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C’est environ deux jours avant le concert que Pierre (pour les photos) et moi-même (pour le « reste ») recevons nos accréditations pour cet évènement que j’attends depuis l’ouverture de la billetterie. Ma place je l’ai en poche depuis deux mois. Quoi qu’il aurait pu arriver je ne pouvais pas laisser passer le retour de Gesaffelstein, à Toulouse, au Bikini (après un an d’absence, il me semble). Mais cette fois-ci c’est lui la star, c’est sur son nom que les places se sont vendues jusqu’à rendre la soirée sold-out. Il n’est pas accompagné par Brodinski, c’est même lui qui accompagnera Maelstrom et Louisahhh!!! durant l’after prévu pour l’occasion. C’est d’ailleurs cet after qui aura achevé de convaincre les plus sceptiques qu’une nuit pour le moins potentiellement exceptionnelle les attendait.

Et on ne peut pas dire que l’on se soit trompé…

21h: Arrivée sur place pour les deux professionnels que nous sommes. Enfin, de véritables professionnels se seraient certainement douté que la première partie (assurée par C.A.R) ne débuterait pas avant 22h voire même 22h30. Donc repérage de lieux que nous connaissons par coeur et attente du commencement des hostilités. On peut effectivement parler d’hostilités tant les performances de Gesaffelstein en live sont habituellement oppressantes, puissantes, noires…très noires… L’album, Aleph, nous le connaissons (lire la chronique, juste ici) et nous attendons de voir ce qu’il va donner en live. Jusqu’à présent le petit prince de Bromance tournait, beaucoup, mais sans véritable album à présenter au public. Pas mal de titres ou de remixes mais pas d’album à proprement parler. Quelques interrogations étaient d’ailleurs nées à la sortie de ce dernier. Comment quelqu’un qui, pendant des années, a pu mettre dans des états transcendentaux des milliers de publics différents à coups de titres tels que Viol ou OPR (pour ses plus gros hits, ses sons les plus reconnaissables) va-t-il nous amener à apprécier des morceaux comme Wall Of Memories ou Aleph (pour ceux qui suscitent le plus de questionnements en ce qui me concerne, entre autres) dans le cadre d’une performance live globale?

Cette question trouvera sa réponse, une bonne réponse, mais plus tard dans la soirée.

En attendant il est un peu plus de 22h et C.A.R débarque sur scène. C.A.R c’est le nouveau projet solo de Chloé Raunet (ex-Battant). Son son est plutôt cool et même moins dark que les sons que j’avais pu entendre il y a peu. Elle est seule sur scène, avec son clavier et nous embarque dans un univers, son univers. Quelque part entre You Love Her coz she’s dead et Chvrches. Oui c’est assez vaste, je m’en rends bien compte, mais il est assez compliqué de bien définir certains sons à tendances electro sans tomber dans le name -dropping. La salle du Bikini n’est pas assez remplie à mon goût et c’est dommage, pour ceux qui ne sont pas là. Cependant, un reproche est tout de même à effectuer auprès de je ne sais pas vraiment qui: le jeu de lumières est totalement absent de cette première partie. Que l’on en garde sous la semelle pour Gesaffelstein n’est pas un crime, il va falloir assurer à ce niveau là. Mais que l’on ne fasse quasiment rien pour C.A.R c’est encore une autre histoire. Ou alors cela est de son fait, auquel cas je ne peux que me contenter de me taire et de n’y rien comprendre.

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23h, en gros: C.A.R a fini son concert depuis quelques dizaines de minutes, les lumières se sont totalement rallumées depuis un moment et le Bikini s’est bien rempli. Tout le monde attend maintenant l’arrivée de Gesaffelstein sur scène et l’excitation est palpable. Une parenthèse s’impose, d’ailleurs. La salle semble contenir pas mal de  « jeunes filles en fleurs » dont la logique échapperait (et échappe toujours, pas de raisons) à pas mal de sympathisants de musique électronique. Il est en effet toujours surprenant d’entendre des personnes répondre à la question « qu’est ce que t’aimes chez Gesaffelstein? », « ben il est trop beau, déjà… ». Durant plusieurs instants, lors de la soirée/nuit, j’ai bien cru me trouver à un concert de One Direction, les logiques des unes et des autres me dépassant légerement. Refermons la parenthèse et parlons musique, parlons live, parlons « claques dans ta gueule ».

