kenny powers couv

L’univers des séries Tv est impitoyable. Lorsque la mayonnaise tarde à prendre , rares sont celles à qui on laisse une chance de prouver leurs valeurs. Et lorsque tout fonctionne il faut bien trouver une fin (si elle n’est pas déjà écrite depuis le début) à la mesure du reste.

L’année 2013 aura vu arriver les épilogues de trois séries déjà cultes. L’occasion pour nous de revenir sur les fins de ces shows télévisés de manière générale. Pourquoi on s’y est attaché, pourquoi on a tenu jusqu’à la fin et surtout, quels effets ont eu ces conclusions, de manière générale.

NDR: Attention! Cet article est garanti 100% (légers) spoilers en ce qui concerne Breaking Bad, The Office et Eastbound and Down.

NDR 2: Pour ce qui va suivre nous nous appuierons sur The Wire en ce qui concerne LA fin de référence dans le monde de la série Tv. Lost, par exemple, est gratifié d’un 25% en ce qui concerne sa fin, sur l’échelle de The Wire.


                                                                                                                                      

 Fins de séries 1

Breaking Bad (2008-2013)

Le Pitch:

Walter White est un prof de chimie sans histoire. Père de famille plutôt discret, voire légèrement coincé et n’ayant aucune confiance en lui, il voit sa vie chamboulée le jour où un cancer incurable lui est diagnostiqué. Afin de préserver sa famille du besoin après l’inéluctable, il décide de fabriquer de la métamphétamine et s’associe à Jesse Pinkman, un ancien élève methhead sur lequel il compte pour assurer la distribution du produit (entre autres).

Pourquoi c’est culte:

Breaking Bad réussit le tour de force de faire passer ses spectateurs par tous les états et avec maestria, à chaque fois. Si la série commence comme une comédie (très) noire, elle ne cesse d’évoluer et de prendre une ampleur inattendue. Les personnages changent, dans des directions diamétralement opposées pour certains et les situations deviennent de plus en plus inextricables. Ce qui n’est au départ qu’une histoire se déroulant dans un quartier d’Albuquerque prend une ampleur mondiale au fil du récit. Les cliffhangers sont tous très réussis et on ne peut détourner les yeux des destins plein de fatalité de Walter White et Jesse Pinkman.

La fin et ses effets:

La fin de Breaking Bad est à la hauteur de la série. Très bien écrite et répondant à toutes les questions que l’on pouvait se poser. Walter finit comme il devait finir depuis le début mais pas à cause de la maladie. Après avoir utilisé Jesse jusqu’à la moelle il ne peut que se sacrifier pour lui. Le tout après avoir laissé suffisament d’argent à sa famille à la suite d’un plan savamment orchestré. Il s’éteint pourtant fier de tout ce qu’il a accompli durant ces 5 saisons. Car comme il l’a dit un peu plus tôt, si il s’est autant engagé dans toute cette histoire c’est avant tout pour lui-même, par fierté personnelle et besoin de reconnaissance,  dans n’importe quel domaine. Le spéctateur est donc triste mais satisfait de ce qu’il vient de voir.

Evaluation approximative de la qualité de la fin d’après l’échelle de The Wire: 85%

 fins de séries 2

-The Office (2005-2013)

Le Pitch:

Une équipe de télévision suit les employés de l’entreprise Dunder Mifflin, basée à Scranton. Une série qui ne fait la part belle à aucune intrigue spécifique mais plutôt aux personnages eux-mêmes (comme la plupart des sitcoms en fait). On les voit tous évoluer, dans leurs vies personnelles, ce qui implique les histoires d’amours, les inimités et surtout la folie qui habite chacun d’entre eux. Chacun est important à sa manière et on prend énormement de plaisir à suivre la vie de ce bureau pas comme les autres.

Pourquoi c’est culte:

Tout d’abord pour Steve Carrell qui incarne (et là pour le coup le verbe incarner prend tout son sens) Michael Scott. On regarde et s’attache à cette série pour ses gimmicks, ses running gags propres à chaque personnage, à chaque situation. Il est très compliqué d’expliquer par de simples mots tout un état d’esprit et une atmosphère se créant avec le temps. The Office réalise également le tour de force de dépasser la série anglaise de Ricky Gervais dont elle est le remake U.S. Ce qui n’est pas rien mais est également facilité par le fait que l’originale n’aura connue que deux saisons. Se donnant moins de temps pour installer tout ce qui fait la réussite de la version américaine.

La fin et ses effets:

L’émotion est le sentiment dominant lorsque l’on se rend compte qu’il n’y aura plus d’épisode de cette série. Une émotion due au fait que l’on a l’impression de perdre des amis, des personnes à qui l’on avait eu le temps de s’attacher depuis quelques temps. La phase de deuil commence malgré tout lorsque Michael Scott quitte le show. On s’habitue à cette absence après quelques temps, une fois que l’on a réalisé que ce personnage ne sera plus là. Et à cet instant on se rend compte que les autres personnages (que l’on aime de toutes façons depuis le début) peuvent se suffire à eux-mêmes. Que Pam et Jim (les Ross et Rachel de la série) finissent ensemble mariés, avec deux enfants n’est en rien une surprise. Que Dwight ait finalement un cœur non plus. Que tous les personnages que l’on a prit plaisir à suivre depuis le début se retrouvent à la fin (oui, même Michael Scott) est le seul et unique cadeau que l’on attendait. Après la fin de The Office, on perd plusieurs membres de sa famille. C’est ce qui arrive quand une sitcom est réussie.

