Depuis maintenant cinq années consécutives Inthemorningmag et Garorock se retrouvent au début de l’été, à Marmande, pour trois jours, trois soirs et trois nuits de concerts, de soleil, de pluie, de découvertes musicales et humaines… Cinq années que ce festival ne cesse de grandir, de proposer de nouvelles choses, qu’il s’agisse de la programmation des artistes ou de tout ce que l’on peut trouver autour de l’événement en lui-même (pour plus d’informations vous pouvez lire l’entretien de Ludovic Larbodie, créateur/programmateur et directeur du festival réalisé par nos soins). Cette année la programmation était alléchante et pourtant curieuse, oscillant entre têtes d’affiche, artistes en train de tout exploser et potentielles découvertes. Beaucoup de musiques électroniques, de tous styles (on y reviendra), une grosse poignée de rock peut-être pas assez conséquente et quelques hybrides, conséquences de ce que la musique a à proposer lorsque les esprits savent un minimum s’ouvrir.

Certains artistes ont assuré comme on pouvait s’y attendre, d’autres nous ont surpris et se sont avérés être de véritables découvertes alors que quelques uns se sont littéralement foutu de la gueule du monde. Après une légère hésitation il a été décidé de ne pas donner de notes mais plutôt de catégoriser les performances dans diverses catégories.

N.B. : Avant de débuter la lecture de cet article nous préférons vous prévenir tout de suite, nous n’avons pas vu tous les concerts. D’une part parce que nous n’étions que deux, d’autre part parce qu’il faut savoir faire des choix dans ce genre de situation et aussi parce que l’après-midi était à peu près le seul moment du weekend où nous trouvions le sommeil. 

N.B. 2 : Les avis exprimés n’engagent que ceux qui les écrivent et ne concernent que les performances vues à l’occasion de cette édition de Garorock. Il est tout à fait possible qu’un artiste ayant fait un concert de merde à une autre occasion se fasse ici encenser.

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– Encouragements (Découvertes live, positives) –

Batuk

De Batuk on connaissait le son, mêlant rythmiques afro, hip-hop et sonorités house. On peut désormais dire que, pour notre plus grand plaisir, leur énergie folle, en live, ne nous est plus étrangère. Un concert punchy, un son dansant qui aura réveillé ceux qui commençaient à s’éteindre aux alentours de minuit et un collectif que l’on a hâte de revoir, pourquoi pas au Bikini. Il faut absolument continuer à produire toujours plus de morceaux. L’avenir leur appartient.

Her

Les popeux tout proprets de Her ont fait exactement ce qu’on attendait d’eux tout en réussissant le tour de force de faire passer leur public de tout fou à totalement calme en l’espace d’un claquement de doigts. On se laisse porter par des riffs qui paraissent simples mais sont pourtant l’essence même de tubes approuvés ou à venir. La classe sur scène, la propreté dans les mélodies et un jeune âge laissant augurer d’un potentiel à peine exploité.

Mac Miller

Oui, retrouver Mac Miller dans cette catégorie peut étonner mais sa présence ici est simplement due au fait qu’aucun d’entre nous ne l’avait déjà vu en chair et en os. On savait que le mec était une star, on connaissait ses sons mais on ne pouvait pas se douter qu’un dimanche, en plein jour, devant un public qu’on qualifiera de clairsemé il allait absolument tout défoncer. Un rap incisif, des instrus qui font bouger l’ensemble du corps, de la tête aux pieds et une joie démonstrative autant que communicative. Une grosse claque dans la gueule, un réveil qualitatif pour nos oreilles et une soirée qui ne faisait que commencer. Mac Miller, dimanche, on t’a aimé.

