celle-ci m’est apparue : le bon goût, musical j’entends,  est-il soluble dans l’alcool ?

C’est en me réveillant un lendemain de cuite, et sous le regard lourd de sous-entendus de mes amis que le doute s’installa. Après une brève discussion, parsemée de lazzis et de quolibets, la réalité vit le jour, et mon cerveau embrumé devait faire face à l’évidence au vu des vagues réminiscences de la veille que mes soi disant potes avaient fait remonter à la surface. J’avais encore une fois deconné.

Oui, à ma grande honte, j’avais encore fini la soirée en chantant à tue-tête le dernier titre des Black Eyed Peas ou d’une quelconque autre merde radiophoniquement matraquée. Me prenant la tête dans la main, je m’isolais un moment, histoire de me remettre les idées en place, et la lumière vint. L’Homme (le vrai, celui avec un grand H) a depuis toujours renié ses goûts musicaux sous l’effet débilitant de la bibine, et personne n’a jamais rien fait pour remédier à cet état de fait.

N’étant pas spécialement d’humeur à trouver un remède contre les goûts de chiotte en soirée, j’ai décidé d’établir à la place un barème, une sorte d’échelle de Richter du bon goût musical. Ça plaira aux hipsters, et perso,  je m’ennuie un peu en ce moment.

Les postulats de base:

Bref, dans un premier temps, il me semble important de poser quelques postulats :

1/ Quand je parle de bon goût, je parle évidemment du mien. Ce n’est pas ma faute si le reste de la population à des goûts discutables.

2/ Il faut considérer les B.E.P. et autres David « one finger » Guetta comme de la musique. Ce qui n’est pas à proprement parler évident, je vous l’accorde, et pourrait faire l’objet d’une autre étude.

3/ Pour plus de clarté, la boisson référence de base sera le whisky coca. Les mélanges d’alcool fausseraient la donne et feraient rentrer en ligne de compte de trop nombreux paramètres.

4/ Nous considérerons que toutes poudres, pilules ou plantes auront été proscrites au préalable. Les drogues, naturelles ou chimiques, ne dissolvant pas le bon goût mais le déplaçant, parfois très très loin.

Ceci étant clairement établi, nous pouvons  mettre en place l’«expérience».

L’expérience:

Commençons par trouver un sujet. Mâle de préférence, puisque les femelles réagissent en général différemment à l’état de transe éthylique (sans compter qu’elles ont généralement un goût musical de merde à la base, ce qui, encore une fois, fausserait l’expérience). Prenons-le adepte de la dive bouteille par la même occasion, ça facilitera les choses.

Appelons le Luc. S’il résiste, ou rechigne à changer de prénom, appelons le connard. Ne l’informez pas, dans la mesure du possible, du but de l’étude. La perspective d’une soirée arrosée gratuite devrait de toute façon le motiver à la base.

Maintenant, bourrons le de whisky-coca jusqu’à plus soif, mais sans atteindre le point de non-retour, ce qui aurait pour effet de lui faire rendre tripes et boyaux, et n’aurait aucun intérêt pour l’effet que nous recherchons. A noter que pour ce stade de l’expérience, l’utilisation de jeu à boire n’est pas nécessaire, mais bien plus amusante.

Il est également important de prévoir une personne extérieure qui changera la musique au fil de la soirée, suivant un plan bien établi où l’on dérivera petit à petit de classiques universellement reconnus (Jimi Hendrix est un bon classique universellement reconnu) vers des groupes dont le taux de bongoûitude (oui, c’est un nom commun, vous pouvez vérifier sur Wikipédia) prête plus à l’interprétation personnelle. Je vous renvoie à ce sujet vers l’étude du professeur Robert Huche, Les années 80 en musique, 2011.

Le sujet, l’esprit de plus en plus embrumé par les vapeurs éthyliques, protestera un peu du dégradement musical progressif, mais mollement, et l’on observera son pied taper la cadence, comme malgré lui.

Vers 2h du matin (pour une expérience ayant commencé approximativement vers 22h), un des observateurs escamotera discrètement le reste de whisky et donnera le signal à une partenaire (si possible bien gaulée) qui déclarera «y’a plus rien à boire, on va en boite» ?

Observons le sujet : il est partagé entre la fatigue, le sentiment de traquenard qui, de loin en loin, s’empare de son esprit, et l’envie de continuer à rire et picoler avec ses potes. Il est ferré, le piège se referme.

Il finira bien sûr par aller claquer son fric dans un quelconque club pourri, tout en essayant d’attirer l’attention des trois radasses du fond de la salle en chantant de la musique de merde.

Triste.

La formule mathématique qui explique tout:

A la lumière de cette expérience, il nous est maintenant possible de définir une sorte de barème de bongoûitude (avec ses hauts, mais surtout ses bas : pour exemple le chant à tue-tête de Pitbull ou Lady Gaga place du Capitole à Toulouse un dimanche matin tôt..), ceci grâce à une toute simple équation mathématique. Préparez-vous, c’est énorme :

Soit A le coefficient de bongoûitude, D le degré d’alcool dans le sang, x le nombre d’heures passées à boire, Q le nombre de biatchs dont le sujet souhaite attirer l’attention, et enfin J le nombre de chansons cool passées par le  Disc-jockey. Ce qui nous donne :

Ce brave Luc a donc un coefficient de 6,3 sur l’échelle de White. CQFD.

Je vois ça et là quelques regards circonspects. Il est vrai que malgré la fulgurance et la limpidité du raisonnement, quelques questions subsistent :

1/ Quel barème pour l’échelle de White?

Un barème de 1 à 10 me semble pertinent. 1 étant la bongoûitude musicale incarnée (Jack White, donc) et 10 le coma musical. On notera à ce propos que 10 n’est pas une limite, mais plutôt un point de non-retour.

2/ Cette échelle n’est-elle applicable qu’en cas de soirée alcoolisée?

Eh bien oui. Elle ne sert après tout qu’à prouver mon propos , qui veut que le bon goût soit solvable dans l’alcool.

3/ Pourquoi un tel génie se gâche-t-il à ITMM au lieu de poursuivre des études à CalTech ou Harvard ?

Pour la bonne et simple raison que les américains ne savent pas boire, mon jeune ami. Il suffit de regarder leurs Teens movies. Un fût de 5 litres pour 50 personnes et tout le monde est bourré. J’ai besoin de sujets sérieux pour mes expériences.

Voilà, j’espère que cette démonstration saura vous être utile pour vos prochains lendemains de cuites, et puissent les dieux vous accompagner dans votre quête.

Huche mass

Le professeur Matt H.


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