Evaluation approximative de la qualité de la fin d’après l’échelle de The Wire: 75% (à cause de tout ce temps passé sans Michael Scott).

fins de séries 3

-Eastbound and Down (2009-2013)

Le Pitch:

Kenny Powers est une ancienne gloire du base ball qui, après de nombreux déboires (stéroïdes, drogues en tous genres, racisme avéré et niveau global obligatoirement en baisse) est contraint et forcé de revenir dans son village natal pour tout reprendre à zéro. Ce qui parait totalement basique comme scénario est avant tout prétexte à nous montrer comment peut évoluer un personnage narcissique, prétentieux (possédant tous les défauts en fait) et avant tout très premier degré. C’est là tout l’intérêt, suivre un véritable salopard persuadé d’être un demi-dieu et n’ayant aucun recul sur sa propre personne. Une histoire de non-redemption tout simplement géniale et trop peu connue en France.

Pourquoi c’est culte:

Tout simplement parce que le personnage principal, Kenny Powers est ce qu’on peut faire de plus extrême en terme d’écriture. Les auteurs n’ont strictement aucune limite, tout devient donc possible. On s’attend toujours au pire et on ne se rend compte qu’après visionnage que le pire on ne l’avait même pas imaginé. Chaque saison est l’occasion de découvrir ce chantre du mauvais goût dans une situation différente. Qu’il soit à nouveau professionnel dans une ligue mineure ou qu’il ait des enfants, tout est prétexte à le voir s’enfoncer toujours un peu plus dans sa médiocrité. Le tout en étant persuadé qu’il est une personne exceptionnelle (chose qu’il est mais pas de la façon dont il le pense). On retrouve également pas mal de guests, devant comme derrière la caméra…

La fin et ses effets:

La fin d’Eastbound and Down a le mérite de basculer dans le grand n’importe quoi et de laisser pas mal de portes ouvertes. Qu’est ce qui était réel? Où s’est arrêté le fantasme? Kenny Powers existe-t-il vraiment en tant que tel? Cependant on ne peut s’empêcher de penser qu’il manque quelque chose. Pas que cela soit bâclé mais un sentiment d’inaboutissement est susceptible de nous envahir. De plus, ne nous mentons pas, on en aurait bien bouffé pendant une dizaine de saisons du Kenny Powers…

Evaluation approximative de la qualité de la fin d’après l’échelle de The Wire: 65%

– Bonus pour ceux qui ont plus de 20 ans (voire plus de 25 ans)…

fins de series 4

– Friends (1994-2004)

Le Pitch:

Vous le connaissez, on va pas se mentir. Mais au cas où, rappelons la base: la série suit le quotidien de 6 célibataires (pas très souvent célibataires d’ailleurs) de Manhattan. Aujourd’hui on appellerait ça des bobos mais à l’époque on disait rien de spécial, on avait moins de mots, d’expressions sans intérêt.

Pourquoi c’est culte:

Chacun de ces 6 personnages a donc sa personnalité propre et la sitcom s’évertue a créer un maximum de gimmicks et de running gags. Comme toutes les autres me direz vous? Oui, bien sûr, sauf que celle-là c’est la première à avoir eu autant de succès, à réinventer le genre et à avoir marqué une génération, voire même plusieurs. Sans Friends pas de How I met, pas de Scrubs, pas de sitcom de qualité. Tous les codes, vraiment tous, auront été réutilisés, un peu partout. Ne serait-ce que la love story entre Ross et Rachel. Ce concept vieux comme Tristan et Iseult a été repris partout, avec les mêmes mécanismes. Tout ce qui a fait le sel de Friends a servi par la suite.

La fin et ses effets:

Pour peu qu’on ait vu la série à la même époque, Friends vous aura suivi tout au long de votre collège et de votre lycée. A l’époque cette série était seule sur le marché donc la grande majorité des personnes suivaient, épisodes après épisodes. Pas d’internet donc les abonnés à Canalsat (et à Canal Jimmy donc) se devaient de faire tourner les VHS (les VHS étaient des cassettes vidéos sur lesquelles on pouvait enregistrer ce qui passait à la télévision en faisant gaffe à couper pendant la pub, pour les plus jeunes d’entre vous). On se retrouvait une fois par semaine et on regardait un voire deux épisodes. Tout le monde en parlait, un vrai sujet de société pour pas mal d’entre nous. L’époque et le contexte auront bien sûr beaucoup joué dans le côté culte. C’est pourquoi à la fin, après 10 saisons, pas mal de gags, de ruptures, de moments de gloire et de tant d’autres choses c’est une partie de nous qui s’en est allée. Tout finit bien, chaque chose est à sa place mais c’est un adieu difficile qui nous aura été imposé. Difficile mais logique. Personne ne s’intéresse vraiment au quotidien des quarantenaires à New-York. Personne sauf les fans de Sex and The City. Mais ces gens là ne sont pas fréquentables.

Evaluation approximative de la qualité de la fin d’après l’échelle de The Wire: 85%

Arnaud

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