Eden_movie_2014

Le verre à moitié vide. Un lendemain de fête. Un dimanche comme on les déteste. Amertume et grande mélancolie. Si on devait résumer la chose, Eden parlera surtout aux nostalgiques d’une époque, à ceux qui l’ont construite et vécue. Le film résonnera dans leur tête comme une belle déclaration d’amour, peut-être la plus belle qu’ils aient jamais reçue.

Plastic Dreams de Jaydee, c’est le morceau sur lequel démarre le nouveau film de Mia Hansen-Løve. Un film qui rend hommage à son frère Sven, l’un des fondateurs des soirées Cheers dans les années 90. L’histoire d’un mec qui s’est laissé happer par la musique et le succès. Un cercle vicieux sans fin où s’enchaînent soirées, drogues et filles – des mots aussi alléchants que trompeurs. Eden raconte cette ascension puis cette descente aux enfers en mélangeant souvenirs et fiction dans un contexte historique bien précis.

Car derrière son synopsis aux apparences simples, le film se destine plutôt à un public averti. En effet, en abordant de nombreuses références (radio FG, soirées Respect, fanzine Eden ou la bande-dessinée Le Chant De La Machine), il fait preuve d’une grande subtilité dans ses détails. Photo de Pedro Winter, affiches Cassius, sac Rough Trade, présence de Clara 3000 ou David Blot, Mia Hansen-Løve n’a rien laissé au hasard et a traité cette époque avec grand soin. Pour décoder le tout, on vous conseille de jeter un œil au documentaire Bienvenue Au Club de Dimitri Pailhe ou de lire le très bon article « Le Choeur Des Hommes » paru dans le Snatch de ce mois-ci.

Néanmoins, malgré ses qualités documentaires et son ouverture qui fait rêver, le film nous laisse avec un avis très partagé. En effet, à aucun moment nous ne sommes réellement parvenus à rentrer dans Eden et à vivre avec ses personnages, au point d’en arriver à s’ennuyer et laisser petit à petit l’enthousiasme du début s’envoler. Les dialogues sont expédiés, les scènes trop vite oubliées et le chapitrage en deux parties bien distinctes plombe la narration du film. La musique, l’un des rôles les plus importants du film, est omniprésente et ne laisse à la longue plus aucun répit aux images, jusqu’à les étouffer. Quand à Félix De Givry, sa prestation décevante manque cruellement de passion, son interprétation trop lisse de jeune premier au sourire niais ne transpire rien et pire, agace au bout de cinq minutes. Même Pauline Etienne, une actrice qu’on adore par-dessus tout, peine à trouver sa place.

Malgré de nombreux choix artistiques critiquables, Mia Hansen-Løve nous livre dans le fond un film plutôt pertinent sur le monde de la nuit, particulièrement en seconde partie. Elle touche des points sensibles en montrant les relations superficielles entre les personnages, relations qui dépassent rarement le cadre de ces soirées délirantes où se mélangent drogues et alcools. Elle traite aussi la question de l’amour, de la solitude et du temps qui passe. Passer du sol à la scène, ne pas se préoccuper de son avenir, vivre dans l’instant présent et oublier la dure réalité de l’argent et du travail. Des sensations aussi éphémères que ces soirées rythmées par du son et des lumières artificielles.

On salue également le travail colossal mené sur les scènes de fêtes – à l’ambiance très réaliste avec les lumières de l’époque – mais aussi sur la reconstitution visuelle de certains décors complètement fous. On pense notamment aux images de fin dans le Silencio, avec la présence de Clara 3000. Des images fortes qui traduisent radicalement le changement d’époque dans les musiques électroniques. Parce que les machines du futur accompagnées des talents de demain, c’est aussi ça Eden.

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