Petit Biscuit

Après deux jours et deux nuits totalement folles, boueuses, éreintantes, il était temps que le soleil se pointe, juste un petit peu. Le sol était sec, le dernier soir de concert arrivait et en ce qui nous concerne c’est Petit Biscuit qui a ouvert le bal. Pas grand chose à dire que l’on ne sait déjà sur le jeune dj français si ce n’est qu’il était trop choupinou à nous demander nos avis entre chaque chanson, à avoir l’air presque gêné d’être là, à donner du plaisir à une bande de personnes en redescente de leur weekend. Le son était bon, l’atmosphère planante puis dansante. On notera le sérieux du garçon qui n’a pas voulu être programmé trop tard car il devait avoir quelques matières à rattraper au bac le lendemain matin. A la question qu’il a posé à plusieurs reprises on peut répondre : Oui, c’était très bien. Gros potentiel, continuez les efforts et restez vous-même.

Royal Blood

La claque rock de la rédac’ en ce qui concerne ce weekend. Comment pouvait-il décemment en être autrement au final… Le site de Garorock est fait de telle manière que vous devrez, à un moment ou un autre passer devant certaines scènes même si vous n’avez pas prévu de vous y arrêter. C’est à peu près ce qui s’est passé pour Royal Blood et son rock alternant entre le mélodique et le crasseux mais donnant toujours autant envie de bouger la tête comme un adolescent plus ou moins rebelle des années 60-70. Deux mecs sur scène qui font du bruit comme douze, des rythmiques qui restent en tête un moment et une furieuse envie de revenir en arrière histoire de voir la demi-heure que l’on a raté de cette performance.

Solomun

Le live de Solomun a marqué ITMM, c’est une certitude. Les raisons de ce souvenir encore tenace bien des jours après la performance en question sont multiples mais une revient, immuablement. C’est la scénographie qui aura le plus scotché vos serviteurs. Le son, toujours aussi difficile à décrire, oscillant entre deep house et techno mais offrant quelques instants perclus de montées hallucinantes était bon, rien à redire. Non, ce qui a fait toute la différence avec d’autres performances c’est la qualité du visuel, une hallucination collective qui aura transporté tout le public, du moins on l’espère. Une beauté, une performance artistique dans l’utilisation de la lumière et une maîtrise totale du VJing…On se demande encore comment une telle synchro est possible tant le concert se déroulant sous nos yeux semblait se transformer en une bande dessinée de Frank Miller sur les écrans. Alors oui, le visuel ne peut pas tout faire, on l’entend souvent mais la question mérite d’être posée pour cette performance en particulier.

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– Félicitations –

Justice

Oui, cette catégorie vous rappellera sans doute ces élèves que tout le monde détestait, ceux qui faisaient tout mieux que les autres, qui étaient au premier rang et que tous les profs adoraient prendre en exemple pendant que vous vous passiez votre temps à gratter des antisèches derrière vos règles en métal. Cependant il faut reconnaître, maintenant que l’on est en âge de se mettre à la place de ces profs, qu’il est toujours agréable de tomber sur un travail bien fait, concernant lequel il n’y a rien à redire. Et Justice, comme on pouvait s’y attendre, nous a rendu une copie parfaite, hallucinante de maîtrise. On est passés de gros tubes à extraits du dernier album (album qui mérite que l’on fasse fi des commentaires peu élogieux à son égard et venant de pseudo-puristes) tout en allant se balader dans des remixes insensés. Le jeu de scène est toujours parfait, le jeu de lumière également et c’est à 6h de live que l’on aurait aimé assister. Car oui, c’est Justice qui clôturait ce dimanche soir. C’était beau et cruel à la fois, comme la fin d’un bon weekend.

