L’équipe d’ITMM connait ses classiques et a ses petites habitudes. Faire la tournée des festivals une fois les premiers rayons de soleil apparus en fait partie et si vous suivez notre actualité vous savez que la saison des weekends musicaux a déjà bien débuté pour nous. La prochaine étape, répétée depuis maintenant de nombreuses années se nomme Garorock et aura lieu, comme tous les ans, à Marmande (47). A l’image de ces dernières années c’est à trois jours pleins de découvertes, de lives, de rencontres, de coups de soleil, de nuits trop courtes, de gueules de bois mémorables, de programmation musicale pointue, mêlant tous les genres et allant de têtes d’affiches confirmées à artistes plus obscurs mais aux potentiels ne demandant qu’à être dévoilés que nous nous attendons. Après vous avoir dévoilé une partie de la programmation il y a maintenant quelques temps, vous indiquant par la même occasion ce que l’on attendait le plus du weekend qui arrive il fallait que l’on vous offre un autre regard sur le festival, dans son ensemble. Chaque année, Garorock c’est une accumulation de petites histoires qui nourrissent la grande. Et qui de mieux placé pour nous raconter cette grande histoire que l’un des pères fondateurs de cet événement ?

Créateur du festival, directeur de la programmation, Ludovic Larbodie est notre rencontre du jour.

C’est dans un bar toulousain, au cours d’une fin d’après-midi pluvieuse, orageuse même, que l’on retrouve Ludovic Larbodie. Notre a priori est positif puisque l’on s’attend à retrouver quelqu’un qui baigne dans la musique depuis toujours et qui, en plus de connaitre ses classiques, ne peut qu’avoir une oreille attentive à tout ce qui se fait aujourd’hui, fonction de programmateur oblige. L’idée que l’on pouvait se faire de lui est vérifiée après très peu de temps, une franche poignée de main et des premiers mots fleuris, qu’ils’agisse de musique ou non. La première chose que l’on apprend concernant notre invité du jour c’est qu’il a roulé sa bosse à Toulouse et qu’il n’a pas fait semblant. C’est pas moins de dix-sept ans qu’il a passé dans la ville rose, faisant ce qu’il a toujours su faire de mieux, mettre en place des événements musicaux, programmer des artistes, beaucoup d’artistes, à peu près partout. Ludovic nous parle d’une version de notre ville que l’on n’a malheureusement que trop peu connu. Il évoque une ville qui bougeait, qui savait faire la fête, des scènes extérieures, des bars qui débordaient dans la rue… Ses plus beaux souvenirs en Haute-Garonne ils sont aux Trois Petits Cochons où il avait programmé The Offsprings, au Marin d’Eau Douce, qui avait accueilli The White Stripes (à cet instant précis, toute la rédaction d’ITMM est frustrée, à rebours) ou encore au Cri de la Mouette, quand il avait fait venir The Hives. Ce Toulouse-là on aurait aimé le connaitre et lui comme nous sommes d’accord pour dire que la situation ne va pas en s’améliorant. Tous autant que nous sommes autour de cette table nous en voulons beaucoup à la mairie de Toulouse qui a créé cette situation, qui l’a encouragée. Pour lui c’est la mairie qui a tué les projets culturels et la culture de manière générale à Toulouse.

Plutôt que de s’apitoyer sur une situation qu’il semble compliqué de changer en l’état c’est de l’ordre du jour dont on préfère parler, le festival Garorock. Ludovic Larbodie, s’il a beaucoup exercé à Toulouse n’en demeure pas moins extrêmement attaché à l’endroit d’où il vient, la région bordelaise et plus particulièrement Marmande, là où tout a commencé. Les origines de Garorock ne sont pas des plus récentes, on parle ici d’une véritable institution qui a pris le temps de se développer, qui est partie de loin pour en arriver à être respectée comme elle l’est aujourd’hui.

Tout commence alors qu’il a à peine 18 ans, voire moins. Avec quelques potes il décide d’ouvrir une entreprise de transport permettant de se rendre à différents festivals en Europe, bien avant que n’existent les sociétés de bus que nous connaissons aujourd’hui. L’idée est déjà de permettre un accès à la culture au plus grand nombre. Une bande de potes, de la culture de manière générale et de la musique plus particulièrement, les bases sont posées. La prochaine étape c’est l’organisation de concerts dans un squat, aux alentours de Bordeaux. Ces événements, notamment à Saint-Martial, au bord d’un lac, attirent la curiosité de la Mairie de Marmande et les connexions se font, la prise de contact est concrète. Un créneau musical à prendre, une forte volonté de dynamiser la ville et ses alentours, une bande de jeune fous de musiques et particulièrement volontaires, le mariage ne peut que fonctionner. Ludovic devient directeur de la structure culturelle de la ville, Le festival Garorock est né.

La première édition de Garorock a lieu un samedi soir, sur un vieux parc des expositions et accueille 3000 personnes. Quelques bars alentours sont réquisitionnés et ouvrent également leurs portes à ce concept pour le moins novateur dans cette ville. A titre d’exemple, quinze ans plus tard le festival accueillera 20 000 fans de musique, dans les mêmes conditions ou presque.