Car aux environs de 23h15 (aucune certitude sur les horaires, vraiment aucune), une fois la scène installée, les lumières prêtes à rendre épileptiques à peu près toute l’assistance et les balances à priori effectuées, Gesaffelstein débarque sur scène. Le show est rôdé, l’attitude faussement dédaigneuse et les basses lourdes. On est en plein dedans et ce qui nous attend s’annonce pour le moins puissant. La salle est baignée dans un noir assez profond, chose assez rare pour être signalée, on ne distingue pas vraiment ses voisins de soirée et ce n’est pas plus mal. Chacun peut, du coup, se concentrer sur la musique et ses effets divers et variés sur ses oreilles, son corps, sa tête…  Le live commence par les tubes de la star du soir. Pêle-mêle on retrouvera Pursuit, Viol et autre OPR, histoire d’être bien certains que nous sommes à un concert de Gesaffelstein. On y est, tout le monde est désormais rentré dans son univers et personne ne souhaite en sortir, pas pour l’instant en tout cas. Je constate en sortant pour aller prendre quelques notes que la terrasse est totalement vide, uniquement occupée par le barman que l’on retrouve chaque week-ends et pour qui j’ai un certain respect tant il rate de merveilleux concerts, semaine après semaine. Lors de mon retour à l’intérieur de la salle l’ambiance a légerement changé. Gesaffelstein s’est calmé, envoie quelques titres plus tranquilles, ceux qui ressemblent à des morceaux de films de science-fiction et pour tout avouer le public ne semble pas perdu, pas plus que je ne le suis. C’est alors que tout prend son sens. Ces titres qui avaient raisonnablement surpris lors de la sortie de l’album trouvent un intérêt. Ils servent de transitions lors des concerts et font redescendre la pression. Pression qui est à son paroxysme depuis quelques temps déjà et qui avait fort logiquement besoin d’être dégonflée. Wall of Memories, Piece of Future et d’autres sont de magnifiques morceaux, d’autant plus lorsqu’ils sont joués en live. Et encore davantage si ils introduisent une dernière demi-heure folle de techno assourdissante.

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Hate or Glory, Trans, Destinations…la suite est à la hauteur des attentes. Les personnes présentes dans le public communient entre elles, avec elles-mêmes pour certaines et, plus étonnamment, avec Gesaffelstein lui-même. Celui que l’on considère assez souvent, et à tort, comme quelqu’un de snob, de distant, ne l’est plus. Il joue avec le public, le provoque mais surtout, lui donne ce qu’il était venu chercher: de l’amour. Mais un amour violent, brutal et dont il n’attend pas forcément de retour. Il sait déjà que tout le public est présent pour lui. Les yeux brillent, la plupart car appartenant à des personnes heureuses de voir ce qu’elles voient. Le contrat est rempli. Le concert aura comporté des tubes, des « morceaux-signatures », des transitions plutôt douces et bienvenues et des pics de violence comme on en avait pas entendu au Bikini depuis quelques temps déjà. Mais de la violence maitrisée, bien amenée, légitime. Ne manquait plus que quelques remixes pour être tout à fait complet…Ce sera chose faite avec une reprise de Black Skinhead, un morceau produit par ses soins il y a quelques mois pour Kanye West (pour l’excellentissime mais injustement décrié album Yeezus). En ce qui me concerne il était impossible de mieux finir, si ce n’est avec un rappel de Viol (étrange phrase après relecture…).

On sort du show avec une boule au ventre. L’excitation, le fait que ça soit la fin, la redescente express apèse une attente qui aura parue interminable. Les explications sont nombreuses. Cependant la soirée n’est pas finie, vraiment pas.

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Louisahhh!!! rejoint la scène pour un live de grande qualité. Live que je n’aurais malheureusement pu voir que par intermittence dans la mesure où il fallait bien trouver un instant pour se reposer un minimum, prendre quelques notes, avant de repartir, jusqu’à plus de 5h30… Après Louisahhh!!! c’est un autre membre de Bromance qui prend le relai, Maelstrom. Et c’est peu après son entrée que l’improbable se produit. Gesaffelstein a encore faim, il veut encore jouer et par conséquent vient filer un coup de main. Un mix à quatre mains, puis à six, Louisahhh!!! ne pouvant s’empécher de rejoindre ses potes (enfin, on suppose qu’il le sont dans la mesure où les choses se passent). Pas mal de temps à plusieurs sur scène, Gesaffelstein qui fait des allers-retours sur scène, demande du feu dans le public…Tant d’élements qui contrastent pas mal avec l’image que l’on peut avoir de lui. Le garçon aime la musique, aime jouer, aime son public et ne passe pas son temps à faire la gueule. Non, il prend même du plaisir à en donner. Lors de sa dernière prestation au Bikini il avait pu sembler drivé par Brodinski (dans la mesure du possible) et ce soir c’est lui qui aura pris le relai. « Le petit prince de la techno » a grandi.

Arnaud (texte) – Pierre (photos) – https://www.facebook.com/askphotographie

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