Nous sommes allés à la rencontre de Théo et Ogach, le duo explosif qu’est Jahneration, à l’occasion de leur passage à Castres dans le cadre de leur tournée aux côtés du groupe italien Mellow Mood. Si vous ne les connaissez pas encore, cela ne saurait tarder, car c’est bien le groupe le plus prometteur de la nouvelle génération du reggae français. Ne vous attendez pas au traditionnel reggae roots à la Bob Marley, ici, c’est du reggae teinté de hip-hop, rock ou encore de dubstep que nous retrouvons. Retour sur leur interview.

ITMM : Présentez-vous en quelques mots.

Ogach : Nous nous appelons donc Jahneration, et on est un groupe de reggae hip-hop qui vient de la banlieue parisienne et nous faisons de la musique depuis à peu près six ans.

ITMM : Comment s’est formé Jahneration ? 

Théo : Alors Jahneration ça s’est formé en 2009/2010. Quand on a commencé à vouloir faire du reggae après avoir fait chacun nos armes dans des groupes de rock/punk. Donc voilà, j’ai commencé la scène à 14 ans, comme Ogach. On a fait des concerts de rock, de punk, de metal etc… Ogach est allé beaucoup plus loin que moi puisqu’il a fait un concours qui s’appelle le concours Emergenza. Il a même failli arriver à la boule noire. Bref. On a commencé à faire des petits sons pour les potes de notre lycée, et puis au bout d’un moment on a fait un featuring avec monsieur Naâman qui était pas du tout connu. Il s’appelait encore Ras Naâman, et, en fait, on est tombés pile au bon moment, parce que quand on a sorti la vidéo, Naâman a commencé à monter. Ça ne s’est jamais arrêté, et ça nous a permis de trouver notre public et de former cette nouvelle génération reggae autour de Naâman et de son projet. Donc maintenant nous sommes à notre premier album. On a sorti un EP il y a quatre ans. On fait du reggae hip-hop et on essaie un peu de graviter autour du reggae en voguant à travers des styles plutôt electro-hip-hop tout en gardant cette dominante roots.

« On a envie de faire une musique qui nous ressemble. »

ITMM : Quelles sont vos principales influences ? 

Ogach : Tu peux dire Balavoine. (rires)

Théo : Alors nos principales influences, tout d’abord de la musique jamaïcaine parce qu’on a commencé le reggae en écoutant des one riddim, mais aussi des groupes de reggae un peu plus rock comme SOJA, Rebelution, etc. Puis finalement à force de faire du reggae et du hip-hop, on a commencé à faire du reggae hip-hop. Distant Relatives, l’album de Damian Marley et Nas a été vraiment un projet qu’on a beaucoup apprécié et dont on a voulu s’inspirer. Finalement on s’inspire de beaucoup de groupes différents puisqu’on vit dans une époque où avec internet on peut avoir énormément d’influences. On écoute vraiment de tout, rien qu’à voir Baptiste (leur claviériste) dans le camion qui nous met du France Gall, et du Mylène Farmer. Vraiment on écoute de tout. Donc voilà nos influences d’hier et d’aujourd’hui, de maintenant et d’hier.

Ogach : Ou de demain …

ITMM : Comment en êtes-vous arrivés à mélanger autant d’influences ? 

Théo : Parce qu’on a envie de faire une musique qui nous ressemble et que voilà, on est tout le temps entre quatre feux, on aime la musique et on aime tous les styles de musique.

Ogach : C’est naturel.

Théo : Voilà c’est naturel et voilà c’est comme la vie, la musique. Ça évolue avec la vie, c’est-à-dire qu’on avance, dans la vie on a plein d’influences différentes pour avancer, et puis c’est pareil pour la musique.

ITMM : Niveau composition, quelle est votre démarche ? 

Théo : Alors, pour la démarche on arrive avec des compositions à nous …

Ogach : On arrive luXe comme Yass aussi. (référence à Squa de Nekfeu)

Théo : C’est ça ; on arrive luXe comme Yass, en armure comme Diam’s.

Ogach : Non, niveau composition on se départage bien le travail. On est tous les deux à composer, et y’a des sessions d’enregistrement qui sont organisées avec le reste de l’équipe qui arrange à leur tour les grosses bases qu’on amène quoi.

Théo : Sachant qu’on garde toujours la direction artistique, et qu’on arrange leurs arrangements à notre manière.

Ogach : En fait, on a le dernier mot, sur tout.

« On est dans une démarche de partage, on a envie de partager la musique avec eux, et de recentrer un peu notre projet sur les gens. »

ITMM : Le morceau dont vous êtes le plus fier ? 

Ogach :  Moi j’aime bien One Day.

Théo : C’est vrai que One Day elle ouvre une porte sur un autre style. Elle est deep en terme de thème. Après j’aime beaucoup Run Away aussi, parce qu’elle est mineure reggae, un peu hip-hop, en même temps un peu dub. Et puis après Control Your Tempa, je pense qu’on peut aussi être assez fier de cette tune.

Ogach : On en a pas une dont on est plus fier que les autres. Mais les trois qu’on a cité là, elles sont dans le top.

Théo : Dans le top ouais c’est clair, mais après Deh Ya aussi je pense que tu peux en être fier. C’est Ogach qui a fait toute l’instru il y a trois ans…

ITMM : Des projets pour l’année à venir ? 

Théo :  Une grosse tournée qui se stoppera en 2018.

