Le piston (nom masculin, commun ou propre) désigne, dans le langage familier, un avantage obtenu grâce à l’appui de certaines relations dans une entreprise ou une administration (source Wikipedia).

Aujourd’hui sort le film Mauvaise Fille réalisé par Patrick Mille (anciennement Chico, sur Canal), un mec a priori bien sous tous rapports. Ce long-métrage produit par le fils de Carole Bouquet est adapté d’un livre de Justine Levy (fille de BHL et compagne de Patrick Mille, tiens tiens…) et réunit à l’écran Izia Higelin et Carole Bouquet, forcément. L’occasion est trop belle. Pourquoi tant de « fils et filles de » envahissent nos écrans/ondes et tant d’autres choses depuis si longtemps? Qui sont-ils et que veulent-ils? Pourquoi les détestons nous autant (pour la plupart) ? Allez, décryptage en règle…

 Qui sont-ils?

En premier lieu, le « fils de » a un parent connu, d’une manière ou d’une autre. Ce dernier peut être chanteur, acteur, producteur, tourneur ou n’importe quel boulot lui permettant de placer sa progéniture dans une situation pas nécessairement méritée (nous parlerons bien entendu dans cet article des « fils de » connus, pas des mecs qui deviennent comptables pour l’entreprise de vérandas de leur père). Le « fils de » a grandi dans un milieu a priori aisé, élevé par des nounous payées à coups de pensions alimentaires. On peut aussi le trouver suivant papa/maman en tournée ou sur un plateau de tournage. Un environnement artistique qui, pour le coup, peut pousser et forcer le « talent ». La plupart d’entre eux sont inscrits dans des écoles privées, fréquentant ainsi d’autres personnes ayant pas mal d’argent. Et lorsque l’on fréquente ce genre d’établissement tout en étant la fille de Jacques Higelin on se prend forcément pour la rebelle du bahut. Même si hier soir Jack Lang était invité à manger (ce qui non, n’est pas très rebelle).

Le « fils de » vit donc dans une bulle, entouré de personnes lui sortant quelques phrases-type du genre « Tu as encore plus de talent que ton père au même âge », « je vais te présenter un super producteur…ah ben tiens, c’est celui de ta mère, ton grand-père d’ailleurs… ». Ou encore : « un peu plus de caviar avec ton Coca » ? Les clichés prennent leur source dans la réalité, je n’y suis pour rien. Les « fils et filles de » découvrent souvent la misère du monde qui les entoure d’une manière frontale, violente ; et ils se sentent obligés d’en faire des caisses, de s’engager dans certaines causes, comme pour se déculpabiliser d’on ne sait trop quoi. Après, il est vrai que cette attitude de défiance envers la main qui te nourrit est propre à tous les ados. Cela se voit juste un tout petit peu plus quand c’est Rockin’ Squat (fondateur d’Assassin, fils de Jean-Pierre Cassel, etc) qui se la joue ghetto avec son frère, Vincent.

Le « fils de » est persuadé d’avoir du talent, bien évidemment. Il a vécu entouré de lèches-culs qui jouaient leurs carrières en adressant la parole à ses paternels. Attention, il peut avoir un coeur et faire preuve de discernement, là n’est pas la question. Il s’agit simplement de savoir quelles sont ses réelles intentions. Faire une tournée avec Les Enfoirés par exemple, ce n’est pas que ça la générosité (bon, là, c’est gratuit). Il est pourtant difficile d’en vouloir à des enfants gâtés qui font un effort qui ne leur parait pas naturel. Les « fils de » ont aussi le malheur de n’avoir jamais vraiment galéré. Du coup ce qui leur arrive une fois le succès présent leur semble normal, naturel. Ils y ont toujours été préparés, depuis l’enfance, et savent le gérer. Oui, le « fils de » est organisé, il a un agent et c’est là l’une de ses principales qualités.

Quelles sont leurs qualités/défauts?

La première qualité d’un « fils de » c’est sa naissance, logique. Nul ne peut nier que ça doit quand même être sympa de naître dans un milieu « artistique », entouré de personnes inspirées et inspirantes. Être le fils de Guy Bedos c’est bien plus cool que d’être celui de Guy Georges, par exemple. A ce sujet, Nicolas Bedos fait partie de ceux qui ont su tirer leur épingle du jeu, tout en restant dans une certaine continuité par rapport au travail paternel. Le fait d’avoir du talent n’est certainement pas étranger au fait que ce dernier ne soit pas « juste » un pistonné mais un véritable auteur, de qualité.