Mr Oizo

Beaucoup moins bon élève, tout le monde le sait et c’est d’ailleurs cet état de fait qui lui permet de se retrouver dans cette catégorie. Errant dans des eaux troubles allant de déception à félicitations, Mr Oizo nous a habitué à être inégal, à nous laisser sur notre faim et, parfois, à se foutre de nos gueules. C’est pourquoi ce live, sans être parfait et manquant d’une humanité visiblement disparue chez le Dupieux dj depuis un moment, rentre dans les bonnes performances de ce dernier. On se demande toujours si le mec est content d’être là, un minimum, mais au moins les enchaînements se font proprement et le résultat final est à la hauteur des attentes. Attentes qui ont vraisemblablement baissées avec le temps et nous empêchent certainement d’avoir un regard neutre sur le travail du monsieur. Attention à ne pas se reposer sur ses acquis mais une réorientation complète dans le monde du Cinéma paraît tout à fait adaptée…

Phoenix

Si l’on excepte le style musical on peut dire que Phoenix appartient à la même catégorie d’artistes que Justice. Professionnels quoi qu’il arrive, extrêmement propres sur scène, limite fayots en fait…On peut également ajouter à ça le fait que les deux groupes aient une jolie petite renommée hors de France. Phoenix s’était déjà produit à Garorock et ITMM était déjà là. Comme un air de déjà-vu donc mais pas de ceux qui nous énervent et dénotent d’une quelconque fainéantise, loin de là. Non, il s’agissait d’un de ces revivals comme on les aime. Comme si l’on écoutait un vieil album un peu oublié mais dont on connaît les bienfaits immuables. Ecouter Phoenix en live et entouré de potes lorsque l’on a grandi avec cette musique c’est un véritable cadeau fait d’une pop légère et de paroles faciles à chanter à tue-tête, en choeur. Ecouter Phoenix en live, même sous une pluie torrentielle un vendredi soir après plusieurs heures de route c’est une sorte de libération de la joie. Quelle bande de fayots…

Vitalic

Efficace, techno, visuels touchant au sublime, basses parfaitement réglées, heure de la nuit bien avancée…Le mec sait ce qu’il fait, ne montre jamais de véritable signe de fainéantise dans ces lives et semble parti pour faire danser et transpirer le monde entier pendant encore un bon moment. Vitalic en live c’est la promesse d’un pur moment de musique électronique et l’assurance d’une performance toujours au niveau. De lui on n’attend même plus qu’il se casse la gueule un jour. On commencerait même à se demander s’il ne s’agit pas d’un putain de robot. L’élève discret qui n’en fait jamais des caisses mais partira avec une putain de mention très bien.

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– Doivent faire leurs preuves à l’examen –

Kungs

Kungs a de la chance que les deux redoublants aient été réellement en dessous de tout. Il devra cependant en montrer beaucoup plus pour ne pas descendre d’un cran à la prochaine occasion qui nous sera donnée de le voir (pas certain que cela arrive en fait). Un live totalement paresseux fait d’une espèce d’EDM qui rappelait les pires compils Dance Machine. Pas étonnant que le mec ait un tel succès auprès des ados incultes musicalement parlant. De très mauvais titres, une absence totale de travail scénique (qui aurait pu permettre de sauver la face) et un charisme proche de celui de Kev Adams… Un moment gênant qu’on mettra sur le dos de la jeunesse du gars mais quand 24h après tu vois Petit Biscuit il est impossible de s’en servir comme de la seule excuse acceptable.

©ARNAUDANDRE / LACLEF

Mr Oizo

Et oui, gros twist dans cet article avec la deuxième apparition de Mr Oizo! Si l’on reprend tous nos arguments du paragraphes précédents mais que l’on réfléchit comme si l’on n’avait jamais vu le mec en live et bien sa place est tout simplement ici. Doit objectivement faire ses preuves donc mais n’en a de toute façon strictement rien à foutre. Et il a bien raison.

Sam Paganini

Big Sam was in da place et…bof. Non, vraiment, bof. Pour l’avoir déjà vu on était en droit de s’attendre à quelque chose d’un peu plus original mais le qualificatif « drumcode » accolé au nom de son live aurait du nous mettre la puce à l’oreille. Un set drum’n’bass tout ce qu’il y a de plus classique voire chiant. Peut-être que dans un autre contexte de la d’n’b bête et méchante nous aurait suffi mais là c’est de Sam Paganini dont on parle et la déception aura simplement été à la hauteur des attentes. Se repose sur ses acquis et doit mieux faire s’il ne veut pas finir presque anonymement dans un océan de rythmes répétitifs tous copiés/collés les uns sur les autres.