Aujourd’hui et après avoir fait ses preuves durant de longues années, Garorock a investi la Plaine de la Filhole et s’impose comme LE festival référence du sud-ouest de la France. C’est là l’un des axes de travail de Ludovic Larbodie depuis toujours, donner aux gens du coin une occasion de découvrir des artistes, confirmés ou non, dans un cadre idyllique et sans avoir besoin de faire huit heures de route. Selon lui les gens ont tendance à se rendre aux festivals les plus proches de chez eux et son rayonnement il l’estime comme couvrant un axe « La Rochelle-Montpellier », ce qui commence tout de même à faire pas mal de monde. Ce qui fait la valeur ajoutée de Garorock, d’après lui, c’est que le site est beau, le plus souvent ensoleillé et que la programmation se veut différente de celles que l’on trouve dans tous les autres festivals estivaux de France.

« La valeur ajoutée de Garorock c’est l’esprit »

Et d’ailleurs, comment se créée une programmation de festival ? La question mérite d’être posée et encore une fois la réponse apportée implique un groupe de potes, travaillant main dans la main et essayant de faire leur maximum pour proposer à leur audience ce qui se fait ou se fera de mieux dans les mois et années à venir. Ludovic participe à une dizaine de festivals, hors du pays car selon lui « c’est toujours les mêmes programmations par ici ». Sélectionner les artistes qui viendront garnir les affiches de Garorock c’est un travail qui se fait très tôt, plus d’un an avant l’événement lui-même. Se déplacer, identifier ce qui est bon, ce que l’on va voir sur scène dans un futur proche puis partager ses impressions avec ses deux autres collaborateurs. C’est ainsi que travaille Ludovic que l’on peut qualifier d’hyperactif car impliqué tout aussi fortement dans Garosnow, Garocamp et dans des projets satellites multiples. Une fois les impressions et coups de coeur échangés, les trois compères doivent être unanimes, chacun ayant le droit de poser ses veto.

Cette programmation, aussi éclectique qu’elle puisse être demeure parfois sujette à débats auprès du public. Des débats qui n’ont a priori pas lieu d’être tant le concept même d’un festival est de proposer un maximum d’artistes en un minimum de temps. Sur l’ensemble des performances à voir sur les différentes scènes il est obligatoire que tout ne plaise pas à tous. Cette année encore de nombreuses voix se sont élevées pour se plaindre, reprochant une programmation pas assez rock et un événement s’éloignant toujours un peu plus, toujours un peu trop de ses « origines ».  Quand on parle à Ludovic Larbodie de ce reproche particulier sa réponse ne se fait pas attendre (et satisfait particulièrement notre équipe), « Le rock c’est un état d’esprit avant tout, ce n’est pas uniquement de la musique ». Pour le créateur de Garorock, « au moment où l’on annonce la programmation il y a 130 000 personnes qui nous envoient des retours positifs et 300 qui nous cassent les couilles ». Les mots sont durs mais le propos a le mérite d’être dépourvu de toute langue de bois. Cette année, parmi les groupes ne bénéficiant pas (encore) nécessairement d’une couverture médiatique énorme il nous conseille Ho99o9 (Horror) qu’il présente comme un mélange de Public Enemy et de Bad Brains, tout un programme.

« Horror c’est le truc à voir cette année, absolument ».

Mais Ludovic Larbodie n’en a pas fini et rajoute une couche sur ceux qui se plaignent de la programmation et, plus généralement, des changements apportés à Garorock.

« Cela fait 25 ans que je rappelle l’essence du festival. Aux mecs qui disent c’était mieux avant je me dois de rappeler qu’avant c’est dans un hangar pourri, naze, le camping était dégueulasse. Fallait y aller en marchant un certain temps ou en prenant des navettes qui cassaient les couilles. On était sur du béton… Les mecs qui gueulent on les connait. C’est ceux qui foutaient la merde, ceux qu’on a foutu dehors. Eux ont le droit de se plaindre et nous de ne pas écouter. »

Pour Ludovic il est essentiel de toujours aller de l’avant, de toujours vouloir améliorer ce qui existe déjà et il constate, année après année, qu’il faut parfois savoir aller contre une partie de l’opinion, quitte à déplaire à une minorité souvent trop bruyante.

« On ne parle jamais assez de tous ceux qui se bougent, mais trop de ceux qui se plaignent, c’est dommage… »

Très honnête, brut de décoffrage, Ludovic n’hésite pas à balancer ce qu’il a sur la coeur et n’a pas peur de déplaire, cela semble évident. Mais de cet entretien, ce que l’on veut en retenir principalement c’est tout ce qui a pu en ressortir d’un point de vue musical. ITMM joue les prolongations et se la joue concert fantasmé en demandant au programmateur son plateau idéal, toutes époques confondues (à noter que nous l’encourageons clairement au mélange des genres au moment de lui poser la question).

La réponse est originale, à l’image du personnage…

– La programmation rêvée de Ludovic Larbodie.

  • Nicolas Jaar
  • Queen of the Stone Age
  • The Very Best
  • Transplant
  • Young Thug
  • Kendrick Lamar
  • Boo-Yaa T.R.I.B.E.
  • Todos Tus Muertos
  • Bérurier Noir
  • Noir Désir
  • Consolidated
  • Fugazi
  • Minor Treat
  • IAM

On se quitte en évoquant l’avenir de Garorock, en parlant des projets que notre interlocuteur a pour le futur de son bébé. Dès cette année un tout nouvel espace de sommeil, plus cosy, aménagé, est mis à disposition, plusieurs activités seront au programme l’après-midi avec notamment des concerts prévus dans l’enceinte du camping…

Tout ceci ne semble être que le début d’une aventure qui aura besoin de plusieurs vies pour être contée comme il se doit.

Retrouvez toute la programmation ainsi que toutes les infos concernant Garorock 2017 sur le site officiel.

Texte par Arnaud

Photo par Pierre

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