Être le fils de quelqu’un de célèbre (ou qui a un certain pouvoir, donc) c’est aussi voir sa créativité encouragée. Non, si Izia avait été fille de manutentionnaire elle n’aurait certainement pas eu le droit de quitter l’école à 15 ans juste parce qu’elle se faisait chier et pensait être la réincarnation de Janis Joplin. Dans la vraie vie il est très rare de voir des parents accepter cela. Si papa peut suivre financièrement tout en présentant les bonnes personnes et en donnant de précieux conseils c’est quand même plus pratique.

L’autre avantage lorsque l’on est bien « né(e) » c’est qu’il suffit parfois de reprendre le flambeau, perpétuer la tradition familiale, à tous les niveaux. Ne rien foutre en définitive. On en trouve partout, même en politique (Marine le Pen, Jean Sarkozy). C’est tout de même pratique parfois, la vie.

Il y a donc de nombreux avantages à être familialement pistonné dans le milieu du show-biz. L’un d’entre eux peut paraitre surprenant mais est bel et bien réel. Imaginez : La progéniture grandit médiatiquement, trouve son public et parvient à éclipser son père/sa mère. Et là, magie, c’est l’enfant qui va relancer la carrière de celui grâce à qui il en est arrivé là. Matthieu Chedid, par exemple, est aujourd’hui plus connu que Louis, son père, c’est un fait. Aussi, quand ce dernier fait appel à son fils pour être le personnage principal de son projet Le Soldat Rose on en arrive à une situation assez triste. Voir ce bon vieux Louis en promo, flanqué de son fils et faisant croire à qui veut bien l’entendre que cette comédie musicale n’était pas nécessairement destinée à être interprétée par son rejeton c’est, comment dire…gênant pour lui. En gros, le « fils de » peut rendre la pareille, un moindre mal. A quand un album « écrit » par Charles Souchon (Ours) pour Alain?

Mais être pistonné de naissance comporte pas mal d’inconvénients aussi. Déjà, tout le monde en attend plus de vous que des autres, c’est logique. Quand vous êtes le fils de Gainsbourg tout le monde compte sur vous depuis la mort du daron. Après si c’est pour sortir un album de reprises (avec des arrangements maisons, soit) du grand Serge en arborant un style Johnny Depp cheap c’est pas la peine, les gens ne sont pas si cons. Enfin, pas tous. Lorsque l’on s’appelle Enzo Zidane, qu’on a droit à une pré-formation à la Juve et à une formation au Real, pas le droit de rater une roulette à l’entrainement.

Tous n’ont pas demandé à être sous le feu des projecteurs, d’où une certaine forme d’injustice et de remise en question très forte, permanente. Mais, avouons-le, ils sont quand même beaucoup trop nombreux à se sentir légitimes, par le sang.

Pourquoi ils tiennent tant que ça à nous emmerder?

   Le « fils de » a souvent une haute opinion de lui-même, je l’ai déjà dit. A force de voir son ou ses parents réussir professionnellement il se dit qu’il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas pour lui. Après tout, si Johnny peut le faire, pourquoi pas David ? Ben déjà parce qu’on ne se fait pas un prénom en reprenant le pseudo de papa et en faisant des reprises de Balavoine. Les « enfants de » ont aussi cette fâcheuse habitude d’être mis dans la lumière très tôt (ou tout du moins de voir ceux qui les entourent sous cette lumière). Lorsqu’elle s’estompe elle manque à certains, qui ne comprennent pas la raison de cet éloignement. Le manque d’actualité ? De talent ? Non, une injustice à réparer au plus vite.

L’hérédité du talent est logique pour quelques uns. On parle ici bien entendu d’une partie des « fils de », pas tous. Jacques Audiard (fils de Michel et déjà grand cinéaste contemporain) ne fait très certainement pas des films pour se rendre intéressant ou passer chez Drucker/Arthur/Denisot pour un peu de complaisance supplémentaire. La logique voudrait que l’on soit connu pour ce qu’on fait, pas de faire quelque chose simplement pour être connu. Pour ça il y a Secret Story, pas besoin de polluer notre audio-visuel, à nous, pauvres consommateurs. Outre un égo surdimensionné il y a évidemment la volonté de « tuer le père ». Faire mieux que l’exemple que l’on nous a servi pendant des années. Se dire « Je peux faire bien mieux que ce ringard ». Le talent ne s’invente malheureusement pas, nombreux sont ceux à l’avoir prouvé, de Jordi Cruyff à Arthur Jugnot (et pourtant la barre n’était pas très haute pour lui).