Ogach : On a le Trianon le 24 mars 2018. Ça va être un gros gros challenge pour nous de faire un Trianon en tête d’affiche, donc voilà, ça c’est un beau projet, et après on va recommencer à se mettre doucement à l’écriture pour sortir un projet tout nouveau quoi.

Théo : Voilà carrément, on a envie de partager en tout cas. Je pense qu’on est dans une démarche de partage, vu qu’on a fait pas mal de premières parties, rencontré pas mal de gens bah on a envie de partager la musique avec eux aussi. Et donc voilà, recentrer un peu notre projet sur les gens, sur comment satisfaire un maximum, élargir notre public et s’élargir musicalement. Essayé de trouver notre pâte quoi. Transformer l’essai du premier album avec un second album qui sera mieux que celui-ci.

ITMM : Que faites-vous à côté de Jahneration ? 

Théo : On se repose, pas le temps de faire autre chose. Déjà dans le projet Jahneration on a  pas qu’un rôle musical, puisqu’on s’occupe de la communication. Notamment Ogach qui s’occupe de tous les visuels, c’est lui qui s’est occupé du visuel de l’album, il travail chez Ovastand.

Ogach : On est tous impliqués à plein de niveaux en fait. On bosse main dans la main avec le label. Toute notre activité est centré autour du groupe quoi.

ITMM : Votre album est sorti il y a quatre mois. Avec du recul il y a-t-il des choses que vous auriez fait différemment ? 

Théo : Franchement cet album on l’a fait en un an d’une manière assez spontanée. On a pas fait de sélection, et on a choisi de garder cet aspect spontané dans l’album. Peut-être que pour le prochain on fera plus de composition. On aura une petite ligne directrice plus définie sans doute.

Ogach : Je pense que c’est ça le principal truc qu’on aurait peut-être fait différemment. On aurait pris plus le temps de se poser pour réfléchir à l’album en tant que concept, parce que là, on a pris ce qu’on voulait mettre dedans et on a pas forcément définit un thème directif.

Théo : Une ligne directrice artistique, ouais. On a choisi de faire mixer l’ensemble des titres par le même ingé son, de faire tout masteriser dans le même truc, donc il y a quand même une cohérence dans tout l’album mais dans la chronologie de son, c’est ça qu’on aurait changé.

« On est un peu les Christophe Colomb du reggae. »

ITMM : Votre gain de notoriété vous a permis d’aller en Inde et plus récemment à La Réunion, quelle est la prochaine destination ? 

Théo : Alors en Inde ça a pas forcément été un gain de notoriété, ça a surtout été un gros travail de la part d’Ovastand, notre label. Et La Réunion, oui carrément, c’est grâce à notre notoriété et au travail aussi du label. Écoute, la prochaine destination, on sait pas encore…

Ogach : On réfléchit à la Chine.

Théo : Oui, on réfléchit à la Chine et à l’Asie quoi. L’Asie c’est quelque chose qu’on aime beaucoup comme partie du monde. Peut-être l’Afrique aussi, de toute façon on a envie d’aller partout.

Ogach : Ouais y’a pas de limite. Y’a pas de limite à la rythmique. (référence à 1995)

ITMM : L’Inde et La Réunion sont convoitées par la scène reggae française en ce moment, pourquoi?

Théo : La Réunion parce que c’est la France.

Ogach : Oui récemment c’est vrai qu’il y a une bonne vague, t’as raison.

Théo : Parce que La Réunion y’a pas mal de moyen pour investir.

Ogach : Parce que la Dodo lé la. (slogan publicitaire pour une bière locale)

Théo : Parce que la Dodo lé la, et l’Inde c’est parce que c’est une terre en friche. On est un peu les Christophe Colomb du reggae.

Ogach : C’est un peu ça.

ITMM : Nombreux artistes tel que Bazil, Naâman, ou encore Biga*Ranx ont fait un détour en Jamaïque. À quand votre tour ? 

Ogach : Probablement cette année. Peut-être pour le nouvel an, nous verrons. On espère.

Théo : Mais du coup c’est une case obligatoire pour peaufiner notre accent, etc. Mais il y a beaucoup de ressources partout dans le monde pour avoir plein d’infos.

Ogach : Ouais, la Jamaïque c’est cool.

ITMM : L’artiste avec qui vous rêveriez de collaborer ? 

Théo : Michel Polnareff…

Ogach : Ouais mais bon ça va être chaud…

Théo : Nekfeu, sinon dans le reggae Tarrus Riley. Un petit Alborosie, moi je serais chaud.

Ogach : Chronixx! On en a une bonne flopée en fait..

→ Flash question :

ITMM : In the morning, vous faites quoi ?

Ogach : On boit un café.

Théo : On se réveille quoi.

Ogach : On check notre téléphone comme des gros geeks du 21ème siècle.

ITMM : Si c’était la fin du monde, quel artiste sauveriez-vous ? 

Théo : Un man qui peut redonner espoir.

Ogach : Un mec qui est vivant du coup… Un mec complet qui fait plein de trucs différents…

Théo : Quel artiste on pourrait sauver ? Bah moi je sauverais Ogach.

Ogach : Oh c’est trop beau ! Vas-y moi je sauverais Théo comme ça on refait. Bah voilà comme ça on reconquiert le monde sur une autre planète. C’est gentil de me sauver, j’apprécie le geste, big up.

Texte et clichés par Alexia. 

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