On a hésité de longues semaines, depuis l’annonce de la tournée anniversaire de « Premiere Consultation » en fait. On a sondé tous les copains fans de hip hop, eu des débats sans fin, pesé les pour et les contre quasiment jusqu’au dernier moment pour enfin se décider.

C’est comme ça qu’on s’est retrouvé jeudi dernier au Bikini pour voir Doc Gynéco sur scène, vingt ans après.

Parce que quand même, on ne peut définitivement pas oublier le gros (mais alors très très gros) craquage du Doc. Son soutien à Sarkozy, ses sorties sur les banlieusards qualifiés de « Clowns », son bouquin « Les grands esprits se rencontrent » consacré a sa relation avec Joe Dalton. Tous ces trucs qui nous font détester et même mépriser Doc Gynéco depuis quelques années, et pour le coup on est loin d’être les seuls.

Soyons clairs, c’est son droit le plus strict d’être de droite et on admire le travail de beaucoup d’artistes sans connaitre leurs opinions politiques qui sont peut-être très éloignées des nôtres. Après tout c’est à ça que sert un isoloir. Mais quand on a choisi de l’ouvrir dans le débat il est normal qu’on s’expose à des réponses et des reproches sur nos opinions.

Doc Gynéco a pris position publiquement, il a fait le choix de faire le tour des plateaux télé pour défendre son nouveau copain et son programme électoral sans apparemment se rendre compte du pathétique et du ridicule de la situation. Parce que oui, être un ancien du Ministère AMER, fumer 20 joints par jour et se retrouver assis à coté de Boutin et  Estrosi dans un meeting de Sarko c’est ridicule et pathétique.

D’un autre côté, « Première Consultation » ça fait partie de la bande son de notre adolescence, un album qu’on a écouté des milliers de fois, qu’on connait par coeur mais qu’on était trop jeunes pour avoir vu sur scène à l’époque.

« Première Consultation » c’est un putain d’ovni dans le rap français de l’époque, des textes pleins d’humour, du second degré, des sujets en décalage par rapport à ce qu’on avait l’habitude d’entendre. Un album qui parle de meufs, des Antilles, de la Porte de la Chapelle et même de foot sur des instrus presque pop, colorées, des sonorités inédites dans le paysage du hip hop hexagonal de l’époque. Pour faire court, « Première Consultation » c’est un petit bijou de créativité et d’inventivité, un disque définitivement dans le top 10 des albums de rap français.

Alors on avait beau avoir un peu peur du syndrome de la « Tournée j’ai besoin de thunes » nous voilà au Bikini. Première observation le public à notre âge, presque trentenaire, voire carrément pour certains, tout le monde est venu se prendre un petit shoot de nostalgie. C’est quand même bizarre de se dire que la majorité du public de Doc Gynéco commence à compter ses cheveux blancs le matin devant la glace (ça m’arrive bien à moi j’espère ne pas être le seul).

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Le show commence par du très grand classique puisque c’est avec « Viens voir le Docteur » que Gynéco déboule sur scène. Le Doc a conservé tout son charisme derrière son air débonnaire malgré quelques kilos en plus depuis la sortie de l’album, en même temps vingt ans après c’est bien normal. La foule réagit direct, on est tous venu pour écouter ces morceaux et le premier nous rassure d’entrée sur la qualité du show et l’implication des artistes. C’est d’ailleurs dès la première chanson que commence la pluie de sous vêtements féminins en direction de la scène, dont un string blanc qui termine sa course sur la tête de votre photographe préféré tranquillement en train de shooter juste devant les barrières.

Troisième chanson, « Vanessa » et le Doc qui descend rapper dans le public, tranquille au milieu de la fosse pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il invitera ensuite des gens à monter zouker sur scène sur le morceau suivant, une des spectatrices en profitera d’ailleurs pour l’embrasser à pleine bouche, réalisant sans doute un fantasme vieux de plusieurs années. Ca parait tout bête, descendre dans le public et inviter des gens à monter sur scène, mais ça a permis d’évacuer nos derniers doutes. Clairement Doc Gynéco prend autant de plaisir à être là que nous à le voir.

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On a beau avoir quelques cheveux blancs, voire un peu plus pour certains, on est tous des adolescents en entendant ces chansons qui nous rappellent tant de choses. Premier baiser, premier joint…En y réfléchissant on a fait pas mal de trucs sur ce putain d’album. Plus rien à faire de tout ce qu’il s’est passé depuis vingt ans, on prend juste un énorme kiff. « Né ici », « Ma salope à moi », les chansons s’enchaînent parfaitement et on voit pas le temps passer.

Petite pause DJ set ou le back up du Doc prend le relais pour quelques morceaux old school histoire d’entretenir la flamme dans le public, « Playa » de La Clinique qu’on avait pas entendu depuis longtemps et qui fait bien plaisir aussi.

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Histoire de se mettre encore plus le public dans la poche, si toutefois c’est possible, Doc Gynéco revient sur scène vêtu du maillot du Stade Toulousain, et arrache des hurlements d’approbation au public. C’est d’ailleurs le moment pour lui de redescendre dans le public pour nous faire « Passement de jambes ». S’il n’a plus tout à fait l’agilité de Bebeto le Doc reste un redoutable ambianceur et toute la foule saute de joie en reprenant les punchlines mythiques du morceau. En ce soir d’annonce de la liste des bleus pour l’Euro ça nous colle un grand sourire de réentendre la meilleure chanson sur le foot de l’histoire du rap. On se dit d’ailleurs qu’elle mériterait une petite mise à jour pour parler du foot d’aujourd’hui et des ses personnages. Bruno si tu nous lis hésite pas on est preneurs, ça va marcher.

Petit à petit on se rapproche de la fin, forcément quand tous les morceaux sont des tubes on a tendance à pas se rendre compte que ça dure. C’est déjà le rappel avec la dernière chanson culte qu’on avait pas encore entendue « Dans ma rue » que le public reprend évidement à tue-tête pour accompagner le Doc.

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La lumière se rallume et c’est le moment de faire le bilan de cette soirée. Un très bon concert, le Doc a fait le boulot, super bien sans qu’on puisse lui reprocher quoi que ce soit et avec un bonheur manifeste. On a vu un excellent rappeur faire un très bon show, accompagné de très bon musiciens. Cette présence d’instrumentistes dans les concerts de rap commence d’ailleurs à se voir de plus en plus souvent et c’est une très bonne chose tant cela amène un réel plus et une dimension musicale plus aboutie qu’un simple DJ. Cette soirée nous a rappelé une certaine époque du rap français, et sans vouloir tomber dans « Le Rap c’était mieux avant » on a bien l’impression qu’il y avait plus de place pour la créativité, musicale mais aussi dans les lyrics. Doc Gynéco c’est un personnage en décalage, un artiste entier qui a signé un album majeur mais déjà un peu à côté des productions de l’époque. Un album majeur qu’il est venu nous interpréter, pour notre plus grand plaisir et le sien apparemment.

Au final c’était tout ce qu’on lui demandait.

par Pierre & Oob

Photo: PNC Photographie


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