L’autre problème n’est pas forcément du fait de l’enfant mais plutôt des parents. Déjà qu’une mère/un père lambda est souvent persuadé que son gamin est le meilleur ; alors un parent à l’ego surdimensionné… D’ailleurs, quelqu’un a des nouvelles d’Anthony Delon ? Et de Jésus ?

Le meilleur exemple (dans ce cas précis) restant les rois/dictateurs. Kim Jong Un avait-il réellement envie d’être le chef politique et spirituel de la République Populaire Démocratique de Corée ? Il devait s’y préparer, c’est une évidence, mais nul ne peut douter du fait que ça n’était pas obligatoirement son choix de carrière premier. Enfin, ce dernier n’est pas le meilleur exemple, l’hérédité dictatoriale n’étant absolument pas question de notoriété/talent. Les « fils/filles de » ont donc toutes les raisons de nous imposer leur présence, selon eux. Par conséquent, difficile de les apprécier plus que ça (de manière générale).

Pourquoi on les déteste?

Les « enfants de » ne font rien comme tout le monde. Quand un groupe de potes fait de la musique depuis 10 ans, se fait chier à des foires au boudin pour un open-bar en fin de session et le remboursement de leurs frais de transport, la progéniture de « machin » se paie un Olympia et un premier album produit par Dan the Automator ou Biolay.

Quand un mec (avec du talent hein) qui a fait ce qu’il fallait en terme d’études du cinéma, fait tourner huit courts-métrages sur tous les festivals amateurs d’Europe sans jamais trouver de distributeur, Géraldine Nakache ne s’emmerde pas : elle embarque ses « potes » et demande une avance à papa. Résultat : tournée de promo avec tous les vieux cons de la télé, distribution dans des centaines de salles. Le tout pour des navets formatés qui arriveront même à faire des bénéfices. L’injustice est là, indiscutable. De quoi donner envie de baisser les bras. Un peu comme lorsque l’on envoie 50 CV pour postuler à un job de merde alors que d’autres passent un simple entretien non-officiel à la table familiale (putains de jobs d’été…).

De fait, en plus de gagner plus vite leur vie (sans que ça soit l’objectif principal) que d’autres plus besogneux, plus talentueux ; ces « fils de » bénéficient d’une couverture médiatique exceptionnelle pour une première oeuvre. Le plus étonnant étant que peu s’en émeuvent. A la question classique: « Ce n’est pas dur de porter ce nom? », les réponses sont multiples: « Oui, c’est beaucoup de pression », « je veux qu’on me reconnaisse pour mon travail », etc…Peu osent dire « c’est tout de même grâce à ce nom que j’en suis là ». Et la reconnaissance du ventre bordel?

Le plus drôle restant David Hallyday se plaignant de son patronyme si lourd à porter (pourtant pas obligatoire si l’on se rapporte à ses papiers d’identité, a priori).

Ces pistonnés nous énervent pour la plupart, c’est comme ça. Mais cette quasi-haine ne cacherait-elle pas aussi une forme de jalousie au final? Avouons-le, être le fils d’une star, malgré les inconvénients que cela comporte, n’est-ce pas le rêve de certains d’entre nous ? Naître riche, entouré de beau monde…Et les premières teufs ! Tu te bourres pas la gueule avec l’eau de vie de tonton, tu tapes de la coke avec Beigbeder et tu bois du Pommard avec Jean Rochefort. C’est pas la même et ça peut donner envie. On peut aussi se dire qu’à leur place on aurait sans doute rien branlé. On se serait contentés d’une vie d’opulence, à abuser de tout sans rendre de compte à personne. Les « fils de » célèbres ont au moins le mérite de se mettre en danger, c’est respectable.

« [Nous] avons dû trouver un moyen d’exister en portant un patronyme qu’il s’agissait de servir, de revendiquer, de transcender ou de pourrir littéralement ».  Nicolas Bedos.

Par Arnaud


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