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On ne le présente plus. Originaire de Porto Rico, trente ans de carrière avec une trentaine de films à son actif, trois prix, dix nominations, Joaquin Rafael Bottom de son vrai nom n’a pratiquement plus rien à prouver. Et pourtant, il revient plus fort que jamais. Action!

Joaquin Phoenix revient sur nos écrans dans The Master, après une absence plutôt remarquée. Absence durant laquelle il avait fait croire à tout le monde qu’il se lançait dans une carrière de rap. Preuve à l’appui, le faux documentaire I’m Still Here réalisé par Casey Affleck en 2010. Les mauvaises langues diront que le film est inutile et que Joaquin Phoenix est désormais mort, voir enterré. Pourtant, I’m Still Here reste une performance d’acteur où le jeu est poussé et assumé jusqu’au bout, que ce soit dans sa mentalité de dépressif dégoûté de la célébrité ou dans son apparence négligée avec au menu : cheveux sales, lunette de soleil, grosse barbe et prise de poids.

(Joaquin Phoenix dans I'm Still Here)

(Joaquin Phoenix dans I’m Still Here)

 Mais avant toute chose, Joaquin Phoenix, c’est une gueule. Une gueule qui laisse aussi bien transparaître le talent que la torture. Une gueule capable d’assumer des rôles très différents. Il a été révélé au grand public en 2000 grâce à son rôle dans le péplum Gladiator, où il incarnait Commode : un empereur romain cruel et sanguinaire, qui donnait la vie ou la mort d’un simple mouvement de pouce. Mais c’est en 2005, dans l’immense Walk The Line que Joaquin Phoenix atteint les sommets de son art. Pour se mettre dans la peau de Johnny Cash, il apprend la guitare et interprète lui-même les chansons du film. Efforts largement récompensés puisqu’il nous livre avec la ravissante Reese Witherspoon, une prestation pleine d’intensité et de justesse, qu’on peut voir et revoir sans jamais se lasser. Son implication est d’ailleurs tellement importante pour ce rôle, qu’il sera admis en clinique à la fin du tournage.

Cependant, c’est en passant par la case James Gray que Joaquin Phoenix s’est sûrement le plus investit. Devenu l’acteur fétiche du réalisateur, ils ont déjà tournés trois films ensemble : The Yards en 2000 dans le rôle d’un ami aux méthodes douteuses, We Own The Night dans lequel il campe un patron de boîte de nuit dans les années 80 etTwo Lovers où il incarne un amoureux transi pris dans un dilemme cornélien. Oui rien que ça et en plus, une quatrième collaboration vient de se terminer pour la grande fresque historique Low Life qu’on espère tous voir au prochain Festival de Cannes. Le film raconte le parcours d’une immigrée polonaise, contrainte à la prostitution, qui se retrouve tiraillée entre un illusionniste et son mac joué par Joaquin Phoenix.

(Joaquin Phoenix et James Gray sur le tournage de We Own The Night

(Joaquin Phoenix et James Gray sur le tournage de We Own The Nigh

En attendant, on peut largement se contenter de The Master, film qui a signé son grand retour dans les salles obscures, le 9 janvier dernier. Son réalisateur, Paul Thomas Anderson, désirait faire tourner Joaquin Phoenix, il y a fort longtemps, mais ce dernier avait jusqu’à maintenant toujours refusé. Chose révolue puisque son rôle de Freddie Quell, marin alcoolique et violent, est plus que fracassant. Son travail d’acteur est décidément plus qu’impressionnant et nous crache une nouvelle fois à la figure son incroyable folie. Joaquin Phoenix s’est complètement emparé de son personnage et a parfaitement réussi à l’imposer dans The Master, aussi bien psychologiquement, que corporellement. En effet, il a perdu 15 kilos pour interpréter Freddie Quell, il a adopté une posture d’homme cabossé qu’il traine du début jusqu’à la fin du film et pour clotûrer le malaise de son personnage, il porte un rictus qui donne à son visage des allures encore plus folles.

En revanche, futurs spectacteurs, on préfère vous prévenir de suite : n’allez voir ce film que pour la prestation de Joaquin Phoenix en marin alcoolique parfaitement désabusé et pour celle de Philippe Seymour Hoffman en gourou charismatique avide de pouvoir et de gloire. Ces deux derniers sont tout simplement bluffants lorsqu’ils se livrent aux exercices confrontant le maître au disciple. L’investissement est de taille, les limites sont souvent floues et on finit par se poser la question de savoir qui est réellement dominant et qui est réellement dominé. Intéressant.

Joaquin Phoenix dans The Master

Joaquin Phoenix dans The Master

 Mais cinématographiquement parlant, même si la réalisation de Paul Thomas Anderson est une claque pour les amoureux du septième art, elle n’en reste pas moins une claque qui s’avère progressivement ennuyante. Perfectionner ses images est une chose mais délaisser la trame de son scénario en est une autre, bien que celle-ci soit tout de même habile puisque que contrairement à l’avis de certains, The Master ne retrace pas l’histoire de la scientologie. Parce que le défaut de Paul Thomas Anderson, c’est son éternelle insatisfaction. Insatisfaction permanente qu’il l’a probablement directement conduit à faire de son film une performance artistique fâcheuse, de 2h15, qui ne séduit pas. Le réalisateur s’est donc entièrement consacré au chef d’oeuvre et pas à l’histoire. Histoire assez plate où les moments de latence ne pardonnent pas. Histoire qui, bien souvent, reste la véritable âme d’un film, âme qui donne définitivement vie à vos sens de spectateur et qui est censée vous transporter dans ce sensationnel tourbillon de chaleur qu’est le cinéma.

Lucille C.

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