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– Redoublement/Réorientation –

Les personnes présentes à cette dernière édition de Garorock ne seront pas surprises de retrouver dans cette catégorie deux des plus grosses têtes d’affiche du festival et sans doute deux des artistes qui auront coûté le plus cher à programmer. Pour des raisons diverses et parce qu’ils ne suscitaient pas chez nous les mêmes attentes, les reproches ne sont naturellement pas les mêmes. D’un côté, un dj totalement merdique depuis quelques années et dont on aurait pu espérer un sursaut d’orgueil en live et de l’autre une rappeuse/productrice extrêmement créative et dont le talent ne sort visiblement pas du studio…

Diplo

On le savait, cela fait un moment que Diplo n’est plus créatif que pour les autres. Beaucoup de productions, pour tout le monde, beaucoup de business, d’argent brassé et un talent brut totalement évaporé. Naïvement on avait osé imaginer qu’en live et en solo le mec en profiterait pour faire ce qu’il savait faire de mieux, être un vrai artiste. Bien mal nous en a pris. Chaque morceau aura été construit de la même manière. D’abord on envoie un classique de la musique contemporaine et bien merdique ne datant pas d’avant 2016, on le laisse défiler une minute puis on envoie un vieux beat EDM tout pourri qu’on mixe tant bien que mal avec le morceau en question. Une bonne grosse compil Nrj qu’on se voit très bien écouter en regardant un épisode des Anges de la téléréalité tout en buvant un verre de Rosé Piscine. Pour tout vous avouer, notre côté voyeur nous aura fait rester plus d’une demi-heure tout en disant que c’était de la merde. Un peu comme un beauf qui ralentirait devant un accident de la route en fait.

M.I.A 

Noooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon… Quelle déception, quelle tristesse, quel gâchis…S’il y avait bien une artiste que l’on attendait particulièrement cette année c’était elle. Productrice exceptionnelle, créative comme on n’en voit presque jamais et dotée d’un charisme hallucinant, c’est peu dire qu’on espérait beaucoup d’elle sur scène. Notre première réaction aura été de blâmer le son en lui-même mais après vérification et concordance des sources (du travail de journalisme total) le problème venait bien d’elle. Aucune voix, aucun souffle, aucun flow, rien…La tristesse absolue vous dis-je. Une mise en scène dingue et une énergie folle mais un dj quasi inaudible et semblant faire du air beatmaking. Alors oui, c’est bien de courir partout, de changer dix fois de tenue et de faire participer le public mais derrière il s’agit d’assurer un minimum vocalement. On ne voulait pas le croire, on s’est pincés, plusieurs fois… Mais non, c’était bel et bien en-dessous de tout. Jusqu’à se demander si un show en playback n’aurait pas été plus appréciable tant on ne pouvait par moments pas reconnaître les morceaux joués sur scène. M.I.A, continue à faire des albums, je t’en prie mais arrête la scène ou prends une centaine de coachs, je t’en supplie.

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N.B. 3 : Nous tenons également à signaler qu’il n’y a dans ce report live aucune photo de concert de notre photographe malgré l’accréditation délivrée par Garorock. Une raison simple à cela, l’interdiction malgré l’accréditation d’accéder au bord de scène derrière les barrières, ce qui revient à une interdiction de travailler pour un photographe de concert. Raison invoquée: trop de photographes accrédités et donc trop de monde à l’avant-scène. On ne peut s’empêcher de penser que l’organisation aurait pu accréditer moins de monde et laisser travailler les photographes présents. Plutôt que de meubler avec des photos d’ambiance ou de galérer dans la foule a essayer d’avoir une image correcte notre photographe a choisi de ne pas faire d’images pendant le festival.


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