Couv_Alain

Ils s’appellent Philippe Squarzoni, Emmanuel Guibert, Joe Sacco… Ils sont auteurs de BD, et ils ont décidé de s’emparer du réel avec leurs dessins, comme l’auraient fait des journalistes avec leurs mots.

Qui a dit que la Bande Dessinée n’était pas sérieuse ?

Fleurissent aujourd’hui sur les étagères des bons libraires des bandes-dessinées qui décrivent un quotidien, défendent une idée, racontent un homme ou une femme. En bref, qui sont de véritables témoignages de leur temps, solidement enracinées dans le monde qui nous entoure.

On fait souvent remonter au mythique Maus de Art Spiegelman cette entrée de la bande-dessinée dans l’ère du reportage.

Document historique de premier plan, l’auteur maus_1y narre la survie de son père à Auschwitz, ce qui lui valut un Pulitzer en 1992.

En réalité, les auteurs de BD font sans cesse appel au monde qui les entoure pour y trouver l’inspiration : Tintin était lui-même reporter !

Mais si le réel n’est jamais vraiment absent des scenarii, il y prend toute sa place ces dernières années avec la parution de nombreux ouvrages qui se veulent « documentaires ». On pourra citer à ce sujet Saison brune de Philippe Squarzoni.

Saison_Brune_1

Véritable travail d’enquête sur le réchauffement climatique dans lequel l’auteur se met en scène et rencontre des « experts » « scientifiques » « chercheurs »… Ce qui donne un OVNI de presque 500 pages, sorti chez Delcourt : dessin en noir et blanc au rythme extrêmement lent et presque contemplatif.

Quelques grands classiques du monde de la BD ont été des précurseurs dans ce sens notamment Le photographe dessiné par Emmanuel Guibert dans lequel on découvre l’invraisemblable périple d’une équipe de Médecins sans frontières dans l’Afghanistan en guerre de 1986. Cette série de trois albums puise toute sa force dans les témoignages de Didier Lefevre malheureusement décédé en 2007 trois jours après avoir reçu un prix au festival de BD d’Angoulême.

Aujourd’hui ils sont noretourcollege_1mbreux à aller dans ce sens. Riad Sattouf malheureusement plus connu pour son film Les beaux gosses que pour ses géniales BD comme Retour au collège qui raconte son retour en classe de 3e à 27 ans, « chez les riches ».

On pourrait évidemment évoquer Guy Delisle et Etienne Davodeau commentateurs avisés de leurs quotidiens respectifs ; ou encore Berthet One qui décrit dans l’Évasion son quotidien en prison où il a passé 10 ans.

Evasion_Berthet One

Sans jamais être voyeurs, ils nous mettent en image des réalités auxquelles nous n’aurions pas accès : photographes sans appareils ou journalistes sans stylos ils ont en général un point commun, la curiosité.

Toutefois, à l’inverse du reporter qui utilise la troisième personne, dans ces albums l’auteur devient personnage use du « je » et se dessine (avec plus ou moins d’autodérision, vous l’aurez compris).

En parallèle, la presse se saisit de cette forme de communication et intègre la BD-reportage dans ses pages. L’excellent trimestriel XXI boucle chacun de ses numéros par une trentaine de pages consacrées à un reportage en BD. Les approches sont aussi variées que les sujets traités (depuis le ramassage des abricots dans la Drôme jusqu’aux femmes voilées du Yémen).Femmes-yémen

Plus récemment, Le Monde a donné la parole au dessin, notamment grâce à ses blogs comme Le comptoir de la BD (malheureusement fermé) et Charlie Hebdo a récemment publié un album sur la vie de Mahomet

On peut se réjouir de ce rapprochement du monde de la BD avec celui du reportage. Longtemps considérée comme un art « mineur », la bande-dessinée gagne – avec la qualité des dernières parutions – de véritables lettres de noblesse. Elle « sort de sa bulle » pour reprendre l’expression de Patrick de Saint-Exupéry.

Pour tous les amoureux du genre, c’est la perspective de belles pages à croquer à belles dents.

Anto

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