Par Antonin et Pascale

La Fête de l’Humanité, repère de la « vraie » gauche, celle des cocos et du vin qui tâche. Un des seuls festivals de gauche avec des jeunes de tous bords dans lequel assister au concert sur la grande scène est aussi mythique que de s’éclater au concert des « Skakaouettes » sous la tente du PC de Seine Saint Denis. Retour sur ces trois jours de festival en trois concerts et des broutilles.

La « Fête de l’huma » haut lieu de la pensée gauchiste, de rencontres fortes et intenses entre des penseurs à barbe rouge et les ados d’île de France et d’ailleurs, tous heureux d’aller dans un festival engagé. Trois jours et cinq cent mille personnes qui ont parcouru le labyrinthe des rues du festival, perdus entre la tente du parti communiste de Poitou Charente et celui des jeunes de Palestine. Un foule immense et une programmation…décevante ou plutôt pas très ragoutante. C’est pas grave, nous nous consolons de petits bonheurs en nous échappant à tout contrôle, même le notre. À ne pas rater ces petits concerts qui reprennent les standards du rock comme « anti-social » chanté à plein poumons par des papis tout excités ou encore ce groupe de ska-rap au nom extraordinaire de Skakaouette. Les charmes de la fête de l’huma résident aussi dans ces improbables débats tenus en compagnie des personnes les plus allumées. Dans ce doux enfer, nous avons assisté à l’essentiel de la fête de l’huma qui nous offrait New Order, Pete Doherty et Patti Smith. Pourquoi eux ? Parce qu’on avait envie! Et ce sont quand même des grands du rock en passant par Pete le petit dernier… Retour par Pascale Savary et Antonin Weber sur trois concerts en demi teinte…

New Order

New Older

  Nous sommes tous tombés en admiration devant l’âme torturée de Ian Curtis portée à l’écran en 2007 par Anton Corbijn dans le film Control, magistralement incarné par l’acteur Sam Riley. Nos peaux prises de frissons au sombre et envoutant « Lost Control » ont toutes enregistré la profondeur de ce titre dans leur mémoire musicale.

Joy Division ce groupe génial formé en 1977 et dissout en 1984 après le suicide de Ian Curtis renait de ses cendres la même année sous le nom de New Order. La voix mortifère et sépulcrale de Ian laisse place à celle de Bernard Sumner. Dur de s’émanciper d’un fantôme aussi tenace que Ian Curtis. Dur d’échapper à son histoire et de transformer l’essai alors que son premier groupe, initiateur du mouvement de la « cold wave » et du « rock gothique », a déjà marqué durablement l’histoire de la musique.

Pourtant, le pari est réussi. Après l’hésitant « Movement » en 1981, le plus réussi « Power corruption and Lies » en 1983 et après trente-deux ans de carrière le groupe a plus que fait sa place dans le monde de la musique. Alors pourquoi avec le public de la fête de l’Huma le « feeling » n’y est pas ? Les basses sont trop fortes, les aigus inexistants, merci les ingés son vous avez fait du bon boulot… La voix de Bernard Sumner reste inaudible tout le long du concert. Si la pochette du premier album de Joy Division s’est inspirée d’une affiche de propagande des jeunesses hitlériennes, ce soir du 14 septembre 2012 nous nous serions plus vus en pleine guerre froide devant un rideau de fer bien garni.

Le décalage entre l’attente d’un public épris de Joy Division et non de New Order y est pour quelque chose. Bloqué en soixante-dix-sept, le public n’a pas réussi à dépasser le statut de curiosité venue d’un autre temps et portant l’incroyable histoire d’une icône du mal être. Imaginez un concert de Nirvana sans Kurt Cobain, personne ne viendrait pour les nouvelles créations du groupe. Pourtant New Order se renouvelle depuis tout ce temps ; après avoir pris un virage électro dès les années quatre-vingt ils n’ont eu de cesse de créer.

Oui mais peut être que justement, nous sommes en 2012, la musique électronique a fait du chemin depuis et que maintenant New Order jongle entre la bonne musique et le ridicule. Heureusement l’ambiance monte d’un cran avec l’interprétation de « Blue Monday » et la reprise de « Love will tear us apart » du groupe fondateur, pour atteindre son apogée lors d’un grand hommage à Ian Curtis. Le public devant une image du chanteur de dix mètres de haut repart ravi.

Pour ma part je garde le respect dû aux anciens maîtres jedi dont le parcours force l’admiration. Un mauvais concert ne prouve pas la valeur d’un groupe, prenons de la hauteur et réécoutons avec plaisir l’ensemble de leur œuvre.

Antonin Weber

Vidéo New Order Love Will Tear Us Apart Fête de l’Huma 2012:New Order Love Will Tear Us Apart

Pete Doherty

Des Hauts et des bas

 

Samedi 17h30, soleil radieux, effluves de bières bon marché et de sueurs, normal nous sommes à la fête de l’huma. La foule s’amasse pour voir Pete Doherty programmé à 18H. Cette fois plus de suspense, certains redoutent la mauvaise surprise : l’annulation, mais il y a peu de chance qu’elle se produise puisque selon les rumeurs notre Dandy rockeur habite à Paris depuis peu et surtout il se produisait au Bus Palladium il y a de cela une semaine…

Dans le public, des fans de la première, deuxième et troisième heure (j’entends par là les appareils dentaires), sans compter d’innombrables badauds venus voir par curiosité celui qui a tant fait parler de lui jadis…

Enfin il arrive, plus de chapeau, de chapelets mais un simple polo qui rappelle le XV de France des bretelles et un jean. Les cris résonnent, entre les « Pete on t’aime » et « Pete à poil » on ne sait sur quel pied danser.

