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Gesaffelstein (de son véritable nom Mike Lévy) est un Dj originaire de Lyon comme…pas grand monde en fait, en ce qui concerne la musique électronique. Son premier album, Aleph, est donc sorti lundi dernier et pourtant sa réputation n’est plus à faire depuis quelques années déjà.

Gesaffelstein, vous connaissez au moins un de ses sons. Que ce soit les entetants OPR et Pursuit et surtout Viol, utilisé pour une publicité il y a quelques temps. Ce morceau est d’ailleurs celui qui, selon beaucoup, marque réellement le « son Gesaffelstein« . Un son ténébreux, puissant, pénétrant et donc violent (oui, c’est habile). Chez ce nouveau « Prince de la Techno française » tout se rejoint. Son look (costard noir), le décorum de ses lives (un épais nuage de fumée l’entoure, généralement), son attitude qui peut passer pour dédaigneuse et, par dessus tout, sa musique.

Car Gesaffelstein est un VRAI compositeur de musique électronique. Un mec qui cherche le son juste et qui nous a déjà balancé pas mal d’EP depuis 2008. En collaboration avec The Hacker avant d’être signé chez Bromance records (et son grand gourou, Brodinski). Le lyonnais faisait donc salle comble depuis un moment car sa seule réputation et la connaissance de certains de ses titres par le public le précédaient.

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Aujourd’hui c’est une nouvelle étape qu’il franchit, une véritable épreuve. Son premier (véritable) album est dans les bacs. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il était attendu. Car c’est une chose de tourner avec une dizaine de titres originaux et quelques remixes. De savoir se faire désirer dans tous les sens du terme et de provoquer l’excitation du (potentiel) fan par sa rareté voire son absence dans tous les médias. C’en est une autre de créer, produire, composer un album.

Pour Aleph ça sera donc 14 titres. Et 14 titres plutôt différents les uns des autres. C’est d’ailleurs en ça que cet album surprend réellement. Gesaffelstein nous a habitué à une techno assez deep, dark et donc violente. Jusqu’alors, ces mixes étaient tous pour le moins « égaux » dans leur style. Ils créaient un sentiment de gène, d’oppression tout en étant très rythmés voire « dansants ». Soyons d’accord, il ne s’est jamais agi de sons taillés pour le dance-floor, encore moins pour la radio mais pour le coup, sur cette galette d’un fort bon goût, on retrouve Gesaffelstein dans un registre où on ne l’attendait pas forcément.

Sa force, depuis le début, c’est, entre autres, de sortir des sentiers battus, de ne pas tomber dans une quelconque hype et malgré tout d’avoir du succés. Pas de dubstep, de collaboration foireuse (ou/et strictement à but lucratif) ou de « French Touch » pour le lyonnais. De la techno à tendance new/cold wave, toujours. Le bonhomme reste dans son univers, ne déroge pas à ce qui a fait et fera sa renommée. Dans ce milieu, ne pas se vendre on appelle ça la classe. Ajoutez à ça du talent et le succés semble mérité.

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Que son album ne ressemble en rien à ce qui se fait actuellement (et qui a du succés) n’est donc pas une surprise. Que l’on y retrouve quelques morceaux lancinants, très peu « saturés » et aux mélodies « calmes » en est une, en revanche. Nameless, Aleph ou Wall of Memories auraient par exemple leur place dans pas mal de B.O alors que la rythmique de Duel fait davantage penser à du Mr. Oizo (avec des « choeurs gothiques » en plus) ou Daft Punk époque Homework, pour le côté techno indus de la fin des années 90.

Pas d’inquiétude à avoir de toute façon, on retrouve ce qui a fait le succés du Dj sur le reste des titres avec les tubes Pursuit et Hate or Glory et surtout (goût personnel et totalement subjectif) Destinations. LE titre phare de l’album en ce qui me concerne. Le titre à partir duquel on se dit « Aaah, voilà, c’est ça que je veux ». Cependant on sent, dès l’ouverture de l’album, que le mec est bourré d’influences, toutes bien digérées (de Kraftwerk à New Order donc, en passant par tout ce qui fait la techno depuis près de 20 ans) et qu’il a entre les mains un véritable don de producteur. Gesaffelstein a tout de même réussi à imprimer sa patte sur Yeezus de Kanye West alors que les Daft Punk sont également crédités sur les morceaux concernés.

Toutefois, si un défaut devait être trouvé à Aleph il s’agirait de l’enchainement des titres. Autant la production de chacun d’entre eux est plutôt géniale, autant leur succession laisse parfois à désirer (Piece of Future, une ballade électro se retrouve « coincée » entre Duel et Hate or Glory, deux gros morceaux très prenants et rythmés, par exemple). C’est bien le seul défaut trouvé sur un album qui prouve que les français aux platines savent, de manière générale, toujours très bien se débrouiller, se réinventer et justifier leur réputation à travers le monde.

Gesaffelstein aura de toute manière l’occasion de prouver que ces enchainements « surprenants » (voire même malheureux, parfois) n’enlèvent rien à ses lives, toujours dotés d’une puissance hors du commun. Il se produira un peu partout dans les mois à venir (au Bikini, à Toulouse, le 30 novembre, par exemple…). Allez-y les yeux fermés, vous les réouvrirez à la fin du concert, peut-être.

Pour écouter l’album c’est ICI.

Arnaud


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