Le mois de septembre à Toulouse c’est celui du Festival International du Film Grolandais qui à clôturé sa cinquième édition le 25 septembre dernier avec comme à chaque fois la volonté de mettre en avant un Cinéma différent. Si cette année c’est le sublime Willy 1er qui à raflé l’amphore d’or du festival ainsi que celle du public, IntheMorningmag a choisi de vous parler d’un autre long-métrage, le premier d’une jeune réalisatrice française qui nous à tout simplement bouleversé.

Un film qui s’appelle Grave c’est déjà bizarre, en soit. On est allés voir ça sans trop savoir ce que ça allait donner, on a croisé Jules-Edouard Moustic dans la queue de l’ABC et on s’est fait la réflexion que c’était plutôt bon signe. Puis, comme dans chaque festival, un intervenant est venu nous présenter l’oeuvre qui nous attendait et nous a parlé du festival de Toronto, la semaine précédente : Les pompiers avaient du intervenir en raison de malaises dans la salle. Il y a peut être une bonne dose de « story telling » derrière l’anecdote mais c’est toujours sympa comme entrée en matière. Après la séance, si le film est effectivement super particulier (on va y revenir), on se dit quand même que c’est difficile de faire un malaise à part en étant particulièrement fragile. Une dizaine de spectateurs toulousains quitteront cependant la salle en cours de projection, sans doute pour éviter la syncope.

Nous sommes quant à nous restés jusqu’au bout ce qui nous a donné l’occasion de voir un très bon film, premier long-métrage d’une jeune réalisatrice française, Julia Ducourneau. Un film qui se situe à la frontière du teen movie, du drame et du film d’horreur avec un dosage très maîtrisé qui permet ce mélange détonnant. Une prise de risques que l’on aimerait voir plus souvent dans le Cinéma français.

Grave est un film qui parle de la découverte de soi et du passage à l’âge adulte, comme la plupart des teen movies, et des films d’horreur mais ce qui le caractérise c’est que cette découverte s’accompagne de celle de la monstruosité. Car s’il n’est pas difficile de déceler la métaphore du désir sexuel sous-jacente c’est bien quelque chose de monstrueux que va vivre l’héroïne.

Justine est une ado de 16 ans surdouée scolairement, ce qui l’amène à suivre la vocation familiale et à intégrer une école vétérinaire au sein de laquelle sa grande soeur étudie déjà. Issue d’une famille ou tout le monde est vétérinaire, Justine n’a jamais mangé de viande et on devine aisément que si elle est surdouée à l’école elle n’est pas super au fait de ce qui intéresse les étudiants plus vieux avec qui elle se retrouve à l’école: globalement l’alcool, le sexe, la fête.

Tradition estudiantine oblige, Justine se ramasse en pleine tronche un bon vieux bizutage bien hardcore à base de seaux de sang, de grosse fête pleine de sexe et de rock n’ roll et de dégustation d’un rein de lapin cru accompagné d’un shooter. C’est ce bizutage qui va être à la base de tout. A partir de cet instant Justine va commencer à se découvrir, en tant que jeune adulte animée par des désirs parfois contradictoires, par la volonté de trouver sa place et de s’intégrer dans un groupe, mais va aussi et surtout découvrir un désir qui la dépasse et l’inquiète: manger de la viande.

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C’est là l’une des principales forces du film de Julia Ducourneau, nous faire ressentir de l’empathie pour un personnage auquel on s’attache forcément, vaillante petite gamine ballotée dans un nouvel univers comme une boule de flipper cherchant sa place, entre les études, les rencontres, sa relation ambiguë avec son colocataire homosexuel et la recherche de l’approbation de sa grande soeur… Une gamine qui peu à peu va se transformer en monstre. Car la viande « animale » ne lui suffit très vite plus et Justine passe à quelque chose qu’on imagine plus relevé: la chair humaine.

On devine que c’est le but principal de la réalisatrice, déstabiliser ses spectateurs, choquer leur morale et faire naître en eux des sentiments contradictoires entre attachement pour l’héroïne et dégoût pour son comportement. Un pari réussi grâce à de très bon acteurs (Garance Marillier et Rabah Naït Oufella qu’on espère revoir très vite), mais aussi de vrais parti pris d’images. Tourné en 35mm, Grave est un film esthétiquement réussi, avec de superbes plans larges magnifiquement filmés et des séquences de fêtes surpeuplées terriblement angoissantes car très bien montées.

C’est donc autant le fond que la forme qui mettent mal à l’aise quand on découvre Grave. Qu’un film aux images et à la musique aussi belles traite d’un sujet aussi monstrueux est forcément déstabilisant car cela dégage quelque chose de très malsain mais, aussi bizarre que cela puisse paraître, d’attirant. On a envie que la réalisatrice nous montre des choses, qu’elle filme encore et toujours ces très beaux décors et ces très bons acteurs sans pour autant être sûrs de vraiment vouloir voir ce qu’ils vont faire,  car il s’agit tout de même de cannibalisme et que non, c’est pas très sympa comme façon d’interagir avec les gens que de les manger.

Au final, Grave est un film qui nous a proprement bouleversé. On est ressortis de là avec une furieuse envie d’en parler, de raconter ce que nous venions de voir tant nous étions traversés d’émotions contradictoires et violentes. Quand la lumière s’est rallumée la question s’est posée de comprendre ce que nous venions de voir, ce qu’il fallait en penser, si c’était beau ou glauque, monstrueux ou magnifique. Sans jamais tomber dans le gore bon marché de beaucoup de films d’horreur, Grave magnifie simplement la réalité pour en faire quelque chose de superbement dérangeant et terriblement flippant.

Un long-métrage qui mérite vraiment d’être vu même si il va désormais falloir attendre le 15 mars 2017 pour sa sortie en salle.

Par Pierre

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