Il entame le concert avec le titre « Arcady », éloge du pays parfait qu’il cherche à atteindre, pourtant cette ballade de son album solo ne semble pas ravir la majorité. On sent la foule en attente de souffre et de rock n’roll… Il continue avec « Beg steal » or « Borrow, For Lovers » ou encore « Last of the english roses » qu’il finit par susurrer en français. Il reprend même « Can’t stand me now » un des plus grands succès de l’époque des Libertines mais malgré cela la mayonnaise ne prend pas.

Pour palier à ce manque d’entrain ou tout simplement pour montrer son désarroi, Peter Doherty (dont on connaît la sensibilité) brise sa guitare et l’offre aux fans, suivie de près par son t-shirt qui survole la fosse avant de quitter la scène… Il revient ensuite sous les cris de cette foule à qui on a donné ce qu’elle voulait voir et entame ses vieux refrains « Music when the light goes out », et le fameux « What Katie did ». L’enfant maudit du rock motive le public avec ses succès d’antan ou pire avec ceux des autres. Il ira même jusqu’à reprendre « She loves you » des Beatles.

C’est le problème des festivals où l’on ne s’adresse pas forcément à ses fans et où il faut être une bête de scène même en plein cagnard…

Pourtant, le charme est toujours là pour ceux qui savent le percevoir. Sa tête d’enfant torturé trop plein d’une mélancolie rêveuse qu’il communique par ses chansons, ses mimiques, ses airs d’évadé…

Voir Pete Doherty, c’est s’envoler pendant un paquet de minutes avec lui dans l’Albion, c’est hurler à la mort en voyant défiler les libertines et les Babyshambles, c’est revivre les années pas si lointaines ou le rock était roi, slim noir et bottes cloutées, c’est avoir devant nous une légende vivante de notre temps, un véritable Enfant du siècle.

Pascale Savary

Pete Doherty Fete de l’Huma: Pete Doherty For Lovers

Patti Smith

 Grandiose

Un matin de septembre, j’ai dix ans, je descends les escaliers, la mélancolie du dimanche de pluie se profile à l’horizon. La colonne de CD deuxième étage à droite, juste à côté des Pink Floyd, une femme en noir et blanc aux allures androgynes, les traits fins, une coupe de cheveux inexistante, respire la force artistique. Gloria résonne dans mon cerveau, chasse l’overdose d’Henry Dès, celle qui est considérée comme la mère du Punk donne une énergie nouvelle à cette journée au moment où ma propre mère claque une bise sur mes deux joues roses.

Un samedi soir de septembre 2012 devant la grande scène de la fête de l’huma. Je sais désormais qui est cette mystérieuse femme sur la pochette de l’album. Mon cerveau carnivore pousse le lien jusqu’à Robert Mapplethorpe photographe amoureux fou de la jeune artiste qui appuya sur le déclencheur quelques années auparavant. Je reconnais l’énergie qui transcendait nos dimanches matin en une matinée extraordinaire. Je lui donne un genre, une date et une place dans l’histoire de la musique comme les milliers de jeunes présents à côté de moi.

Pourtant c’est cette puissance brute que nous venons voir. Une puissance nourrie par le personnage devenu de plus en plus familier au fur et à mesure de la maturation de notre personnalité. Nous la connaissons désormais à travers son histoire tortueuse, nous la connaissons poète nourrie de Rimbaud et de William Blake, nous la connaissons photographe exposée à la Fondation Quartier en 2008, nous la connaissons activiste, nous la connaissons femme libre. Le présentateur (inspiré cette année) nous annonce sa venue. La foule, réceptive, frétille d’impatience à quelques minutes de la rencontre.

Patti arrive, Patti se lance du haut de ses soixante-sept ans et nous offre le cadeau d’une époque fantasmée, d’une musique réelle et puissante. Génération des années quatre-vingt-dix remplissez-vous de cette voix rauque et pleine, nous avons trop souffert pour ne pas en profiter. Nous voulions nous emparer d’elle, Patti Smith s’offre généreusement à nous et remplit la fête de l’huma par son enthousiasme. Tout au long du concert elle n’a pas cessé de saluer le public, de danser alternant les deux par un poing levé. Autour de moi aussi bien des quinquas de l’album « Horses » que des petits jeunes. D’ailleurs une nana vient de courir sur scène toute émoustillée poursuivie par trois agents de sécurité, accompagné du fou rire de la chanteuse.  « Banga », « Banga », « Banga » le public scande le nom de son nouvel album. Patti Smith chante de tout cœur la chanson éponyme pour ensuite nous souffler  « Maria » l’émouvant hommage à Romy Schneider qui fut son amie dans les années soixante-dix.

« Because The night » explose dans la nuit portée par près de soixante mille spectateurs. Patti, prend tout d’un coup le micro de l’activiste pour scander le nom des Pussy Riot en acronyme. La chanteuse nous invite dans un discours prenant à la solidarité puis enchaine avec « People have the power » repris par le public dans une joie immense. A ce moment-là, je ne ressens aucun regret envers celui qui n’a pas encore inventé la machine à remonter le temps. Pas besoin, l’envie ne m’effleure même pas l’esprit. L’idée même représenterait un rejet de ce concert, de ce moment, de cet instant de vie… Que ce soit à Washington en compagnie de John Lennon ou ici même à la Fête de l’Humanité rien ne me paraît plus naturel que cet appel à la lutte.

« Gloria » résonne comme une apothéose laissant place à une redescente de chansons calmes pour nous laisser transformer sur le chemin des stands coco et du vin rouge qui tache. Nous serons dimanche matin dans un peu moins d’un quart d’heure…

Antonin Weber

Patti Smith Fête de l’Huma: Gloria

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